Livre Q u A TRIE SME
Soubs ses joyaux. Et lors douze pucelles, Qu'on luy choisit en beauté les plus belles, Qui dès enfance au logis la suivoient Et de son corps soigneuse garde avoient (a), D'un pas léger dedans l'estable allèrent, Hastant leurs mains, et le coche attelèrent.
A chaque roue ils entent un moyeu, Douze rayons font passer au milieu Jusqu'à la gente, et autour de la gente Mettent d'airain une bande pesante, Le garde roue, oii maints doux argentez A grosse teste en ordre estoient plantez.
Au limon d"or, couple à couple, ils attachent Quatre jumens souple-jarrets, qui marchent D'un pas venteux, et font dessous leurs pieds Voler menu les sablons déliez.
Elle en son char monte seule et se guide; Une main tient le fouet, l'autre la bride, Chassant tousjours les jumens en avant (b). Le char rouloit plus viste que le vent ! Quand les juments au tem.ple l'ont rendue, Soudain à bas du char est descendue,
a. Var. :
D'ardeur de femme envieuse, d'aller Au lieu promis ; et lors douze pucelles , De ses secrets ministres plus fidelles, Qui seules part en ses grâces aivient, Et dès enfance en tous lieux la suivoient,
b. Var. :
D'un brave train, qui fit tourbillonneux En-nubler l'air d'un poudrier sablonneux. Elle monta : une main tient la bride, L'autre le fouet. Par la campagne vuidc A bonds légers s' eslançoient en avant.
200 La Franciade.
Osta leur bride. Elles non guière loin En hennissant vont paistre le sain-foin, Trèfles et thym ; puis, de manger faschées , Se sont sur l'herbe au frais de l'eau couchées. Le temple estoit d'un taillis couronné, Et le taillis de prés environné (a).
Là l'amoureuse, après le sacrifice Qu'elle devoit, controuve une malice :
Ce fut s'asseoir, et faire d'un grand tour Comme elle asseoir ses filles à l'entour.
« Il n'est pas temps, cher troupeau que j'honore, De retourner à la maison encore:
Sur l'herbe tendre il vaut mieux séjourner; Au frais du soir nous pourrons retourner. Chantons, dansons, que chacune s'avance, Et la carole elle mesme commence. »
Mais ny le bal ni autre passe-temps Ne luy playsoient; ses beaux yeux inconstans Tousjours au guets'escartoient en arrière Sur les chemins^ pour voir si la poussière Dessous Francus iroit point s'eslevant.
A chasque bruit, à chasque flair de vent, Elle trembloit , et sans estre asseurée. D'yeux et d'esprit erroit toute esgarée.
De bon matin Francus qui s'éveilla De ses habits en Troyen s'habilla [Prit son turban enflé d'espaisses bandes; De son habit les manches estoient grandes, Et cet habit au talon descendoit.
Le temple estoit au milieu d'un taillis. Dont les cheveux par le fer assaillis N'estoient tombez, comme chose sacrée, Entourné d'eaux d'une prochaine prée, Riche de fleurs que la faux ne trenchoit , Ny le bestail de sa dent ne touchoil.