Livre second
De voir Tethys, et au ciel retournoit
Pleine d'humeurs (i). Ce dieu s'approche d'elle,
Luy tend la main, la caresse et l'appelle :
« Honneur de l'air, va conter à Junon Que les Troyens ennemis de son nom, Gaillards et pleins de gloire ambitieuse, Frappent la mer d'une rame joyeuse [a). Si le courroux bout encore en son cueur, Si le despit d'une vieille rancueur Son estomac encores espoinçonne, C'est maintenant que le destin luy donne De se vanger le tem.ps et le moyen , Perdant Francus et tout le nom troyen.
a Dy que soudain mette la main à l'œuvre, Que sa puissance en l'air elle descœuvre. Brassant contre eux un amas pluvieux.
A tant seteut. Iris remonte aux cieux, Tirant un arc dessus les ondes perses.
Tout bigarré de cent couleurs diverses; Puis sous les pieds de Junon se planta Et de Neptun' le courroux luy conta {b). Incontinent maintes troupes de nues Sont pesle mesle à leur royne venuse,
a. Var. :
Frappent la mer à rames retournées j Ensorcelez défausses destinées.
b. Var. :
Puis sous le throsne à Junon se cacha, Où de biais à ses pieds se coucha Comme un limier qui, craintif et fidelle, Oyant aux bois le veneur qui l'appelle [Cerfs et sangliers et buissons oubliez), Vient à son maistre et se couche à ses piez.