‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 247 sur 356 · DESCRIPTION DU MONT DE VOIRON · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU MONT DE VOIRON

ET DE L^HISTOIRR DE L*ERMITAGB QUI Y EST ÉTABLI , POUR SERVIR DR PRÊLIMIlf AIBI

AUX CONSTITUTIONS DES ERMITES DUDiT LIEU. (Tiré de (a Fie de S. François de Sales, par Auguste de Sales , pag. 531 et suiv., lly. ix«)

(6 oui 1620.)

Description de la montagne.

Voiron est une très-haute montagne qui sépare le Ciiablais du Faucigny, située à l'est de Genève et au nord-est de Lausanne : au nord elle voit le grand lac Léman, qui est le môme que le lac de Genève, et découvre distinctement presque toutes les montagnes du comté de Bourgogne et des Suisses. Elle a sous ses yeux la ville de Genève et toutes ses dépendances, avec le lac tout entier, et à dix lieues à la ronde une inOnilé de villes et de villages, de temples, de châteaux, fleuves, étangs, forêts, prés, vignes, collines, chemins, et autres choses semblables , avec une si grande variété, que rien n'est plus agréable , ni plus beau à voir. Aussi les peuples appellent cette montagne la sainte et la belle, n'y avant rien en elle qui n'édifie et ne réjouisse la vue. Elle commande aux montagnes du Faucigny, qui causent une espèce d'horreur quand on les envisage ; et à l'extrémité de cette vue on découvre les cimes sourcilleuses de Champ-Meuri.

Les vignobles couvrent ses racines; les chalciiiiniors viennent dans le second rang , au-dessus; le milieu est occupé par des pr..:iries et des granges; c'est là où les pasteurs nourrissent en été une grande quantité de bétail , et font beaucoup de laitage. Enfin elle est couronnée par une forêt de grands et vieux sapins et de hêtres, qui forment une espèce de labyrinthe.

TradiUon des peuples sur une idole adorée autrefois sur le mont Voiron.

C'est une tradition de tous les habitans des environs , que sur la croupe de cette montagne les païens adoroient autrefois une idole dans laquelle le démon parloit, et le même démon maltraitoit bien souvent ceux qui manquoient aux cérémonies ac-

coutumées de leurs superstitions. Or c'é* toit dans le temps que la statue de Jupiter étoit révérée sur les montagnes appelées maintenant le mont Saint- Bernard.

L'idole est détruite, mais le démon ne quitta fMi pour cela la moniaiine; il y demeura soasli foroie d'un sanglier qui maltraita bien des pO^ sonnes, entre autres le seifçneur de Laogio.

Ces statues furent brisées et détruites par les évêques de Genève , nommémetil par S. Domitien, du temps de Gondésil, roi de Bourgogne , lorsque les Allobroges embrassèrent entièrement la foi et la religion chrétienne.

Cependant le malin esprit ne quitta p»

tout à fait la montagne de Voiron ; mais sous la figure d'un horrible sanglier, il exerçoit sa rage sur tous ceux qui se hasardoient d'y monter: c'est pourquoi nul n'osoit s'avancer trop avant dans le bois, à moins qu'il ne fût sorcier, ou qu'il n'eût fait quelque pacte avec le diable. Le seigneur de Langin , village voisin , avoitson château presque à mi-côte , et on en voit encore aujourd'hui une fort haute tour au milieu de plusieurs masures. Un jour ce seigneur voulant faire le hardi , et accusant quelques gentilshommes d'avoir peu de courage, fit Umt qu'il les attira à la chasse dans ce lieu. A peine fut-il arrivée la cime de la monUigne, que voilà le sanglier qui se jette sur lui avec fureur, qui le déchire cruellement; et il le maltraita d'une telle sorte, qu'il demeura comme mort sur la place. Bien loin que ses compagnons eussent le courage de le secourir, ils gagnèrent au pied très-promptemeot, et, s'enfuirent l'un d'un côté, l'autre de l'autre.

Ce seigneur Tait rœu de faire bâUr ona ehapelleà la sainte Vierge.

