‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 15 sur 223 · POUR ELLE-MESME · texte numérisé non relu

POUR ELLE-MESME

Comme un beau pré despouillé de ses fleurs, Comme un tableau privé de ses couleurs, Comme le ciel, s'il perdoit ses estoiles, La mer ses eaux, la navire ses voiles, Un bois sa fueille, un antre son effroy, Un grand palais la pompe de son Roy, Et un anneau sa perle précieuse; Ainsi perdra la France soucieuse Ses ornemens, en perdant la beauté Qui fut sa fleur, sa couleur, sa clairté.

Dure Fortune, indontable, et félonne, Tu es vrayment fille d'une lyonne, Tu vas passant les tigres en rigueur, Et tu n'as point en l'estomac de cœur D'ainsi traiter une Royne si belle!

Premièrement, tu l'as dés la mammelle Assujettie à porter le malheur, Lors que sa mère espointe de douleur, Dans son giron, craignant l'armée Angloise, L'alloit cachant par la terre Escossoise. A peine estoit sortie hors du berceau, Que tu la mis en mer sur un vaisseau, Abandonnant le lieu de sa naissance, Sceptre, et parens, pour demeurer en France.

Lors en changeant de courage malin, La regardas d'un visage bénin, Et d'orpheline ensemble et d'estrangere ( Ha que tu es inconstante et légère ! )

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