‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 157 sur 266 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

IJ'IJK, M ASCMilM.K.

liiciitot (l(^ notre Ibiirbe ou verni le débris, Si \oii^ coiilimic/ des sottises si grandes.

Dois -je éteniellenienl ouïr tes réprimandes? De quoi te peux-tu plaindre? Ai-je pas réussi l'in tout ce que j'ai dit depuis?^

M A se A niM.K.

Couci-couci.

Témoin les Turcs par vous appelés hérétiques, Kt r{ue vous assurez, pai- serments authentiques, Adorer pour leurs dieux la lune et le soleil. Passe. Ce qui me donne un dépit nonpareil. C'est qu'ici votre amour étrangement s'oublie; Près de Célie, il est ainsi (fue la bouillie, (Jui par un trop grand feu s'enfle, croît jusqu'aux bords, Kt de tous les côtés se répand au dehors.-

I. Les détails do cette scène, où Mascarille querelle son maître sur les étourderies et les distractions que celui-ci a commises dans la maison de Trufaldin, sont imités en partie de la scène m de l'acte IV do VAngelica de Fabricio de Fornaris. Fulvio, le personnage de la pièce italienne, est dans une situation à peu près semblable à celle de Lélic. Un frère de sa maîtresse ayant été pris fort jeune par des corsaires, Fulvio s'est introduit près d'elle sous l'habillement turc et en se faisant passer pour ce frère tout récemment échappé des mains des infidèles.

'2. Cette comparaison est dans l'auteur italien : Lo sloinaco ili Fulvio c come la pifjnata che boglie; Anrjelica standoli appresso l'attizza il fuoco; poco polrà tardare che non si veda la spuina per sopra. « Le sein de Fulvio est <> comme un pot qui bout ; Angélique est auprès qui attise le feu, et l'écunio «' ne tardera pas à se répandre par-dessus les bords. « On remarquera que Molière, en plaçant cette comparaison dans la bouche d'un valet, l'a rendue

ACTK IV, SCK.NK V. 109

i.KM i:.

l*ouiToil-oii se forcer à j)lus de retenue? Je ne l'ai presque point encore entretenue.

M \s(;a m Li, i;.

Oui, mais ce n'est pas tout que de ne parler pas: Pau vos gestes, durant un moment de repas. Vous avez aux soupçons donné plus de matière Que d'autres ne feroient dans une année entière.

i.Ki.ii:.

l'^t comment donc?

M ASC \KILLE.

Comment? Chacun a pu le voir.

A table, où Trul'aldin l'oblige de se seoir. Vous n'avez toujours fait qu'avoir les yeux sur elle. Rouge, tout interdit, jouant de la prunelle. Sans prendre jamais garde à ce qu'on vous servoit, Vous n'aviez point de soif qu'alors qu'elle buvoit: Et dans ses propres mains vous saisissant du verj-e. Sans le vouloir rincer, sans rien jeter à terre. Vous buviez sur son reste, et montriez d'aflecter Le côté qu'à sa ])ouche elle avoit su porter. Sur les morceaux touchés de sa main délicate. Ou mordus de ses dqnts, vous étendiez la patte Plus brusquement qu'un chat dessus une souris. Et les avaliez tout ainsi que des pois gris ; * ^

" Vah. Et les avaliez- tout ainsi que pois gris (168'i).

plus acceptable, et qu'il l'a dégagée de plusieurs traits de mauvais goût. Elle n'a l)lus rien de choquant, quoi qu'on en ait dit. Il paroît toutefois, d'après l'édition de 1682, que, du temps de Molière, ces vers se supprimoient à la scène.

1. Proverbe populaire faisant allusion aux anciens charlatans de nos places publiques qui avaloient avidement devant le peuple une grande quantité de pois gris. (P. Chasles.)

110 LKTOl l{ 1)1.

Puis, outre tout cela, \ous faisiez sous la table Lu bruit, uu triquetrac de pieds iiisuppoi'table. Dont Trulaldin, lieurté de deux coups trop pressants, \ puni par deux l"ois deux chiens très-innocents, Oui, s'ils eussent osé, vous eussent iait querelle.^ Kt puis après cela votre conduite est belle? Pour moi, j'en ai souiïert la gêne- sur mon corps ; ^ Malgré le IVoid, je sue encor de mes elVorts. Attaché dessus vous comme un joueui' de boule Après le mouvement de la sienne qui roule. Je pensois retenir toutes vos actions.

En faisant de mon corps mille contorsions.

1. Tout ce ([ui vi'iioit df la roniédif , tout ce ((ui pouvoit y siîrvir, a))i)artenoit de droit à Molière : c'étoit son bien, comme il le disoit lui-mènio. Ce couplet est imité d'un autre passage de VAngelica de Fabricio de Fornaris : A quel che tu liai mancato? A te par che non habbi inancalo nulla, perché sei cieco, et corne cieco tu non vedi quel che çfV altri che hanno la sua luce veggono. Tu non stai mai appresso ad Angelica un moniento che non ti muli di colore; mai te U distacchi da lato. A tavola stai corne stupido à contemplarla; tu non mangi, se non di quelle cose che mangia ella; tu non bevi^ se non di quella parte dove ella beve et pone le labbiu; ne ti netti la bocca se non con il salvigetto dove ella si netta la sua. Poi fai un menar di piedi sotto la tavola, che l'hai fatto scappar le pianelle due volte da i piedi, et usavi cerle cifre che l'havrebbono intese i cani che rodevano i ossi sotto la tavola. « En quoi vous avez manqué? Il vous semble que vous n'avez manqué <( en rien , parce que vous êtes aveugle, et que vous ne voyez pas ce que « voient les autres qui ont leurs yeux. Vous ne pouvez pas approdier d'An- <i gélique, que vous ne cliangiez de couleur; vous ne sauriez vous éloigner « un moment d'elle. A table, vous êtes toujours à la contempler d'un air <c hébété ; vous ne mangez que les morceaux qu'elle a mordus ; vous ne buvez Il que dans son verre et du côté où elle-même elle a posé les lèvres; Il vous ne vous essuyez la bouche qu'avec la serviette où elle a essuyé la u sienne. Ensuite, vous lui parlez des pieds sous la table d'une telle force Il que vous avez deux fois fait sortir ses pantoufles hors de ses pieds , et Il ce que vous lui disiez dans ce langage a dû être entendu certainement <i des chiens qui étoient là à ronger des os. » fALdEH.)

'2. Gène, tortuiT-, gehenna. Telli' (''toit l;i primitive (''iiergie de ce mot aujourd'hui affoibli.

3. Ce vers et les trois suivants sont indiqués, dans l'édition de 1G8'2, comme habituellement sup[)rimés à la représentation.

Page 1