‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 30 sur 164 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Entre les feux, le tonnerre et la pluye, La nuit , la gresle , une ardante fune De vents emporte à l'abandon de l'eau Six grands vaisseaux esloignez du troupeau ; Mais à la fin la bonasse fortune (Tous)ours ne vit le courroux de Neptune) Loin les chassa au rivage incognu De la Provence , où le Rhosne cornu Entre rochers roulant sa viste charge , Près Aigue-morte en la mer se descharge.

Là ces Troyens sur le sable arrivez Furent long temps d'hostelage privez, Sans élever une muraille neuve :

Touchez après de la beauté du fleuve , Forçant son eau, plantèrent à Tournon De leur patron les armes et le nom , Qui courageux à Francion servirent Et aux combats des Gaules le suivirent (a).

Sept autres nefs surprises par l'effort D'est, de sud-est, de nord-est et de nord , Pirouettant dessus la vague perse, Avecq' grand bruit sentent à la renverse Tomber le mast ; l'antenne qui le suit Bronche dessus , les cordes font un bruit Comme un pin fait, entier en ses racines, Quand un torrent des montaignes voisines Le fait verser, fracassant et courbant Tous les buissons qu'il rencontre en tombant. Deux tourbillons en ont deux avalées

a. Var. :

Brave guerrier, qui, gros de renommée^ Joignit depuis à Francus son armée.

Germain, 1665), ces deux derniers vers sont remplacés par la variante suivante :

Avec tel bmit qu'un canon fait alors

Qu'il rompt le mur, la ceinture des forts.

96 La Franciadé.

A gorge ouverte en leurs ondes salées, Acte piteux ! Pallas branlant es mains Ses feux, terreur des dieux et des humains, Lance un esclair dedans l'autre navire.

Le feu mangeard, qui se tourne et se vire, Luisant, ardant, passant de part en part , De banc en banc, de rampart en rampart, Prend le pilot', le massacre et le tue, Et my-brulé sur les vagues le rue {a).

[Des autres trois orphelins de leurs masts, Les deux vaincus, entrouverts par en bas. De cent pertuis sentent crever leur ventre. Le flot meurtrier vague sur vague y entre A meint bouillon qui les costes creva, Et les humant soubs l'eau les aggrava.]

L'autre, au malheur opposant l'artifice, De la tempeste evitoit la malice, De toutes parts en doute résistant.

Ainsi qu'on voit un hardi combatant Dessus le mur de la ville assiégée Se planter ferme en sa place rangée Pour l'ennemy du rempart décrucher; En fin luy-mesme est contraint de broncher; De ses genoux les forces luy défaillent. Car entre mille et mille oui l'assaillent, Un par sus tous, le plus brusque et gaillard, Tout armé saute au dessus du rempart.

L'enseigne au poing, et en donnant passage A ses soldats, leur donne aussi courage. Ainsi, de mille et mille flots voûtez ui r'assailloient la nef de tous costez, n, le plus haut et le plus fort, s'avance, Et d'un grand heurt sur le tillac s'eslance

a. Var. :

Ayant encor' le timon dans le poing, Tant en mourant de son art il eut soing.

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