Livre premier
Pour prendre un jour une mortelle fin : Hé! qui pourroit résister au Destin? (a)
» Assez, Seigneur, et par mer et par terre J'ay veu sous toy le mestier de la guerre, Assez mon dos a sué sous le fais De ta massue, assez tes nobles faits Ont illustré ma vive renommée.
» Or maintenant ma peine est consommée; Loin de la terre, et loin de tout soucy Qu'ont les mortels, heureux je vis icy.
» Adieu, Seigneur, adieu, ma chère teste! Par ta marastre encor mainte conqueste Te reste à faire, et mille maux divers Que tu auras vaguant par l'univers; Puis à la fin une mort tres-cruelle Doit consommer ta figure mortelle.
[Dessus un mont tu brusleras ton corps Par la douleur que dedans et dehors Tu sentiras d'une chemise ouvrée, Au vilain sang du centaure enyvrée.J
» Ainsi brûlé t'en iras dans les cieux Prendre ta place à la table des Dieux ; Puis tu auras, loyer de ta prouesse, Pour femme Hebé, la Royne de jeunesse.
Car les beaux faits de l'homme vertueux Ne meurent point; mais du voluptueux Qui a sa vie en plaisirs consommée, Avec la mort se perd la renommée. »
a. Var. :
(Amour n'est pas, comme on pense, une fable),
Une Déesse amoureuse me vit,
Qui tout soudain dessous l'eau me ravit.
Je t'appellois pour-neant, quand ma bouche
Fut pleine d'eau; quand rebelle et farouche
De sa houssine en me frappant tourna
Mon corps en Dieu, puis son lict me donna.
144 Les Poèmes.
Ainsi Hylas à son maistre parla, La nuict s'enfuit et l'ombre s en-vola.
Mon Passerat1, je ressemble à l'abeille Qui va cueillant tantost la fleur vermeille, Tantost la jaune, errant de pré en pré Où plus les fleurs fleurissent à son gré, Contre l'hyver amassant force vivres.
Ainsi courant et fueilletant mes livres, J'amasse, trie et choisis le plus beau, Qu'en cent couleurs je peins en un tableau, Tantost en l'autre, et prompt en ma peinture Sans me forcer j'imite la nature, Comme j'ay fait en ce pourtrait d'Hylas Que je te donne; et si à gré tu l'as, J'en aimeray mon présent davantage, D'avoir sceu plaire à si grand personnage.
!. C'estoit un des plus grands esprits et des plus rares personnages de son siècle. La maison de Mesmes en sçauroit dire des nouvelles, qui l'a entretenu long-temps honorablement, comme elle est le sacré temple des Muses et de la vertu, aussi bien que de la fortune.