I.Ï6 I.I-; DKi'iT AM()ri{i:r
Kt se coiinoîtrc mal en |)li}si()ii()ini('. Les <^ens de mon minois ne sont |)()iiil accusés D'être, j^ràces à Dieu, ni l'onihcs, ni rusés. (let honneur (|u'ou nous l'ail, je ne le démens guères, Kt suis lionnne l'oil rond de toutes les manières.^ Pour ([ue Ton nie Irompât,- cela se pourroit bien, Le doute est mieux fondé, pouitant je n'en crois rien. Je ne vois point encore, ou je suis une bête. Sur quoi vous avez pu prendre martel en tête.'' Lucile, à mon avis, vous montre assez d'amour; Llle vous voit, vous parl<! à toute heure du jour; Et Valère, après tout, (pii cause votre crainte, Semble n'être k présent soulTert cpie i)ar contrainte.
Souvent d'un faux espoir un amant est nourri : Le mieux reçu toujours n'est pas le plus chéri ; Et tout ce que d'ardeur font paroître les iénnnes Parfois n'est qu'un beau voile à couvrir d'autres flammes. Valère enfin, pour être un amant rebuté, Montre depuis un temps trop de tranquillité:
1. Gros-Jiené étoit le nom de théâtre de l'acteur Uuparr, qui avoit un embonpoint remarquable. Il y a d'autres témoignages de la corpulence de cet acteur que ces vers du Dépit amoureux. La Muse historique, du 31 mai 40.59, parlant d'une représentation donnée à Vinccnnes devant la cour, dit que :
Gros-René, chose très-certaine, Paya de sa grosse bedaine...
Molière ajustoit souvent ses personnages aux acteurs qui dévoient les représenter; il faisoit le portrait de ses compagnons et leur donnoit des rôles en harmonie avec leur physionomie et même avec leur caractère. Gros-René est ici de l'avis de Jules César qui disoit, selon Plutarque et Amyot : « Je ne •t me deflRe pas trop de ces gras icy, si bien peignez, et en si bon poinct , <i mais bien plus tost de ces maigres et pasles là. »
'2. ['our que l'on me trompât , dans le sens de : quant à être trompé.
•5. Prendre martel en tête, expression proverbiale, pour dire: se tourmenter, f-tre frappé sans cesse d'une pensée chagrine. ''A. MaPiTIN.)
ACTK I, S(;i:niî i. 157
Et ce qu'à ces faveurs, dont tu crois l'apparence,
Il témoigne de joie ou bien d'indiiïérence,
M'empoisonne à tous coups leurs plus charmants appas,
Me donne ce chagrin que tu ne comprends pas,
Tient mon bonheur en doute, et me rend difïicile
Une entière croyance aux propos de Lucile.
Je voudrois, pour trouver un tel destin plus doux,*
Y voir entrer un peu de son trans[>ort jaloux,
Et, sur ses déplaisirs et son impatience.
Mon âme prendroit lors une i)leine assui'ance.
Toi-même penses-tu qu'on puisse, comme il lait.
Voir chérir un rival d'un esprit satisfait?
Et, si tu n'en crois rien, dis- moi, je t'en conjure,
Si j'ai lieu de rêver dessus cette aventure.^
GROS-REXK.
Peut-être que son cœur a changé de désirs, Connoissant qu'il poussoit d'inutiles soupirs.
ÉRAST1-.
Lorsque ])ar les rebuts une âme est détachée. Elle veut fuir l'objet dont elle fut touchée. Et ne rompt point sa chaîne avec si peu d'éclat Qu'elle puisse rester en un paisible état. De ce qu'on a chéri la fatale présence -
" Var. Je voudrois, pour trouver u)i tel destin bien doux (1082).
1. Nous nous trouvons tout daliord dans cette partie de la pièce si neuve et si admirable qui inaugure, pour ainsi dire, la vraie comédie. On a fait remarquer la vérité profonde de ces inquiétudes jalouses d'Éraste : « Valèrc n"est point jaloux : c'est assez pour qu'Éraste le croie heureux, dit A. Martin. La tranquillité d'un rival suffit pour empoisonner le bonheur de celui qui a tant de raison de se croire aimé. La lecture des pièces de Molière nous force toujours à rentrer en nous-mêmes pour y roconnoître les mouvements les l>lus secrets dont il anime ses personnases. ><
"1. Dans ce vers, fatale n"est pas pris en mauvaise part et comme équi-
»lo8 M- DK l'!T AMOriiKrX.
Ne lions laisse jamais dedans l'iiKliUéreiice ;
Kt , si do celte vue on n'accroît son dédain,
Notre amour est bien près de nous rentrei" au sein :
l']nlin, crois- moi, si i)ien (|u'()n ('teigne [\\w llamiiie,
l n peu de jalousie occupe encoi'e une àme;
lu l'on ne sauroif voir, sans en être |)iqué,
Posséder par un autre un cœur qu'on a mancjue.
gr(>s-ri:M';.
Poiu' moi, je ne sais |)oint tant de pliiloso|)liie : Ce que voyent mes yeux, l'rancliement je m'y fie: Et ne suis point de mol si mortel ennemi. Que je m'aille aflliger sans sujet ni demi.^ Pourquoi subtiliser, et faire le capable A chercher des raisons pour être misérable? Sur des soupçons en l'air je m'irois alarmei'! Laissons \enir la l'ète avant que la chômer. Le chagrin me paroît une incommode chose ; Je n'en prends point pour moi sans bonne et juste cause, Lt mêmes - à mes yeux cent sujets d'en avoir
valent de funeste: il conserve le sens du radical fatum et signifie : ([ni a une ^Tunde influence sur notre destinée. Racine a dit dans Bajazel :
Prince, l'heure fatale est enfin arrivée
Qu'à votre liberté le ciel a réservée. '
(AUGEK.)
I. Sans sujet ni demi-sujet. Cette tournure de piirase, qui sentoit la bonhomie bourgeoise, étoit fort usitée à cette époque. Molière l'a encore employée
dans Sganarelle :
Sans respect ni demi nous a cocufié.
Scarron a dit dans l'Héritier ridicule :
Un jeune abbé qui n'est ni prêtre ni demi.