Alors le seigneur de Langin , détestant

DE S. FRANÇOIS DE SALES

» jeta les yeux vers le ciel, et fit on vœo à la très-sainte Vierge de iu faire bâtir une chapelle au mômo lieu , 3i par ses prières et son intercession cette Uiefiirouche pouvoit être tuée ou chassée, et» lui pouvoit échapper à tant de plaies iknt il pensoit que la moindre éloit mortelle La sainte Vierge ne lui refusa pas son eeoours; car quoiqu'il fût sur lo point de rendre Famé il recouvra assez de force pour le retirer en son château.

kbitdeteioreifmet poar chasser le démon, et on fient à bout de le chasser en elTeL

Mais lorsqu'il fut question d'exécuter M Yœa, et de faire bâtir une chapelle, I Y trouva de grandes difficultés : peroone ne vouloit entreprendre l'ouvrage , int la crainte avoit saisi tous les cœurs, bifin il s'adressa à l'évèque de Genève, et )pria d'envoyer quelque prêtre pour faire ssaorcismes sur la monta;;nc de Voiron, •rce qu'on ne pouvoit s'imaginer que le inglier fût une béte naturelle. L'évèque éputa le prêtre le plus pieux et le plus abile exorciste qu'il connût, et lorsqu'il U monté, et qu'il eût fait toutes ses orai- BOB, ses conjurations, ses bénédictions t cérémonies, il fît dresser une cabane Dr le lieu , pour attendre de pieci ferme ) perturbateur, se confiant sur le secours e Dieu par l'autorité duquel il entrerenoit le combat. Mais ayant parcouru Mite la montagne pendant trois jours, et 'ayant entendu aucun bruit, ni rien vu 'extraordinaire , il ne douta point que enoeroi n'eût abandonné la place. Enfin

descendit, et assura le seigneur de Lantn que, s'il vouloit accomplir son vœu , il I pouvoit faire sans crainte, et que la fa- Bur de la Reine des anges lui en donnoit

moyen.

La chapelle est bâUe. t

Ce gentilhomme, chargé de Tassurance le lui donnoit Texorciste, fit aussitôt met- ) la main à Tœuvre , et vit sa chapelle • bevée en peu de temps. Il fît faire en bois e statue de la sainte Vierge tenant entre } bras son divin enfant, pour mettre sur utel ; et ayant prié l'évèque de la con- :rer, il la fît placer.

seigneur de Langin se convertit et Tait contraire lo premier ernutaKe de Voiron pour s'y curer

Ce n'est pas encore tout^ car étant las

du monde, et connoissant par son expérience journalière que tout n'est que vanité > excepté Dieu , il résolut de quitter le tracas des affaires séculières, pour s'occuper de la mort avec plus de loisir, â l'imitation de plusieurs sages personnages de son temps qui peuploient les déserts. Pour cet effet il fit bâtir tout auprès de la chapelle un petit ermitage pour lui et pour un compagnon, ne se réservant de tous ses revenus que ce qui étoit nécessaire pour la vie qu'il entreprenoit ; établit une bonne fondation, fit de grandes aumônes, ordonna par son testament que, lorsqu'il viendroit à décéder, son corps seroit inhumé dans sa petite chapelle, que les corps de ses successeurs et héritiers mourant â Langin seroient au moins portés devant l'image de Notre-Dame, avant d'être enterrés autre part; obligea par fondation le curé de Bons, ville voisine, â célébrer certaines messes dans la chapelle, particulièrement les fêtes de Notre- Dame , quand la saison permeltroit de monter à Termitage; se prescrivit une règle dévie rigoureuse qu'il fit approuver par son évêque ; et ainsi ayantdit un adieu solennel au monde, il passa le reste do ses jours dans les oraisons, méditations, jeûnes, mortifications intérieures, macérations do corps, embaumant tout le voisinage de Todeur de ses vertus, donnant les exemples d'une solide dévotion , et laissant après sa mort la précieuse et très-suave mémoire de sa sainte vie.

