‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 323 sur 356 · AFFECTIONS ET ÉLÉVATIONS · texte numérisé non relu

AFFECTIONS ET ÉLÉVATIONS

Hélas 1 Seigneur, que pensois-je , quand je ne pensois pas en vous? De quoi me resaouvenois-je , quand je vous avois oublié? Qu'aimois-je, quand je ne vous aimois pas? N'étois-je pas misérable de servir la vanité, au lieu de la vérité? Hélas! le monde, qui n'est fait que pour me servir, dominoit et mailrisoit mes affections. Je vous renonce, pensées vaines, souvenances inutiles, amitiés infidèles, services perdus et misérables.

Faites rétolation de vaquer cl-aprés plut fidèlement à ce que Dieu désire de vous.

Âhl Seigneur, vous serez ci-après l'unique lumière de mon entendement : vous serez l'objet de ma souvenance , qui ne s'occupera plusqu'à se représenter la grandeur de votre bonté si divinement exercée en mon endroit; vous serez les seules délices de mon cœur, et l'unique bien-aimé démon ame; vous, mon Seigneur, qui pour me faire un abrégé de tous vos dons et libéralités, vous vous renfermez et vous donnez à moi en cet adorable et très-auguste sacrement.

Application particulière.

Ahl Seigneur, j'ai telles et telles pen-

sées, mais je m*en abstiendrai ci-après :j*ai trop de mémoire des piques et injures , je la perdrai dorénavant : mon cœur est encore attnché à telle et telle chosn qui est inutile ou préjudiciable à votre service et à la perfection de l'amour que je vcus dois, je le retirerai et dégagerai absolument; moyennant votre grâce , afln qu'il soit pour jamais tout à vous. Faites-moi cette grâce, 0 mon Dieu ; et pour preuve de ma fidélité, agréez telle et telle pratique que je me propose en ce jour.

Et puisque aujourd'hui je dois participer au calice de vos délices , que je pnrticipe aussi par reconnaissance à celui de vos amcrtufhes, par l'acceptation volontaire des peines et contradictions que vous permettrez m'arriver ; me souvenant que personne ne sera couronné de roses , qu'il ne le soit premièrment de vos épines.

Choix du divin amour en la sainte comniunion.

0 amour éternel de mon Dieu . mon aroe vous requiert et vous choisit éternellement. Hél venez, Esprit^Saint, et enflammez mon cœur de votre dilection. Ou aimer, ou mourir. Mourir et aimer soit ma vie : mourir à tout autre amour pour vivre à celui de Jésus, afm que nous ne mourions point éternellement; mais que vivant en votre amour éternel , ô divin Sauveur de nos âmes , nous chantions éternellement : Vive Jésus, j'aime Jésus, vive Jésus que j'aime , j'aime Jésus qui vit et régnées siècles des siècles. Amen (4).

Élans et alTections très-dèvotes vers notre Seigneur, en qualité d'agneau en la sainte Eu cliaristie.

Je vous adore , 6 vrai Agneau de Dieu qui ôtez les péchés du monde. 0 saint et divin Agneau , que j'étois misérable sans vousl Hélas I je ne suis revêtu que de votre laine, laquelle couvre ma misère devant la face de votre Père. En votre passion , Seigneur, vous avez été fait comme une brebis que l'on tond. Mais qui est cette divine toison, sinon le mérite, sinon les exemples , sinon les mystères de la croix? Mais qu'est cette divine croix , sinon la belle quenouille de la sii in te Épouse, à laquelle la laine de cet innocent Agneau est précieusement liée , ce mérite , cet exem-. pie , ce mystère? Ah 1 puissé-je Hier con-'

(l)Tlièot,Ur.XU.

OPUSCULES

(inuelIemeDl par considérations, aspirations et saints exercices, et tiref par une sainte imilalion dahs le fuseau de mon cœur (ouïe celle blanche el déliciile laine 1 afin que le drap qui s*en fera me couvre et me garde de confusion au jour de ma mort, et me défende en celle vie des froideurs de la neige ; je veux dire de Télat de la tèpidilé mortelle, si contraire à la ferveur dé rameur que vous désirez de moi ^ particulièrement en ce divin sacrement.

