COMPOSÉS
PAR S. FRANÇOIS DE SALES
tTÈQUI ST PftlIfCB DB GENÈVE.
Préface. i
Il 7 a deux sortes d'union de Tame avec Dieu en ce monde : la première par grâce, et laquelle se fait dans le baptême, ou par le moyen de la pénitence ; et la seconde par dévotion , et celle-ci se fait par le moyen des exercices spirituels. L'une nous rend innocens, et l'autre spirituels. Salo- : mon , prétendant avoir suffisamment enseigné la première sorte d'union dans ses autres livres, n'enseigne que la seconde es Cantique, où il présuppose que l'épouse, qui est l'ame dévote, soit déjà mariée avec le divin époux , et représente les saints et chastes amours de leur mariage , qui se | font par l'oraison mentale, qui n'est autre chose que la considération de Dieu et des choses divines. I
Sous ce nom de considération sont comprises quatre diverses actions de l'entendement, à savoir, la pensée, l'étude, la méditation et la contemplation. Nous pensons es choses sans fin et intention , nous les étudions pour être plus doctes, nous les méditons pour les aimer, et nous les contemplons pour nous y plaire. Les uns regarderont simplement un portrait pour y foir les couleurs et images, sans autre fin; j les autres pour apprendre l'art et rimiter, 1
les autres pour aimer la personne représentée, comme les princes font leurs épouses, que bien souvent ils ne voient qu'en image; les autres, parce qu'ils aiment déjà la personne représentée, se plaisent à regarder son portrait. L'une de ces quatre actions est sans fin , la seconde profite à l'entendement , les troisième et quatrième profitent à la volonté, l'une l'enflammant, l'autre la réjouissant. Ces deux dernières ■ sont super mystiques du Cantique; mais entre l'une et l'autre on peut justement colloquer la demande , en répondant toutes trois aux vertus théologales.
La méditation se fonde sur la foi, cona-> dérant ce que nous croyons pour l'aimer; la demande sur l'espérance, demandant ce que nous espérons pour l'obtenir ; la contemplation sur la charité, contemplant ce que nous aimons pour nous y plaire : néanmoins le sujet de ce livre ne comprend pas la demande ni les deux seules considérations affectives, ni même lad^:
votion , laquelle n'est ni méditation , ni contemplation, mais en est reflet, n'étantautre chose qu'une vertu générale contraire à la paresse spirituelle, qai nous, rend prompts au service de^Dieu r en sorte ; que là où est la foi, nou^ sommes faits plus
OPUSCUf.ES
prompts à croire t>ar la dévotion ; là où est resp<>nince, nous sommes rendus plus prompts à désirer ce que Dieu promet ; et par la charité , à aimer ce que Dieu comnaade*; par la tempérance, à nous abstenir; parla force, à endurer; et ainsi des autres. La dévotion , am promptitudes particulières que les habitudes donnent , en ajoute une générale et commune, engendrée par la méditation et contcmplatkm , ainsi que le pèlerin est plus dispos par la réfection.
Saiomon a pour fin en ce livre la dévotion; mais pour sujet l'oraison mentale, prise pour la méditation et contemplation, non pour la pensée, ni pour Tétude, ni pour 4a demande, ni pour la dévotion, ni même pour la consolation et le goût que l'on a en Toraison , lequel ne s'y trouvant pas toujours, est distingué d'icelle; mais il arrive souvent que ce goût n^élant pas en l'oraison des bons, se trouve en celle des grands pécheurs : mais le pèlerin étant sain , après être repu , soit avec goût ou sans goût, retourne toujours plus promptement à son voyage.
