‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 65 sur 67 · II- ne s'éveille point au fracas meurtrier · texte numérisé non relu

II- ne s'éveille point au fracas meurtrier

De la rauque trompette ou du clairon guerrier.

Il ignore des arts les coupables délices , Il é\iteavec soin les brigues des Comices, Et de nos citoyens puissants et fastueux Jamais il n'assiégea les parvis somptueux.

Ah ! que d'un soin plus doux sa vie est occupée ! D'une main que jamais Vertumne n'a trompée , A la vigne nubile il aime à marier Ou l'orme aux bras touffus, ou le haut peuplier.

Là, sur l'arbre affranchi de rameaux inutiles, Sa serpe ente avec art des rameaux plus fertiles ; Ici , dans un vallon , qu'ombrage un bois naissant . Il aime à voir errer son troupeau mugissant.

Quelquefois , dans les flancs de l'amphore choisie , 11 presse d'un miel pur la liquide ambroisie; Ou , dans les premiers jours de l'ardente saison , Dégage ses brebis du poids de leur toison.

Mais lorsque dans nos champs l'Automne diaprée Lève des plus doux fruits sa tète décorée , Kt <pie sur les coteaux, riches de pourpre et d'or, Sa corne d'abondance épanche son trésor ;

m ÉTUDES POÉTIQUES.

Oh ! qu'il aime à cueillir et la grappe brillante , Dont l'éclat le dispute à la pourpre opulente , Et ces fruits variés dont il charge sa main , Pour en porter l'hommage aux autels de Silvain !

Tantôt, demi-couché sous une vieille yeuse, 11 entend des oiseaux la voix mélodieuse ; Tantôt un vert gazon , de simples fleurs orné , Sur un lit mol et doux le retient enchaîné.

Cependant, près de lui, mille sources d'eaux claires Tombent, du sein des rocs, en cascades légères, Et le paisible bruit de leurs flots jaillissants Fait mollement couler le sommeil dans ses sens.

Mais lorsque Jupiter, entouré des orages , De ses foudres bruyants vient battre nos rivages , Et que le sombre Hiver, levé sur nos climats , Verse , au sommet des monts , la neige et les frimas ;

Qu'avec plaisir alors il tend ses rets perfides A la grue étrangère , aux grives trop avides , Ou surprend , dans ses lacs , le lièvre épouvanté , Qui tombe et se débat dans leurs nœuds arrêté !

Parfois même , tintant des chasses plus bruyantes , Il pousse au fond des bois ses meutes aboyantes, Et guidé par ses cris , le courageux limier Vers les filets tendus presse le sanglier.

Parmi tant de plaisirs trouvés au sein des plaint* , Ah! qui du fol amour n'oublirait pas les peines? Et qui pourrait songer aux fausses voluptés Que nous vend à prix d'or le luxe des cités ?

Mais qu'une épouse eucor, chaste autant que zélée , Pareille à la Sabine et robuste et bàlée , Soulage son époux en ses rudes travaux, Et de leurs doux enfants surveille les berceaux;

Qu'à l'aide d'un bois sec , pour charmer la veillée ,

Elle ait soin d'exciter la flamme réveillée;

Que le foyer sacré brille pour le retour

De son époux , lassé des longs travaux du jour ;

Que sa main des troupeaux épuise la mamelle . Et, joignant les tributs de l;i \uche fidèle Aux présents de Bacchus, du cellier apportés, Convie un banquet frugal de Éietl non fedtttéi

Ah ! je n'envîrais pas ces riches coquillages Que la mer, en grondant , jette sur nos rivages ; Ni les turbots pompeux que l'immense Lucrin Pour les banquets de Rome alimente en son sein !

Ces oiseaux que l'Afrique et la molle Ionie , Prodiguant en tribut à l'avide Ausonie," Nourrissent , pour orner nos fastueux repas , Bien que vantés partout ne me tenteraient pas.

Que j'aimerais bien mieux ces olives vieillies , Par moi-même, en automne, à la branche cueillies; La mauve, qui combat nos maux invétérés , Et l'oseille salubre , humble amante des prés !

Ou la brebis ravie aux fleurs de la vallée , Aux fêtes du dieu Pan tous les ans immolée , Ou de la dent du loup le chevreau préservé, Et pour l'autel de Faune avec soin réservé !

Qu'il est doux , au milieu de ce repas champêtre , De voir ces bœufs, richesse et soutien de leur maître Qui regagnent l'étable, et qui, d'un cou lassé, Traînent le joug pesant et le soc renversé !

ÉTUDES POÉTIQUES. hOh

Quel charme encor de voir, du sein des pâturages, Les brebis se bâter vers leurs toits de branchages ; Kt d'esclaves nombreux un essaim florissant Couronner le foyer, vaste et resplendissant !

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