Beniimens d*hamillté sur te tMaïl^etliièni «t )ê piitaiirtni. pé\àf itutii|u« iciiipi> irie la Mime ceiiiln«nioB«

Ah ! Soigti^uf , t%^\ avec m téff table aettiimt'ni de Ma pft)pft3 abjt^ction >|Ut^ je dphttoufo un peu en la pOsiure de la Gana^ n&è Oui . Sei^eur, je fte suis pas digne de manger le pain des enfôns ; Je suis vrai>ment une thfenne qui re(chighe et mord le prochain sans sujet , par mes paroles d*impaticnce Mais si les chiens ne mangent pas

lé peia eetiot*, au mettis ne leut* refuse^-en pas \tA miettes de la table de leur mettre t ainsf , ô mon maliHd très débohneir-e , je vous demandé, ftineA votfe digne corps s au moins les bénâditlibhà qu'il répattd suf cèo^c qui ee approchent për amour*.

C\»t leseniiinehlt)^e Vbus poUrreï fiàlte aux jours que vous devièî l^mmtinier, et ne communierez pas%

Élans d'ameur itn le tahit sacrement en présence de rcuc sacrée bumaDiié, dans le désir de la recevDiK

0 Jésus , 6 très-cher Sauveur de nos

cGâursl puisc|\Mî no\isiM)mynigi toesleè jotirs

à voire table, pour mâhger hbn-seulement votre pain , mais vous-même , qui éles nette pain vivant et sur-essentiel , faites que tous lès jours noué fassions une bonne et parfaite digestion de celle viande très-parfaite , et que nous VivîoYis per\)étuellement de votre sacrée douceur , bonté et amour. Augmentez éh moh très-chétif cœur ce très-désirable désir \ mdiis àusât favortsezle , s^il Vous platt , de (Quelque effet icorrespondant à ce désir.

Tespèfe que votre Saînt-lBsprît mè «bmbléra un jour de son saint amour : mais en attendant cette grâce , j^espércrai perpétuellemcat , el ferai place à ce feu satré , Tidaat mon cœur dé àiol-mème , autant qtt*U Ék% aerapôsa&blè. Ah ! que je aetat

heureuse , si je puis changer ce moi-même à cel amour, qui me rendant pUi^ une , ma videra parfaitement de toute mnllipliriié, pour n'avoir au rœnr que la souvemrne unilé de la très-sainle Trinité , qui wil i jamais bénile aux siècles des siècles* Amen.

Éitai d'iVhAe^ A mm 9#itaeiit ie d^atiant I o«ti

en qeaitte de viande en la coiiiiii«aiMi.

0 mott âme , que fehdî*on^rtd\» à re céleste ftpoi^k , qui pour 5*unir pliis Intima^ ment à houâ, est ven« ju^tt'â m être* d*amoiir, que de s'ahéat^lir et tfe se réAdfê viande pour nous qui ne Fommeil q^e II pâture et la viândt dèé Vert? Je tte puis, Sif^iiïfteiir, mlmi^ correspottdre d c<*l amoiif qWe de commtinicr en Voire esprit, mV néeatisiàdnt pour vons, et vous df^iit qee vo^s me mbngiez , que vous m^ veiiet , que

vôlismedîgéreièt cohVerlîssiet en Vou*; afin que cessant d'être moi-m*mè , Je M sois plus ({Ue ce qtte vot» voulez qee je sois.

Élans è notre Sel^eiir dans le désir d*étre uni A lui fel tM U ilMttoir a« akttlt aàoktaiefll de l'auiel.

0 dout Jésus, mon Sauveur et mon Dieu , que je vous sui?^ redevable pour Tamour que vous me témoignez en ce divin sacrement d'amour^ où vous vous rende!

plus mien que je ne suis vôlre , et que je ne suis mienne à moi-môme. Ah ! qui me fera la grâce pour une bonne fois de vous serrer et coller sur ma poitrine , et que je ne sois fait qu'une même chose avec vous I 01 qu*à jamais Jésus soit en mon cœur, qu*il y vive et règne éternellement ; que toujours son Saint nom sOit bént et relui de sa sainte Mère qui nous a donhê un lel Fils î Vive Jésus \ et qtie le monde Iheere , s^îl ne veut vivre à Jésus , qui , peur noei donner la viraie Vie , s*est livré à la iteorl pour taouà.

