SCENE PREMIERE
MASCAHILLK, seul.
Taisez-vous, ma bonté, cessez votre entretien.
Vous êtes une sotte, et je n'en ferai ricni.
Oui, vous avez raison, mon courroux, je l'avoue;'
Relier tant de fois ce qu'un brouillon dénoue,
C'est trop de patience; et je dois en sortir.
Après de si beaux coups qu'il a su divertir.'-
Mais aussi raisonnons un ])eu sans violence.
Si je suis maintenant ma juste im|)atience,
On dira que je cède à la difdculté,
Que je me trouve à bout de ma subtilité ;
Et que deviendra lors cette publique estime.
Qui te vante partout pour un fourbe sublime.
Et que tu t'es acquise en tant d'occasions,
A ne t'être jamais vu court d'inventions?
L'honneur, ô Mascarille, est une belle chose.
A tes nobles travaux ne fais aucune pause;
Et, quoi qu'un maître ait fait pour te faire eni'ager
1 . Cette forme de monologue, où le personnage adresse la parole à ses sentiments et à ses passions, étoit à cette époque fort usitée dans la tragédie et la comédie; Corneille en a fait un véritable abus. Molière y a ri'noncé dv bonne heure.