‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 28 sur 223 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Que dés le lendemain s'enfuira laschement,

S'achetant une honte et à nous une gloire

Dont le temps ne rompra de mille ans la mémoire.]

Vous souvienne, soldats, en quelle adversité

Seroit réduite, helas ! ceste belle cité

Si vous la laissez prendre, et combien violées

De filles on verroit, et de maisons volées,

Et combien de vieillards par leurs cheveux grisons,

Seroient trainez dehors de leurs propres maisons,

Et qui pis est, soldats, que de fiâmes éprises

En fia m mer oient d'autels, de couvents et d'églises;

Qui pour destourner d'eux tant de maux inhumains,

Ont commis leur salut à l'effort de vos mains.

Ne les fraudez donc point d'une telle espérance,

Monstrant à l'Espagnol quelles mains a la France.

[Et bien, soudars, et bien que le volage Mars

Ait fait prendre mon frère entre mille hazards

Souillé du sang haineux ; pource la hardiesse

Ne me refroidit pas, ains doublant ma prouesse,

Pour tous deux aujourd'huy combatant d'un grand cœur

Pour tous deux aujourd'huy je resteray vainqueur.] (a)

■ Or si quelqu'un de vous m'apperçoit le visage Tant soit palle de peur, ou faillir de courage, Je ne veux qu'en flattant il me vienne excuser, Ains je luy veux donner congé de m'accuser, ( Ce que n'advienne, ô Dieu ! que l'un de vous me face); Car je ne veux ici, non, non, tenir la place D'un Prince seulement, mais d'un simple soldart Couché tout le premier sur le front d un rempart. »

Ainsi parloit ton frère inspirant au courage Des siens, une prouesse, une horreur, une rage De combatre obstinez ; son panache pendant Terriblement courbé par ondes descendant

a. Var. :

Et que Fortune femme aime mieux par raison Un jeune Roy vaillant qu'un Empereur grison.

38 Les Poèmes.

Sur le dos escaillé, du haut de la terrace Effroyoit l'Espagnol d'une horrible menace. Comme un brandon de feu le rond de son bouclair Eclatoit parmy l'air un monstrueux esclair, Non autrement qu'on voit une rouge comète Flammer sanglantement sous une nuit muette ; (a) Ou tout ainsi qu'on voit flamber le Sirien Au plus chaud jour d'esté, quand la gueule du chien Allumant tout le ciel d'une flamme trop forte, Aux hommes et la soif et les fièvres apporte.

Voy donc, Prélat, que vaut un vaillant conducteur! L'Empereur frissonna d'une si froide peur Voyant ton frère armé, que sur l'heure, sur l'heure, Du tout désespéré de fortune meilleure, Tourna le dos honteux ; tant pour nostre salut Le magnanime cœur de ton frère valut!

Sur les bornes de Gaule affrontant sa jeunesse Aux desseins plus rusez de la grise vieillesse D'un si caut Empereur. Iô, Prince Lorrain, Encore quelquesfois de ma trompe d'airain Je sonnerav tes faits d'une longue Iliade; Car ceux-là de Pericle et ceux d'Alcibiade N'égalent tes honneurs, ny le brave renom De celuy qui d'Afrique emporta le surnom, (*) Ny ton ayeul ri qui veit ses fidelles armées S'orner sur le Jourdain de palmes Idumées.

Enflamer tout le ciel d'une crineuse crette ;

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