‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. augmentée d'un essai sur la vie et les ouvrages de Cl. Marot, de notes historiques et critiques, et d'un glossaireChapitre 7 sur 329 · CHANT DE MAY ET DE VERTU · texte numérisé non relu

CHANT DE MAY ET DE VERTU

V OULUNTIERS en ce moys icy La terre mue, et renouvelle.

' Remarquons que Cle'ment Marot est le premier poêle qui se soit empare de cette expression si hardie et si pittoresque, tant de fois répëte'e depuis.

^ Cette ballade me semble adressée à Diane. Le poète n'avait renoncé ni à l'amour ni à l'espérance^ la prison n'avait pu lui faire

Maintz amoureux en font ainsi, Subjectz à faire amour nouvelle Par legieretë de cervelle, Ou pour estre ailleurs plus contens :

Ma façon d'aymer n'est pas telle, Mes amours durent en tout temps.

N'y a si belle dame aussi ,

De qui la beauté ne chancelle : '

Par temps, maladie, ou soucy.,

Laydeur les tire en sa nasselle : ^

Mais rien ne peult enlaydir celle,

Que servir sans fin je pretens :

Et pource qu'elle est tous jours belle,

Mes amours durent en tout temps.

Celle, dont je dy tout cecy, C'est Yertu la nymphe éternelle, Qui au mont d'honneur esclaircy Tous les vrays amoureux appelle :

Venez amans , venez (dit elle) , Venez à moi je vous attens :

haïr l'infidèle. Par de tendres reproches , par des éloges de'guise's, il cherchait à rentrer dans ses bonnes grâces 5 mais Diane fut inflexible : peut-être ne se reconnaissait-elle pas sous le nom de Vertu ? Et bientôt Clément Marot , dont les amours durent en tout temps , était aux pieds de la reine de Navarre.

* Cette image est incohérente ; on ne peut se figurer la nacelle de la laideur.

Venez (ce dit la jouvencelle)/ , Mes amours durent en tout temps.

Prince, fais amye immortelle, Et à la bien aymer entens :

Lors pourras dire sans cautelle, Mes amours durent en tout temps.

DE S'AMYE bien belle. ^

Amour me voyant sans tristesse,

Et de le servir desgouté ,

M'a dict, que feisse une maistresse.

Et qjfl'il seroit de mon costë.

Apres l'avoir bien escouté

J'en ay faict une à ma plaisance ,

Et ne me suis point mesconté.

C'est bien la plus belle de France.

Elle a un œil riant, qui blesse Mon cueur tout plein de loyauté,

Cl. Marot adressa ces vers à la princesse d'Alençon , dans les premiers tems de leurs amours. Une femme aime toujours qu'on enchérisse sur les éloges , aussi cette ballade ne plut pas à Marguerite. Elle le fît entendre au poète docile, qui répara sa faute en composant ce célèbre madrigal : Amour troma celle qui m'est amcre, etc.

Et parmy sa haulte noblesse Mesle une douce privauté.

Grand mal seroit, si cruauté Faisoit en elle demourance :

Car quant à parler de beauté, C'est bien la plus belle de France.

De fuyr s'ambur, qui m'oppresse, Je n'ay pouvoir, ne voulante, Arresté suis en ceste presse Comme Tarbre en terre planté.

S'esbahit on, si j'ay planté De peine, tourment et souffrance?

Pour moins on est bien tourmenté, C'est bien la plus belle de France.

u ENVOY.

Prince d'amours , par ta bonté Si d'elle j'avois jouyssance, One homme ne fut mieulx monté , C'est bien la plus belle de France.

OHTANT DE JOYE , AU RETOUR d'esPAIGNE , DE MESSEIGNEURS LES ENFANS DE FRANCE, COMPOSÉ LA NUICT QU'ON EN SCEUT LES NOUVELLES ET LE LENDEMAIN PRÉSENTÉ AU ROY A SON LEVER.

ILZ sont venuz les enfans desirez,

Loyaulx Françoys, il est temps qu'on s'appaise :

Pourquoy encor pleurez , et souspirez ?

Je Pentens bien, c'est de joje, et grand aise;

Car prisonniers (comme eulx) estiez aussi :

O Dieu tout bon, quel miracle est cecy?

Le roy voyons , et le peuple de France

En liberté : et tout par une enfance

Qui prisonnière estoit en fortes mains.

Or en est hors, c'est triple délivrance :

Gloire à Dieu seul , paix en terre aux humains.

Nouvelle Royne , "" ô que vous demourez , Sentez vous point de loing nostre mesaise ? Sus , peuples , sus , vos quantons décorez

^ Les deux fils de François I^r restèrent quatre ans en otage à la cour d'Espagne , et suivant le traité de Cambray , furent échange's sur la frontière (i^r juin i53oj , contre 1200 c'cus d'or.

