‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 86 sur 163 · A JEANNE IMPITOYABLE · texte numérisé non relu

A JEANNE IMPITOYABLE

Ode XII.

O grand' beauté, mais trop outrecuidée Des presens de Venus, Quand tu voirras ta face estre ridée

Et tes flocons chenus.

Contre le temps et contre toy rebelle ,

Diras en te tançant :

Que ne pensois-je alors que j'estois belle

Ce que je vay pensant ?

Ou bien pourquoy à mon désir pareille

Ne suis-je maintenant?

La beauté semble à la rose vermeille,

Qui meurt incontinent.

Voila les vers tragiques et la plainte

Qu'au ciel tu envoyras, Incontinent que ta face dépainte

Par le temps tu voirras.

Tu sçais combien ardamment je t'adore,

Indocile à pitié.

Et tu me fuis, et tu ne veux encore

Te joindre à ta moitié.

0 de Paphos et de Cypre régente,

Déesse aux noirs soucis ,

Plustost encor que le temps sois vengeante

Mes desdaignez soucis!

Et, du brandon dont les coeurs tu enflâmes

Des jumens tout autour, Brusle-la moy, afin que de ses fiâmes

Je me rie à mon tour.

A JOACHIM DU BELLAY

Ode XIIL

Nous avons, du Bellay, grand' faute Soit de biens, soit de faveur haute, Selon que le temps nous conduit; Mais tousjours, tandis que nous sommes Ou morts ou mis au rang des hommes, Nous avons besoin de bon bruit.

Car la louange emmiellée, Au sucre des Muses meslée.

Nous perce l'aureille en riant; Je dis louange qui ne cède A l'or que Pactole possède, Ny aux perles de l'Orient.

La vertu qui n'a cognoissance Combien la Muse a de puissance Languit en ténébreux séjour, Et en vain elle est souspirante Que sa clarté n'est apparante Pour se monstrer aux rais du jour.

Mais ma plume, qui conjecture Par son vol sa gloire future, Se vante de n'endurer pas Que la tienne en l'obscur demeure, Où comme orpheline elle meure, Errante sans honneur là bas.

[Nous avons bien, moi et mon mètre,

Troisiesme Livre. 21 )

Cette audace de te promettre Que tes labeurs seront appris De nous, de nos suivantes races, S'il est vrai que j'aye des Grâces Cueilli les fleurs dans leurs pourpris.]

Je banderay mon arc, qui jette Contre ta maison sa sagette , Pour viser tout droit en ce lieu Qui se réjouit de ta gloire.

Et où le grand fleuve de Loire Se mesle avec un plus grand Dieu.

Car, bien que ta Muse soit telle Que de soy se rende immortelle, Desdaigner pourtant tu ne dois L'honneur que la mienne te donne Ny ceste lyre qui te sonne Ce que luy commandent mes doi

Jadis Pindare sur la sienne Accorda la gloire ancienne Des princes vainqueurs et des rois; Et je sonnerai ta louange, Et l'envoirai de Loire à Gange, Si tant loin peut aller ma vois.

Car il semble que nostre lyre Ta race seule vueille eslire Pour la chanter jusques aux cieu) Macrin (•) a sacré la mémoire De l'oncle, et j'honore la gloire Du nepveu, qui s'honore mieux.

France sous Henry fleurit, comme Sous Auguste fleurissoit Romme; Elle n'est pleine seulement D'hommes qui animent le cuivre, Ny de peintres qui en font vivre Deux ensemble (2) éternellement;

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