‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 58 sur 164 · Livre troisiesme. j · texte numérisé non relu

Livre troisiesme. j

Tiré sur l'eau, quand se jouant ainsy, Francus appelle, ayant de luy soucy :

a Enfant royal, qui dois donner naissance A tant de Rois, la seule patience Rompt la fortune , et mal ne peut s'offrir Qui ne soit doux, quand on le veut souffrir. Sois courageux. Toute rude avanture Par temps se faict douce quand on l'endure; Pour endurer, Hercule se fit Dieu.

Tu planteras ta muraille au milieu ' Des bras de Seine, où la Gaule fertile Te doit donner uneisle pour ta ville, Gaule abondante en peuples redoutez, Peuples guerriers aux armes indontez, Que telle terre et plantureuse et belle, Riche, nourrit d'une grasse mammelle.

« Or, puis qu'Amour te veut favoriser, Son beau secours tu ne dois mespriser; Ne t'en va donc sans courtiser Hyante, Fille du Roy, qu'Hécate la puissante A fait prestresse en son Temple sacré.

Amour, qui fait toute chose à son gré. Victorieux, a navré son courage D'un poignant trait tiré de ton visage. Par sa magie elle peut attirer La Lune en bas, le Ciel faire virer A contre-cours, et des fleuves les courses Encontre-mont rebrousser à leurs sources. [D'un clair midy elle faict une nuict ; Dessous ses pieds la terre faict un bruit Quand il lui plaist , et sa force commande A Proserpine et à toute la bande De ces esprits, jadis hostes des morts. Qui, plains d'oubly, revont en nouveaux corps {a).] Elle, qui est de ton amour gaignée,

a. Var. '1578) ; De ces esprits (jai, desdaignant les bords

1^2 La Franciade.

Te fera voir ta future lignée, Et tous les rois qui sortiront de toi , Forts à la guerre et prudens à la loy, Qui d'un long ordre et de longue puissance Tiendront un jour le beau sceptre de France.

o Mais cependant que tu pleures en vain , Rongeant ton cœur d'un généreux desdain Sur ceste rive escumeuse et déserte, Ah ! malheureux ! tu as fait une perte D'un cher amy qui tousjours te suivoit. Son espérance en la tienne vivoit , Seur compagnon de ta dure fortune.

Las! il est mort. Junon par sa rancune A fait de terre un sanglier grand et fort Naistre à son dam pour lui donner la mort.

« Au poinct du jour, comme il alloit en queste, Il a de front rencontré cette beste Au dos rebours, aux yeux fiers et ardents, Qui receloit la foudre entre ses dents; D'un coup meurdrier l'a navré dedans l'aîne Et froid et mort renversé dans la plaine {a).

Du fleuve Oùbly, s'en vont en nouveaux corps.

Dans les éditions posthumes, ces six vers sont remplacés par ce distique :

Elle commande aux fantômes des morts Et aux esprits qui cherchent nouveaux corps,

a. Var. :

Dedans son cœur le tien mesme vivoit, Seur compagnon de ta fortune amere ; Las! il n est plus : Junon par sa colère L'a fait mourir d'estrange mort, afin Qu'elle empeschast le cours de ton destin ; Mais elle en vain se rouille de rancune, La Destinée est plus que la Fortune l [Comme il vouloit un sanglier assaillir, A vcu sa main et son espieu faillir;

Page 1