‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 83 sur 223 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Les beaux coursiers viste-pieds de Junon Vivent ainsi ; ils ne mangent sinon Qu'air, qu'ambrosie; ou, quand ils ont grand erre Conduit du ciel leur Royne en nostre terre, Mangent un peu de lotes dans les prez Qu'à sa grandeur Samos a consacrez.

Ainsi vivoit le dos-ailé Pégase, Qui fit sourcer la cime de Parnase; Ainsi Minerve, ainsi nourrit les siens (a) Phcebus, et Mars ses roussins Thraciens. Ainsi le tien se nourrit sans pasture ; Car c'est, Belot, un cheval en peinture, Qui me sert plus quand je suis à séjour, Songeant au lict, qu'il ne me sert le jour.

La chaude Afrique en certaine contrée A des jumens, qui en tournant l'entrée De leur nature au vent zephyrien, Sur le printemps vont concevant de rien ; Le tien venteux est issu de la race De ces jumens, qui mesme le vent passe.

On dit qu'Ulysse autrefois prit le vent; Mais ton cheval, Belot, est si mouvant, Si frétillant, qu'il ne veut pas permettre Qu'en ses longs crins les doigts on puisse mettre, Et du fin Grec la main ne le prendroit; Car tel cheval jamais ne l'attendroit.

Aurois-tu leu (ô teste rare et chère) Dedans les vers du fantastique Homère, Qu'un des chevaux d'Achille s'avança, Et le trespas à son maistre annonça?

Tu crains, voyant ma longue maladie, Que ton cheval en parlant ne me die,

a. Var. :

Et le cheval de l'Aurore qui passe Ceux du Soleil : ainsi nourrit les siens

D'humaine voix quelque mal à venir, - Et ce seul point te l'a fait retenir, (a)

Mon cher amy, j'ay bien voulu t'escrire Ces vers raillards, pour mieux te faire rire Après ta charge et le souci commun De concéder audience à chacun, Haut-eslevé au throne de justice, Aimant vertu et chastiant le vice.

Dieu, qui sous l'homme a le monde soumis, A l'homme seul le seul rire a permis Pour s'égayer, et non pas à la beste Qui n'a raison ny esprit en la teste.

Il faut du rire honnestement user Pour vivre sain, non pour en abuser; Car volontiers on jette à gorges pleines Le ris qui naist des actions vilaines.

Le ris est fils d'un acte vitieux; On ne rit point d'un geste glorieux, (b) Mais on l'admire et d'un fait misérable On pleure; on craint qu'on ne tombe, semblable A ceux que l'œil regarde langoureux ; Chacun désire un estre bien heureux.

Nous sommes nez à la mode commune :

Il faut souffrir l'une et l'autre fortune ;

a. Var. :

Prophetizant, quelaue funèbre mot :

Garde-le bien, je n en veux point, Belot.

b. Var. En 1 5 78, la pièce se termine ainsi :

Mais on l'admire : ainsi lu pourras rire De ma folie, et de t'oser esc rire Je ne sçay quoy qui m'est encor plus vain Que ton cheval qui n'a selle ny jrain.

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