Son exemple en attira plusieurs qui se joignirent à son compagnon , et suivirent son institution. Ce fut alors que le saint ermitage commença à être fréquenté par un grand nombre de personnes qui venoientde loin de tous côtés, tant pour remercier Dieu des faveurs qu'ils avoientobtenues par l'intercession de la glorieuse Vierge, que pour apprendre le chemin du ciel de la bouche des saints ermites. L'histoire depuis ce temps-là est presque toute ensevelie dans l'oubli , et c'est même une grande mer« veille que l'on ait conservé la mémoire de ce peu de choses des commencemens. On en est redevable à quelques vieux parchemins et manuscrits, et aux traditions des bons vieux pères, recueillies avec soin par Tun des ermites nommé Antoine Rigaud , dont nous parlerons ci-après , et par le

OPUSCULES

et qui contribuèrent beaucoup à leur bâtiment.

C'est ici le lieu de parler d'Antoine Rigaud , Tun des ermiles de ce temps-là. Il étoit du diocèse de Fréjus ei? Provence , et a voit beaucoup voyagé. Dans sa jeunesse llavoit été capitaine sous le comte de Fueniès, gouverneur de Milan , dont il fut ensuite secrétaire. II avoit une science profonde, etsa grande expérience Tavoit rendu capable de manier les affaires les plus importantes. Il parloit presque toutes sortesde langues , mais principalement et par excellence les langues latine, françoise, italienne, espagnole et allemande. Cet homme avec tant de lalens désiroit néanmoins passer le reste de ses jours dans le désert. Or, ayant appris par le récit du père Jean du Vernai , prêtre et ermite , le nombre infmi de merveilles par lesquelles la très-glorieuse Vierge Mère de Dieu manifestoit son pouvoir et ses grandeurs sur la monta<;nc do Voiron en Savoie , et combien ce lieu étoit propre et commode pour la vie solitaire , il fut touché du désir d*y faire sa demeure. C'est pourquoi il supplia le bienheureux François de Sales, dans le diocèse duquel étoit cet ermitage, de lui accorder cette grâce , et ce saint homme lui en donna volontiers la permission.

Mais parce que jusqu alors les ermites de cette montagne n'avoient point eu de constitutions propres, et point de règles; qu'ils vi voient à leur fantaisie, et changeoient quand il'leur en prenoit envie, il jugea qu'il éloit nécessaire de les établir sous une certaine règle, afin qu'ils ne couru.^^ent plus tant de-çà et de-là , et que la dévotion du peuple envers la très-auguste Reine du monde fût augmentée par leur vie exemplaire. Il voulut donc que ces ermites fissent désormais comme une petite

congrégaUon» attendu même qui! avoH été jugé à propos de chasser , ou de réduire à une forme de vie régulière , tous les autres, qui étant errans et vagabonds dans le monde , causent bien souvent plus de scandale que d'édification.

Antoine Rigaud ayant donc pris le parti de la retraite , avec l'agrément du saint évèque , résolut de faire de belles répand tiens à l'ermitage avec des fonds qu'il avoit apportés ; et joignant à ses desseins le consentement du père du Vernai et do frère Jean Grillet, il le supplia très-humblement de vouloir faire de leur vie on institut dans les formes, afin qu'ils en eus sent plus de mérite , et qu'ils se rendissent plus agréables à Dieu dans la sainte solitude.

C'est pourquoi ce grand patriarche ayant engendré à Jésus -Christ tant d'enfans, ayant institué des maisons de prêtres séculiers et réguliers , telles que la sainte maison de Thonon et l'abbaye de Six, ayant réformé les religieux et religieuses, tels que les bénédictins de Tallpires et lesBer nardines , ayant fondé l'ordre célèbre de la Visitation deSle-Marie, ayant ét«ibli la fameuse confrériedes pénitensdela Sainte- Croix , il ne lui restoitplus que d'être encore fondateur d'une congrégation d'ermiles tels que ceux de Voiron. C'est aussi ce qu'il fit par les constitutions qu'il donna à ces trois dévots anachorètes ci - dessus nommés , savoir , le père Jean du Vernai, prêtre ; le frère Jean Grillet , et le frère Antoine Rigaud , dans le synode qu'il célébra à Annecy, l'an 1620, le mercredi de la seconde semaine d'après Pâques, qui étoit cette année-là le sixième jour de mai.

Ce sont les constitutions suivantes, qui sont abrégées par l'auteur d*où je lésai tirées.

CONSTITUTIONS

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