‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 79 sur 266 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

LE BARBOUILLÉ, à la fenêtre, ANGÉLIQUE.

LE BARBOUILLÉ

Cathau, Cathau! Eh bien! qu'a-t-elle fait, Cathau? et d'où

(XiAiv LA .lAI.OrSIl- lU' RAH liOn I.I.K.

venez-vous, luadunie lu carogne, à riicurc ((ii'il est, et par le tiMiips qu'il fait ?

A N G l'; L T Q II E .

D'où j(^ viens? ouvre-moi s(Hil(Mnent, et je te le dirai après. 1. K li Aur. o iJi T, I, i';.

Oui, ah! ma foi, tu peux aller coueiier là d'où tu viens, ou, si tu l'aimes mieux, dans la rue ; je n'ouvre point à une coureuse comme toi. Comment, diable! être toute seule à l'heure qu'il est! Je ne sais si c'est imagination, mais mon front m'en pareil plus rude de moitié. *■

ANGKLIQUE.

i;ii l)i<Mi ! i)Our être toute seule, qu'en veux-tu dire? Tu me querelles quand je suis en compagnie: comment donc faut- il faire?

LE lî A R B 0 U I L L l'; .

11 faut être retirée à la maison, donner ordre au souper, avoir soin du ménage, des enfants; mais, sans tant de discours inutiles, adieu, bonsoir, va-t'en au diable, et me laisse en repos. a!ngi^:lique.

Tu ue veux pas m'ouvrir?

Non , je n'ouvrirai pas.

ANGI'I, IQUE.

Hé! mon pauvre petit mari, je t'en prie, ouvre- moi, mon cher petit cœur.

LE B ARBOUILLi';.

Ah ! crocodile ! ah ! serpent dangereux ! tu me caresses pomme ti'ahir.

ANfiKLIQUE.

Ouvre, ouvre donc.

LE B A r, B O U I L L l': .

\(lieu , vndp rfiro , Sainnas !

Quoi ! tu ne iii"oiivriras pas?

Xon.

AiXGI^LIQUE.

F,t tu n'as point de pitié de ta fennue qui t'aime tant?

s C E N l<; \ I . CCLXV

LE B ARBOUILLI^:.

Non, je suis inflexible; tu m'as offensé, je suis vindicatif comme tous les diables, c'est-à-dire bien fort, je suis inexorable.

ANGh^LIQUE.

Sais-tu bien que si tu me pousses à bout, et que tu me mettes en colère, je ferai quelque chose dont tu te repentiras?

LE BARBOUILLÉ

Et que feras-tu , bonne chienne ?

ANGÉLIQUE

Tiens, si tu ne m'ouvres, je m'en vais me tuer devant la porte; mes parents, qui sans doute viendront ici auparavant de se coucher, pour savoir si nous sommes bien ensemble, me trouveront morte , et tu seras pendu.

LE BARBOUILLÉ

Ah, ah, ah, ah, la bonne bète ! et qui y perdra le plus de nous deux? Va, va, tu n'es pas si sotte que de faire ce coup-là.

ANGÉLIQUE

Tu ne le crois donc pas? Tiens, tiens, voilà mon couteau tout prêt; si tu ne m'ouvres, je m'en vais tout à cette heure m'en donner dans le cœur.

LE BARBOUILLÉ

Prends garde, voilà qui est bien pointu.

ANGÉLIQUE

Tu ne veux donc pas m'ouvrir?

LE BARBOUILLÉ

Je t'ai déjà dit vingt fois que je n'ouvrirai point; tue -toi, crève, va-t'en au diable, je ne m'en soucie pas.

ANGÉLIQUE, faisant semblant de se frapper.

Adieu donc... Ay! je suis morte.

LE BARBOUILLÉ

Seroit-elle bien assez sotte pour avoir fait ce coup-là ? 11 faut que je descende avec la chandelle pour aller voir.

ANGÉLIQUE

11 faut que je t'attrape. Si je peux entrer dans la maison subtilement cependant que tu me chercheras, chacun aura bien son tour.

LE BARBOUILLÉ

Eh bien! ne savois-je pas bien qu'elle n'étoit pas si sotte?

cr.LXvi LA .lALOlSI !•; DU H A U IU)r I L LK.

Elit' tsit morte, et si elle court comme le cheval de Pacolet.' Ma foi, elle m'avoit fait peur tout de bon. Elle a bien fait de gagner au pied; car, si je l'eusse trouvée on vie, après in'avoir fait cette frayeur- là, je lui aurois apostrophé cinq ou six clystères de coups de pied dans le cul , pour lui apprendre à faire la bête. Je m'en vais me coucher cependant. Oh! oh ! je pense que le vent a fermé la porte, lié! ('-athau, Cathau, ouvi'c-moi.

\N'f. ÉLIQUE.

Cathau, Cathau! Kli bien! (ju'a-t-elle fait, Cathau? et d'où venez-vous, monsieur l'ivrogne? Ah! vraiment, va, mes parents, qui vont venir dans un moment, sauront tes vérités. Sac à vin, infâme, tu ne bouges du cabaret, et tu laisses une pauvre femme avec des petits enfants, sans savoir s'ils ont besoin de quelque chose, à croquer le marmot tout le long du jour.

LE BARBOUILLÉ

Ouvre vite, diablesse que tu es, ou je te casserai la tête.

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