Livre premier
Pour t'enfuïr longue espace devant Le tard vaisseau qui t'iroit poursuivant, Sans voir jamais surgir à ton rivage La belle Royne à qui tu dois hommage.
Puis elle adonc, qui te suivroit en vain, Retourneroit en France tout soudain Pour habiter son duché de Touraine.
Lors de chansons j'aurois la bouche pleine, Et en mes vers si fort je la lou'rois, Que comme un cygne en chantant je mourrois. Pour mon object j'aurois la beauté d'elle, Pour mon sujet sa constance immortelle; Où maintenant la voyant absenter, Rien que douleur je ne sçauroy chanter.
Sus, Elégie en habit noir vestue, Monte au plus haut d'une roche pointue, Cherche les bois des hommes séparez, Fuy-t'en aux lieux qui sont plus esgarez, Et en pleurant à l'entour des rivières, Raconte aux vents que je perdy nagueres Une maistresse, une perle de prix, Et une fleur, la fleur des bons esprits, Une divine et rare Marguerite (*) Qui pour la France en la Savoye habite, Et maintenant une Royne je pers, Qui fut l'honneur de France et de mes vers.