‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 36 sur 223 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Comme un homme importun, qui sans rougir apporte Tousjours un mesme sac à une mesme porte.

Donques pour ceste fois les Muses n'invoquon, Et les souffron baller dans le val d'Helicon, Ou sur le bord fleury de Permesse, ou d'Eurotte; Le pellerin est sot qui ne sçait qu'une rotte, Le soldat qu'une embusche, et sot ie batelier Qui ne peut son bateau que d'une ancre lier. Il faut qu'en autre part autre secours j'espreuve Que celuy des neuf Sœurs, et qu'autre Dieu je treuve Pour me favoriser. Vous, Déesses des bois, Vous serez mon secours, qui portans le carquois Au senestre costé, par plains et par campagnes, Errez la trompe au col, de Diane compagnes.

Sus donc inspirez-moy ; je chante icy vos biens, Vos espieux, vos filets, vos chasses et vos chiens. Couvrez la tendre chair de vos grèves divines Du cuir damasquiné de vos rouges botines; Vos cottes agrafiez plus haut que les genoux; Que vos molosses ('j fiers soient couplez après vous, Et que chacune branle en la main la sagette. J'oy, ce me semble (*), j'oy les vierges de Taigette(3) Qui m'appellent déjà, et des chiens découpiez J'oy dessus Menalon les abois redoublez.

Mais avant que d'entrer en la forest épesse De Grage ou d'Erymant, dy vierge chasseresse, Dy Phebe aux beaux talons, ceux qui ont les premiers Trouvé l'art de conduire es forests des limiers, Le conseil, le dessein, et les arts de la chasse; Sœur jumelle à Phœbus, chante-les moy de grâce, Et si tost qu'entendus je les auray de toy, A ceux je les diray qui viendront après moy, Eux aux neveux futurs. Nature ingénieuse

i. Chiens grands et forts pour les bestes noires.

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