‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 167 sur 223 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Et à ce bruit le peuple, qui se sent Vostre obligé, d'un accord s'y consent.

Quand sur Paris ces nues passagères Ont deschargé leurs nouvelles légères, Le bruit qui vole et revole soudain, Dresse l'aureille et ramasse en son sein A pleine main ces nouvelles venues; Puis au palais, puis par toutes les rues, Par les maisons il les semé à monceaux, Et fait courir mille propos nouveaux Faux, vrais, douteux; car tantost en l'aureille, Tantost bien haut il raconte merveille, Triste tantost, tantost joyeux et gay Mesle si bien le faux avec le vray, Que des propos racontez à la troupe Chacun en parle, et en disne, et en soupe; Mesme en dormant on ne peut retenir L'esprit esmeu de son resouvenir.

Mais vous, Madame (4), à qui la saincte vie Donne l'honneur de surmonter l'envie ; Qui mesprisez d'un cœur sage et prudent Toute fortune et mauvais accident, Dessous vos pieds vous pressez ces nouvelles, Pleines de rien, sans vous effrayer d'elles; Et sans avoir ny crainte ny souci Du peuple sot, ny de sa langue aussi, Marchez, Déesse, au milieu de nos Princes, Revisitant, les royalles provinces; Et d'un œil prompt vos subjets remarquez, Les uns en biens hautement colloquez, Les autres non ; car selon le mérite Vous les traitez d'une faveur petite, D'une moyenne, ou d'une grande, à fin Que le caquet du courtisan trop fin, Comme importun vostre esprit ne déçoive,

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