Salilie de rame fldé1e> désirevse de e'anir A noire Seigneur en la divinexommunion.

Jésus , trèsMloux Sauveur de mon âme»

venez à la bonne heure aiyourd*hui reposer sur mon sein comme un sacré faisceau de myrrhe , et y soyez comme un épilbènt souverain pour tous les Irémottseemeas de mon cœur. Père éternel, je vous offre votre cœur en vous présentant Volfe tUa 1 veuii-

DE S. FRAKÇOIS t^K SALES.

iftrtvvr r«eevolr tous les nôtres ; seul amour leur scnvc à jamnis de ^oug général pour toutes con«oln'« nai les L*avoriss e4 ameriuints ds

I éétolM k DAlrs detgneor evpoté taf Ils ëiirtiil r«eUtey ou en quelqtie «airs 14»

\ anges et ^pHtê bienheuront , qui \ipt ee irès*saint sacrement t)Our , el qui en crtte sainte octave ré- )lus abondamment les inspirations •ur ceut qui avec révérence et en a[>procheni, apprenet-moi comferai iK)ur bien célébrer ces jours s, et surtout Pamour intérieur qui (Connottre combien est grand l'ace divin Sauveur qui , pour se ron- 'e , a voulu se donner en viande (anté spirituelie do nos coeurs, afin nourrissant ils tussent plus par-

Dîgaeur, comment ne le suls-}e pas, olr lani de fois reçu dans ma ooi- «flU sur mon cœur un si divin tpi- Hélas ! si J*uvois mon cœur bien r humilité , et bientibaissé i)ar ab- J*aitit-ttrofs plus souvent ce sacré moi, et il seroitcaché dedans moi ; t si umouretjx de ces saintes vcra s'élance amoureusement où il

I q«€ doit iT^ir «n ftUn ^ortm mmi^ r è la procession, •« âpfés l'âv^ér ff«|tt Inio coiuuiuiiion.

j I si je mets en comparaison ie

être de lancienne loi avec le iKMh- ) je possède mainlcnanl; si jecont ridie pectoral qa'ti poriOfieiirBa , orné de douze pierres précieuses, )yoicnt les noms <las douta iribus ins d*Israël ; puis-je pas estimer Horai toconporattiemaat plaari^ oiqu*il ne soit composé que d*une irre, qui est la ^erie orieiilala qm perle a conçue en ses chastes ente la précieuse rosée du ciell O ion nom être gravé à jamais dans cœur de mon Sauveur, avac celui es élus 1

n ame , ne te glorifleras-tu pas ant d'être Chevalier de Tordre de 1 , portanlaur ta jgoàtkmm même

Plis qui vit éternellement en la sienne? Ah ! qui me fera la grâce que mon coeur a*oiivre maintenant pour recevoir ce préoiouk Sauvaur» comme fit autrefois celui d'un de sas plus Odàlaa amans? U»\i hélas 1 ja n'ai pas le couteau qui lui fendit le aaio ; oar il na se fendit qua par Teflort d*un puisaantanMur.Casl pourtant le plus grand da tous maa désirs da posséder Cet amour*

Élsns iTaaoïri d*tNi«ni «ta frrtfts si tf^Ubada à noire Seigneur «prés U saiuie ponumaimu

0 Jésus , mon très^hcr Sauveur, qui m'avet nourri dès ma tendre jeunesse , mais plutôt qui m*avet formé et reçu , comme une aimable nourrice , entre les bras de votre divine Providence di^s Tinslant de ma conception ; c'est vous qui m'avez rendu vôtre par le baptdma , et m*avei nourri teadrementaakMi leoBur et selon le corps par un amour incompréhensible, et nui , pour m'acquérir la vie, avez supporté la mort , et m*avoz repu de votre dtair et de votre sang. Hé I que reste-t-il donc, A mon Ame , pour reconnoissunce de tant de grâces, sinon que ceui qui vivent ne vivent pas à eux-mêmes , mais à celai qui est mort pour euz ; c^est-â-dire que noua consacrions au divin amour de la mort de ce cher Sauveur tous les momens de notre vie, rapportant A sa gloire toutes nos actions, toutes nos œuvres, toutes noa pensées et toutes nos aflbctions.

