La Renommée, fille de Mercure
2. Dernier duc de Bourbon, brave prince qui mourut au siège de Rome. (R.)
j. Second de ce nom , duc de Bourbon, qui espousa Anne de France, fille du roy Louys onziesme. (R.)
Premier livre. $7
Aujourd'huy vainaueur s'est veu De l'impériale audace ; Et dy cjue sa jeune main N'a point desmenty sa face Par un faict couard et vain.
Epode.
Autour de la vie humaine Maint orage va volant, Qui ores le bien ameine('), Ores le mal violant.
La roue de la Fortune Ne se monstre aux roys toute une.
Et jamais nul ne se treuve Qui jusqu'à la fin espreuve L'entière félicité.
Les hommes journaliers meurent,.
Les dieux seulement demeurent Francs de toute adversité.
AU SEIGNEUR DE CARNAVALET Ode vil — Strophe i.
Ma promesse [2;. ne veut pas, Carnavalet, que là bas Ton nom erre sans honneur,
I II dit cela à cause de la malheureuse mort de ce prince ^ qu'un coffre jeté, peut-être à dessein, par une fenêtre , tua à la Roche-Guyon, en février 1 546, sous le roi François 1er. 'R.)
2. Il s'aquitte d'une promesse faite au sieur de Carnavalet de l'immortaliser. Entre autres choses, il le loue de sçavoir parfaiaement manier un cheval et d'estre brave cavalier. 'R. )
Odes.
Quelle force a ma puissance Et quels vers je suis donneur.
Muses, filles au grand Dieu Par qui la foudre est lancée, Venez lui dire en quel lieu Je l'ay peint dans ma pensée;
Il est vray que j'avoy mis En long oubly la mémoire Qu'une fois je luy promis D'espandre au monde sa gloire; Mais ores vostre main forte Chasse l'injure, de sorte Qu'il voye parfaictement Que nulle mortelle chose Ferme ne fut oncques close Sous l'huis de l'entendement.
Antistrophe.
Le temps, venant de bien loin, M'a blasmé, comme tesmoin, De n'acquitter mon devoir.
Au pis aller, une usure Raclera toute l'injure Que j'en pourrcy recevoir. C'est un travail de bon-heur Chanter les hommes louables, Et leur bastir un honneur Seul vainqueur des ans muables.
Le marbre ou l'airain vestu D'un labeur vif par l'enclume N'animent tant la vertu Que les Muses par la plume.
Ores donc ta renommée Voirra le monde, animée Par le labeur de mes dois.
Telle immortelle largesse
Premier livre. ^9
Pa?se en grandeur la richesse Du plus grand de tous les rois.
Epode.
Quelle louange première Ma lyre te sonnera, Resjouy de la lumière Que mon vers te donnera?
Diray-je l'expérience Que tu as en la science, Ou ta main qui sçait l'adressé D'acheminer la jeunesse Par tes vertus à bon train (!>, Ou ton art, qui admoneste L'esprit de la fiere beste Se rendre docile au frain
Strophe II.
Qu'apporta du ciel Pallas A Bellerophon, ja las De vouloir en vain douter Le fils aislé de Méduse A coups de pied , qui refuse Le laisser sur luy monter?
Quand la nuict il entendit Pallas, des soudars la guide.
Qui en songe luy a dit :
Dors-tu, la race aeolide?
Pren le secours de tes maux 5 Geste médecine douce; Elle seule des chevaux Le gros courage repousse.
Luy qui soudain se reveille
I . C'est à dire la parfaicte et plus importante pédagogie, comme celle du roy Charles IX. R.)
6o Odes.
De voir un frain s'esmerveille, Et, le prenant, l'a caché Dans l'opiniastre bouche Du cheval non plus farouche, L'ayant un petit mâché.
Antistrophe.
Lors, le touchant de plus près, Osa tenter l'air après, Monté sur le dos volant (i), Et, se jouant en ses armes, Fit de merveilleux alarmes; Dévoûtant l'arc violant, La puante ame il embla A la chimère à trois formes, Et le col luy dessembla Hors de ses testes difformes.
A terre morte il rua Des guerrières la vaillance ; Mais quel méchef le tua.
Je le passe sous silence.
Dix et huit astres receurenl Le cheval qu'ell' aperçurent Culbuter son maistre à bas(i2).
L'homme qui veut entreprendre D'aller au ciel doit apprendre A s'eslever par compas.
a. Var. :
Au ciel maint feu l'on vid naistre De Pégase, qui son maistre Culbuta du haut en bas.
1 . Lucian estime que ce Bellerophon fut un excellent astrologue , dont l'esprit eslevé donna suject de feindre qu'il estoit emporté au ciel sur un cheval volant. (R.)
Premier livre. 6i
Epode.
Automedon ne Sthenelle> Dont la longue antiquité Chante la gloire éternelle, La tienne n'ont mérité, Soit pour mollir le courage Au cheval d'une main sage.
Ou soit pour le faire adextre, A la gauche et à la dextre Obeyssant à tes lois, A fin que par ta conduite Puisse un jour tourner en fuite Le camp ennemy des rois.
Strophe III.
Tes ancestres maternels Et tes aveux paternels Divers champs ont habité, Si bien que qui fils t'appelle De deux terres, il ne celé Ta race à la vérité.
Quand la bize vient fascher La nef que trop elle vire, Alors il faict bon lascher Deux ancres de son navire.
La France te va louant Pour son fils, et la Bretaigne De t'ai 1er sien avouant En si grand honneur se baigne , Si tu es fils légitime De la vertu, que j'estime Plus que tes honneurs divers; C'est pour cela que ma corde, Parlant ta gloire, s'accorde Avec le son de mes vers,
6i Odes.
Antistrophe.
Lesquels en douceur parfaicts Apparoistre se sont faits Sur le rivage du Loir, Pour sacrer à la mémoire Les vertueux qui leur gloire Ne mettent en nonchaloir.
Comme le fils qu'un père a De sa femme en sa vieillesse, Ce vers, mon fils, te plaira.
Bien que tard je te le laisse.
L'homme veuf n'a tant d'ennuy De quitter son héritage Aux estrangers qui de luy Auront le bien en partage Comme l'homme qui dévale Dedans la barque infernale De mes hymnes devestu.
En vain l'on travaille au monde, Si la lyrique faconde Fait muette la vertu ;
Epodc.
Mais la mienne emmiellée.
Qui sçait les loix de mon doy, Avec les flustes mesiée.
Chassera l'oubly de toy.
Les neuf divines pucelles Gardent la gloire chez elles ; Et mon luth, qu'ell' ont fait estre De leurs secrets le grand prestre , Par cest hymne solennel Respandra dessus ta race Je ne sçay quoy de sa grâce Qui te doit faire éternel.
Premier LIVRE. 65