SCÈNE XI
MASCARILLK, LÉLIE.
Que diable fais-tu là? tu me promets merveille; Mais ta lenteur d'agir est pour moi sans pareille. Sans que mon bon génie au-devant m'a poussé,' Déjà tout mon bonheur eût été renversé; C'étoit fait de mon bien, c'étoit fait de ma joie; D'un regret éternel je devenois la proie ; Bref, si je ne me fusse en ces lieux rencontré, Anselme avoit l'esclave, et j'en étois frustré ; Il l'emmenoit chez lui. Mais j'ai paré l'atteinte. J'ai détourné le coup, et tant fait que, par crainte. Le pauvre Trufaldin l'a retenue.
iMÂSCARTI.LE.
Et trois; Quand nous serons à dix nous ferons une croix. - C'étoit par mon adresse, ô cervelle incurable 1 Qu'Anselme entreprenoit cet achat favorable; Entre mes propres mains on la devoit livrer, Et vos soins endiablés nous en viennent sevrer.
1. C'est-à-dire : sans cette circonstance que, etc., tournure elliiitiquc qu'on rencontre assez souvent dans les auteurs de la môme époque.
Sans que je crains de commettre G^ronte, Je poserois tantôt un si bon guet Qu'il seroit pris ainsi qu'au trébuchât.
(La Fontaine, la Confidente fam le savoir.)
Nous dirions aujourd'hui : Si mon lion génie ne m'eût poussé au-devant, si je ne craignois de commettre Géronte.
2. Proverbe dont on a voulu voir l'origine dans la forme du chifiVc romain X. L'explication est bien ingénieuse, trop ingénieuse peut-être. Il suffit de supposer que, pour arrêter un compte, on avoit coutume de marquer une croix. Ce moyen est toujours à l'usiage des comptables naïfs.
ACTR I, S ci: NE XI. 41
Kl puis pour votre amour je m'emploierois encore ! .l'aimerois mieux cent fois être grosse pécore. Devenir cruche,, chou, lanterne, loup-garou, Kt que monsieur Satan vous vînt tordre le cou.
LÉ ME, seul.
Il nous le faut mener en quelque hôtellerie. Et faire sur les pots déchaA'ger sa furie.*
1. Ce premior acte est long,, mais il comprend beaucoup de choses. \oilà. déjà trois stratagèmes inventés par Mascarillc et renversés par Lélie. L'intérêt, qui, par le genre même de l'ouvrage, ne peut être' que de curiosité, est soutenu par l'esprit et la gaieté du dialogue, par l'originalité du caractère de Mascarille, par l'impatience même que Lélie fait éprouver aux spectateurs. Enfin, bien que la situation soit toujours la même, la scène ne languit pas un instant. Les incidents <ie seront pas moins multipliés dans les actes qui vont suivre, et les surprises ne cesseront d'éclater, jusqu'à ce que Molière juge à propos de terminer son ouvrage. (Alt.er et A. M\RTr\.)
42 L'KTOrRDI.