‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 49 sur 164 · Livre secon d · texte numérisé non relu

Livre secon d

Dessus un cygne arresté sur le bord; Ainsi, doublant effort dessus effort, Sur le grand corps s'eslança de rudesse, Adjouslant l'art avecques la prouesse; Sous luy se rue et de près rapprocha; La gauche main à son col accrocha , Et de la dextre en -contre-bas le tire. Il le tourmente, il le tourne, il le vire, Le choque, heurte, et d'un bras bien tendu Le tient en Tair longuement suspendu; Puis du genou les jambes luy traverse, Et le fait cheoir tout plat à la renverse.

De poincte, taille d de revers ruèrent , Et en cent lieux leurs mailles déclouèrent.

Jamais M avors , dispenseur des lauriers ^ Ne vit le pair de si vaillans guerriers. En fin, mattez de sueur et de peine^ En haletant vont ramassant rhaUine De l'estomac que les poulmons poussaient; Et toutefois ils se remenas soient , Chauds de cholere <t d'une ardeur ferine Qui bouillonnok au creux de leurpoicîrine. 0 gloire humaine! est-il rien qu'an bon coeur N'endure afin de se faire vemqueur!

Lors , desgainant leurs flambantes espêcSj Qui descendoient à ceintures houppées Le long des flancs en des fourreaux brodez, Se sont encore au combat hazardez ; Comme taureaux [quand la saison nouvelle Les appétits de Venus renouvelle) Se vont tuant et navrant pour l'amour, La jeune troupe est muette à Venlour, Qui les regarde, ignorant qui doit estre D'un tel duel le vainqueur et le maistre.

Francus, voyant que le jour luy failloit Et que sa main pour néant travaill'oit, Comme un Gerfaut qui de roideur se laisse....

1^6 La Franciade.

Phovére imprime, en tombant de son long, La poudre molle. Ainsi tombe le tronc D'un grand sapin bronché d'une montagne, Qui de son corps imprime la campagne [a). De bras nerveux et a'ongles bien crochus Cent fois essaye à se remettre sus, Se debatant, mais en vain il s'efforce, Car du Troyen la vigoureuse force Tient le genou comme victorieux Sur l'estomac, le poignard sur les yeux. Trois, quatre fois, de toute sa puissance L'avoit frappé, quand il eut souvenance Que le trespas de ce cruel félon Estoit enclos aux veines du talon.

Pource il se tourne et promptement assène L'endroit certain où tressailloit la veine. Du fer poignant coup sur coup la chercha , Et veine et vie ensemble luy trencha.

Le sang qui sort d'une vive secousse Bien loin du corps rendit la terre rousse A longs filets. Ainsi que d'un conduit S'eschappe l'eau qui jallissant se suit, Et d'une longue et saillante rousée Baigne la terre à l'entour arrousée.

Ainsi le sang bouillonnant s'en-alla, Et par le sang son ame s'escoula,

a. Var., en place des deux vers primitifs :

D'un chcsnc, oracle es forests de Dodonnc, Quand un torrent oa la gorge qui sonne Du vent l'abat de maint souffle bruyant. Quittant leurs nids , les oyseaux en criant Volent autour, courroucez qu'on leur este Le verd logis de leur ancien hoste.

Ainsi tomba Phovére tout à plat, Faisant un bruit aussi haut que l'esclat Qui rompt la nue et du son des (empestes Fait peur aux cœurs des hommes et des bestes.

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