Voyons-le , 6 mon ame , ce divin Rédempteur étendu sur la croix comme !^ur un bûcher d^ht)nneur, où il meurt d*amour pour nous, mais d*un amour plus douloureux que la mort même, etd*une ntortplus amoureuse que Tamour même. Ilôt jetonsnous donc en esprit sur lui pour mourir %ur k trait aveo lui , qui pour l'amour de nous a bien voulu mourir lo premier.

Je vrm tiendrai , 6 Jésus , et ne vous quitterai jamais: je veux mourir avec vous, et brftieral dedans les Qammos do votre amour. Un même feu consumera mon divin Créatouret sa chétive créature.

Mon Jésus est toatm^, et je suis toute sienne : ie vivrai et mouriai sur aa vitrine : ni la mort ni la vie ne me séparera jamais de lui (I).

(i) TaéoiH ttf . vu,

OPUSCULES

Aolret élans à notre Seigneur, «prêt r«Toir reça en la sainte communion.

Mon Dieu, quelle joie à mon chétif cœur quand je considère que le pa^^sereau trouve un repaire , el la tourterelle un nid , où elle met ses poussins. 0 chère reine du ciel, chaste tourterelle, est-il possible que votre poussin ait maintenant pour son nid ma poitrine? Sainte Épouse , puis-je pas dire avec vous que votre bien-aimé est tout mien , et que je suis toute sienne? Ah! puisque je le tiens maintenant, qn*il demeure à jamais sur mon sein, et que jamais il ne s*en sépare.

Mettez- vous donc , Seigneur, comme un cachet sur mon cœur; et lorsque vous en serez ôlé , faites que Timpression y demeure, et qu*il soit à jamais reconnu pour vôtre. Amen.

Élans et sentimens de respect sar la présence de notre Seigneur aprè» la communion.

Mon Dieu, quelle confusion pour moi de me voir encore si pleine de moi-même , après avoir si souvent communié I Hé, cher Jébus I soyez Tenfunt de nos entrailles , afin que nous ne respirions ni ressentions partout que vous. Hélas 1 vous êtes si souvent en moi , pourquoi suis-je si peu souvent en vous ? Vous entrez en moi , pourquoi suis-je tant hors de vous? Vous êtes dans mes entrailles, ô mon Dicul hél pourquoi ne suis-je dans les vôtres pour y recueillir ce céicsie amour qui enivre les CŒuis, ctqui,commeun vin tout nouveau, faisoit bouillonner de toutes parts cette affection amoureuse dans les entrailles de sa sacrée mère ?

Aspiration à la transforwttiMi de T en la dit ine commaDioa.

0 Dieu, quand mo frrez-vous cette grâce que m'ôtant mon chétif cœur, vous mettra le vôtre à sa place , sinon en ce divin sacrement qui est le souverain gage d# votre amour? Mais ce sera plus tôt fait, ô mon Dieu , de rendre le mien tout vôtre, je dis purement, absolument et irrévocablement, et le transformant tout au vôtre bien-aimé.

0 Jésus, faites-moi cette grâce , je vous en conjure par le vôtre propre et par l'amour que vous y renfermez , qui est Tamour des amours. Si vous ne le faites, ô mon Dieu, du moins ne sauriez- vous empêcher que je n'aille prendre le vôtre, puisque vous ne tenez votre poitrine ouverte que pour m*y donner entrée, ou que votre amour ouvre maintenant la mienne pour donner lieu à mon cœur de s'aller loger avec le vôtre , et ne s*en séparer jamais.

0 Seigneur Jésus , sauvez , bénissez , confirmez et consacrez ce cœur qu'il vous a plu consacrer à votre divin amour; et puisque vous lui avez donné Tinspiratioa de se dédier et consacrer à votre saint noni, que votre saint nom le remplisse comme un baume de divine charité qui , en une par^ faite unité , répand les variétés des parfums et odeurs de suavités requises, à Pcxemple et édiQcationdu prochain. Oui, Seigneur Jésus, rem|)lissez , comblez et faites surabonder en grâce, paix , consolation et bénédiction ce foible et misérable cœur, qui en votre nom veut plus dièlement que jamais travailler à votre gloire. Amen.

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