Livre QjL'ATRiES ME
Fin artisan de cauteleux moyens ,
Comme héritier du malheur des Trovens,
En toute terre à l'impourveu se rue,
Séduit des rois les filles et les tue ;
Puis, en faisant ses galères ramer.
Lave le meurdre ez vagues de la mer.
Met voile au vent; le vent, qui luy ressemble, Pousse sa voile et sa foy tout ensemble;
Et tu le vois, Jupin aux routes bras.
Tu le vois bien , et ne le punis pas {a)\
« Or, pour soûler de vengeance mon ire , Je le veux pendre au mast de son navire. Couvert de soufre et de salpestre ardant, Afin qu'en l'air il se voye pendant, Vestu de flame, et sente consumée Sa triste vie esteinte de fumée [Ou bien du corps ses boyaux arracher Et membre à membre en morceaux les trancher, Puis les jeter sans droit de sépulture Parmy les champs, des mastins la pasturel.
Que dis-je? Où suis-je ? En quelle folle erreur, Troublé d'esprit, me pousse la fureur?
Il ne faut pas qu'un prince débonnaire Du premier coup s'enflame de colère; Il ne doit croire aux flateurs de léger : Le commun bruit est tousjours mensonger. Il doit attendre et sagement cognoistre La vérité que le temps fait paroistre; J'attendray donq; un roy ne doit sentir D'un prompt courroux un tardif repentir. »
Tandis Francus , qui la saison espie, Aborde Hyante, et de tels mots la prie : a Vierge sans pair, dont la grâce et les yeux
a Var. :
Et tu le vois, Jupiter! sans souci Ny de bien-fait ny de mal-fait aussi.
96 La F RANCI A DE.
Pourroient tenter les hommes et les Dieux , Qui sous tes pieds presses serve ma teste, Qui de mon cœur remportes pour conqueste L'orgueil premier qui n'avoit point esté D'un autre amour que du tien surmonté; Si la pitié, si l'humble courtoisie Peut des humains gaigner la fantaisie, Soit par mes pleurs ton courage adoucy ; Guary ma playe et me prens à mercy.
Quand je touchay ton isle de ma dextre , Je ne vins pas, ô destin! afin d'estre (a), Comme je suis, misérable amoureux, Ains pour chasser le péril dangereux Qui menassoit ma teste du naufrage.
Mourir devoy-je au plus fort de l'orage , Puisque sur terre Amour m'est plus amer Que la tempeste au milieu de la mer [Contre l'Amour, invincible adversaire , J'ay résisté, mais en vain, car l'ulcère S'en aigrissoit plus je voulois celer Le mal qu'il faut par force révéler.] L'homme seroit heureux en toute chose, S'il ne cachoit au fond de l'ame enclose La passion que nous engendre Amour, Qui de la vie embrunit le beau jour.
Et verse au cœur par mauvaise coustume Bien peu de miel et beaucoup d'amertume. [Et toutesfois la raison et les yeux Nous font aymer! S'il est ainsy, ô Dieux, Que l'amour soit aux veines espandue Par la raison, vous l'avez cher vendue!] Heureux trois fois, voire quatre, un rocher Qui , sans tendons, sans muscles et sans chair,
a. Var. :
Quand la fortune à mes désirs senestre Poussa ma nef, ce ne fut pas pour estrc.