ACTE H, SCENE f
A rendre par sa mort tous vos désirs contents ; ^
Je viens de le tuer (de parole, j'entends) :
Je fais courir le" bruit que d'une apoplexie
Le honbomme surpris a quitté cette vie.
Mais avant, pour pouvoir mieux feindre ce trépas,
J'ai fait que vers sa grange il a porté ses pas;
On est venu lui dire, et par mon artifice.
Que les ouvriers- qui sont après son édifice.
Parmi les fondements qu'ils en jettent encor,
Avoient fait par basard rencontre d'un trésor.
Il a volé d'abord; et comme à la campagne
Tout son monde à présent, bors nous deux, l'accompagne.
Dans l'esprit d'un chacun je le tue aujourd'hui,
Et produis un fantôme enseveli pour lui.
Enfin, je vous ai dit à quoi je vous engage :
Jouez bien votre rôle; et pour mon personnage.
Si vous apercevez que j'y manque d'un mot.
Dites absolument que je ne suis qu'un sot.
1. Mascarille n'est pas un personnage délicat, et il s'exprime ici très-crûment. « Molière, dit A. Martin, pour affoiblir l'inconvenance morale et en tirer même une leçon, a placé le maître dans la dépendance du valet. Lélie est obligé de flatter et d'apaiser Mascarille; il va jusqu'à le conduire au cabaret parmi les pots, pour décharger sa furie, et par cela seul il se met à sa discrétion. Dès lors Mascarille peut tout dire , tout hasarder ; aussi va-t-il droit au but, » et sans préambule il fait entendre au jeune étourdi de brutales paroles, contre lesquelles celui-ci ne peut même pas protester. « La vieille comédie , dit Auger, ne se faisoit pas d'ailleurs scrupule de montrer des jeunes gens avides d'hériter, et hâtant de leurs vœux la mort de leurs parents. Étoit-cc calomnier le cœur humain ou mettre au jour un de ses plus honteux seci'ets? A cette époque, le désir d'être libre et de jouir étouffoit-il plus qu'aujourd'hui les affections les plus naturelles et les plus sacrées? Ce qui est certain, c'est que maintenant le public repousseroit avec horreur toute manifestation d'un sentiment si odieux. Ce seroit peut-être dans quelques-uns l'indignation de l'hypocrisie : espérons que dans le plus grand nombre ce seroit celle de la vertu. »