‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 151 sur 223 · PRIS D'OVIDE · texte numérisé non relu

PRIS D'OVIDE

A FRANÇOIS CHARBONNIER, Angevin. (')

Sus dépan, Charbonnier, de son croc ta musette, (4) Qui durant tout l'hyver avoit esté muette, Et loin du populace allons ouïr la vois De dix mille oiselets qui se plaignent es bois. Ja des monts contre-val les tiedes neiges chéent, Ja les ouvertes fleurs par les campaignes béent, Ja l'espineux rosier desplie ses boutons Au lever du soleil, qui semblent aux tétons Des filles de quinze ans, quand le sein leur pommelle Et s'élève bossé d'une enflure jumelle.

Ja la mer git couchée en son grand lit espars ; Ja Zephyre murmure, et ja de toutes pars Le nocher hait le port qui lui fut secourable, (b)

a. Var. (1584) :

Sus, dèpan, mon Daurat, de son croc ta musette,

b. Var. (1578) :

Calfeutrant son vaisseau le nocher hait le sable,

1. Cette pièce qui, en 1 560 fait partie des Poèmes, passe, en 1 $67, au nombre des Élégies. En 1 578, elle s'appelle le Narcis; en 1 584, elle est intitulée la Mort de Narcisse en forme d'elêgie, et est dédiée à Jean Daurat, son précepteur. Dans les éditions posthumes, elle reprend son rang dans les Poëmes sous le titre de Narcisse, et reste dédiée à Daurat

240 Les Poèmes.

Le pastoureau la cendre, et le troupeau Festable. (4) [Ja sous la claire nuict les Grâces et Venus Avecque les Sylvans et les Satyres nus Gambadent sur les prez, tandis que le bon feuvre, Dessous l'antre ^Etnéan, coqu, haste son œuvre, Et des deux pieds boiteux, asprit la flamme d'eau, Pince la masse ardente, et la bat au marteau.]

Ja l'arbre de Bacchus rampe en sa robe neuve, Se pend à ses chevreaux, et ja la forest veuve Hérisse sa perruque, et Cerés du ciel voit Ja se crester le blé qui couronner la doit. Ja prés du verd buisson, sur les herbes nouvelles, Tournassent leurs fuseaux les gayes pastourelles, Et d'un long lerelot, aux forests d'alentour, Et aux prochains taillis racontent leur amour. [Ja les tourtres es bois de leur nid se souviennent; Ja hâves bec à bec les coulombes se tiennent; Ja l'alouette en l'air des aisles trémoussant Degoise ses amours, et l'avette, paissant De la cuisse les fleurs (*), par son plaisant murmure Invite à sommeiller sur la jeune verdure, Où Progné se complaint que l'honneur outragé De Philomel sa sœur n'est pas assez vengé. ]

Ceste belle saison me remet en mémoire Le printemps où Jason espoinçonné de gloire Esleut la fleur de Grèce, et de son aviron

1. Les six vers suivants sont remplacés, en IJ78, par ceux-ci :

Qui désire dés l'aube aller brouter les prez, Costoyez des ruisseaux aux Naïades sacrez.

Et par ces deux autres dans les éditions posthumes :

Désireux dés l'aurore aller brouter les fleurs

Qui peignent les ruisseaux de dix mille couleurs.

2. Il veut dire que l'abeille rassemble sur ses cuisses le miel qu'elle extrait des fleurs.

Page 1