^ La douairière de Portugal, Ele'onore, sœur de Charles-Quint , fiance'e au roi dès le i3 fe'vrier i5a6, amena les enfans de France. François 1er vint la recevoir à Mont-de -Marsan , où le mariage se fit sans e'clat. Cette princesse , âgée de 3o ans , sans grâces et sans beauté , vécut tranquille et obscure au milieu des maîtresses de son

De divers jeux. Est il temps qu'on se taise ? De voz jardins arrachez le soucy, Et qu'il n'y ayt gros canon racourcy Qui ceste nuict ne bruye par oultrance, Signifiant, que guerre avec souffrance Part, et s'en va aux enfers inhumains : Et puis chantez en commune accordance, Gloire à Dieu seul, paix en terre aux humains.

Sotz devineurs, voz livre§ retirez :

Tousjours faisiez la nouvelle mauvaise : Mais Dieu a bien voz propos revirez , Tant que menty avez, ne vous desplaise. Heureux baron, noble, Montmorency, * Ce qu'en as faict (il le fault croire ainsi) Est du Grand Maistre ouvrage sans doub tance. Conseil françoys, quoy qu'en ceste alliance N'eussent mieulx faict les tressages Rommains , Ne dictes pas , que c'est vostre puissance : Gloire a Dieu seul, paix en terre aux humains.

ENVOY

Prince royal, ma terrestre espérance,

Si le plaisir de ceste délivrance

Voulez peser contre les travaulx maintz,

Droicte sera (ce croy je) la balance,

Gloire à Dieu seul , paix en terre aux humains.

' Anne de Montmorency avait été charge de ne'gocier cette deli- •vrance.

CRY DU JEU DE l'eMPIRE d'oRLÉANS. ^

JLaissez à part voz vineuses tavernes, Museaulx ardans, de rouge enluminez :

Renjeunissez, saillez de voz cavernes, Vieux accroupiz , par aage examinez :

\oicy les jours qui sont déterminez x\ blasonner, à desgorger, et dire :

Voicy le temps , que suppostz de l'Empire Doivent par droict leurs coustumes tenir : Si voulez donc passer le temps , et rire , N'y envoyez , mais penses de venir.

* On ne possède aucune notion certaine sur le jeu de l'Empire d'Orléans. L. Dufresnoy, dans ses immenses recherches, n'a rien pu de'couvrir. Nous n'avons pas été plus heureux , et nous sommes obligés d'avoir recours à des conjectures qui peut-être ne sont pas sans fondement. Nous croyons que V Empire d'Orléans était une compagnie établie à l'exemple des Enfants sans Soucy et de la Bazoche, qu'elle espérait faire oublier;

Le tems et le terme s'approche

Qu'Empi riens , par-dessus la Bazoche , ^

Triumpheront .

Cette ballade annonçait probablement une nouvelle parade que les Empiriens devaient représenter.

On lit dans l'excellente Histoire de Paris, par M. Dulaure : « Philippe-le-Bel accorda aux clercs delà Bazoche, la faculté d'établir des juridictions basochiales inférieures dans diverses villes du ressort du parlement de Paris , à condition que les prévôts de ces juridictions rendraient foi et hommage au roi de la Bazoche. . . . Le chef des clercs du présidial d' Orléans , prenait le titre <f' Empereur. »

Harnoys, chevaulx, fiffres, tabours, et trompes, Riches habitz, et grans bragues avoir, Ce ne sont pas de l'Empire les pompes , Leurs motz, leur jeu, c'est cela qu'il fault veoir : Qui vouldra donc des nouvelles sçavoir, Qui ne sçaura des follies cent mille, Qui ne scaura mainte abusion vile Sans trop picquer, l'en ferons souvenir : Pourtant, seigneurs de ces te noble ville, IN'y envoyez, mais pensez de venir.

N'ayez pas peur, dames gentes, mignonnes. Qu'en noz papiers on vous vueille coucher, Chascun sçait bien , qu'estes belles , et bonnes , On ne sçauroit à voz honneurs toucher : Qui est morveux si se voyse moucher :

Venez, venez, sotz, sages, folz, et folles. Vous musequins qui tenez les escolles , De caqueter, faire, et entretenir, Pour bien juger, que c'est de noz parolles, N'y envoyez , mais pensez de venir.

Prince, le temps et le terme s'approche, Qu'Empiriens par dessus la Bazoche Triumpheront , pour honneur maintenir :

Toutes , et tous , si trop fort on ne cloche , N'y envoyez, mais pensez de venir.

3o BALLADES.

la

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