Que si Poraison mentale est distinguée dn goût spirituel , comme la cause de l'ef* fet, elle lest encore plus de Tailégresse spirituelle qui est engendrée de la multitude des goûts. Le courtisan qui a reçu de son prince diverses faveurs, acquiert une habitude avec laquelle il le sert non-seulement promptement, mais gaiement. Ainsi nous devons toujours servir Dieu promptement : nous le servms seulement gaiement, quand nous recevons plusieurs goûts spirituels qui reviennent de Toraison mentale. Le pèlerin sera plus disposé au voyage, s*il a mangé avec goût et appétit; il sera non-seulement disposé , ains joyeux et allègre tout ensemble.
Disons aussi que la possibilité, la facilité, la promptitude et la gaielé , sont choses différentes en une action. Ressusciter un enfant mort n'est pas en la possibilité de la mère; le guérir étant extrêmement malade est chose possible , mais non pas facile ; mettre le feu à sa plaie par ordonnance du médecin est possible et facile , mais non pas avec promptitude , mais avec réaistance et frayeur ; rafratclîir son appareil se fait facilement, possiblement, ptomptameni» mais non pas allègrement ;
mais après qu*il est guéri , le recevçir et accueillir entre ses bras , se (bit possiblement, facilement, promptement et gaiement.
Ainsi le pécheur n*a pas de soi la possibilité à servir Dieu mériloiroment : étant en grâce il a la pos^^ibilité avec ré^istanoe et sans facilité ; après avoir continué , il le sert facilement; après qu'il est dévot, il le sert promptement ; s'il est contemplatif, il le sert allègrement , la grâce donnant la possibilité , la charité donnant la facilité; l*oraison ment<nle , la promptitude et dévotion ; la multitude des goûts , la gaieté.
Au-dessus de toutes ces actions sont Textase et le ravissement : car lorsqu'on l'oraison, méditant et contemplant, Thomme l'attache tellement à Tobjet , qu*il se rt de soi-même , perd l'usage des sens , et demeure absorbé et attiré, cette aliénation d'entendement de la part de l'objet qui ravit rame, s'appelle ravissement ; et de la part de la puissance qui demeure absorbée et engloutie , s'appelle extase , dernier effet de Poraison mentale ici-bas.
Bref, Toraison mentale est le sujet des Cantiques ; mais on a besoin de la connoissance des choses susdites pour la déclaration des teimes, môme lorsqu'ils ne sem« blentètre que littéraux , bien que ce soit fort rarement, et qu'il soit bien difficile de les y eonnoftre, ou au contraire les mystiques y sont en abondance et très»
divers; oomme par exemple, dévotion, goût, allégresse, ravissement, extase, et choses semblables, ne s'y trouvent jamais; mais à chaque pas, sommeil, songe , enivrement , langueur, défaillance , et choses pareilles ! la même nature, ni les propriétés de Dieu ou de Tame n'y sont point nommés; mais au lieu de tout cela , yeux , cheveux, dents, lèvres, cols, vétemens, jardins, onguent et mille choses pareilles, qui ont mis confusion è§ explications par la liberté que les expositeurs ont eue de les faire joindre un chacun à son sens, et qui pis est , par la licence insupportable qu'un même expositeur a prise d'entendre en une même page une même parole ea diverses manières et pour diverses choses.
Mais nous n'avons rien entrepris sans imitation des meilleurs auteurs, sans apparente convenanoe entre le terme sigai* Qant et la signifié ; et ayant donné une Ml
DE S. FRAPIÇOIS PE SALES
une signiGcation à un terme , nous ne Ta- Tons depuis jamais changée. Les baisers signifieront toujours les cuo:^latioDa spiri • tuelies; les embrasscmens , les unions avec Dieu; les douceurs des viandes, les goûts spirituels; les langueurs et défaillances, les gaietés et allégresses ; les sommeils et enivremens, les ravissemens et extases.
En réi)0use, quand il so traite de vertu extérieure, le col signiGera la force pour exéculsr ; quand on traite de vertu intérieure, il signiflera la partie irascible , et jamais no changera de signiGcation. En répoux, le chef signiGera la charité, le U)éâtre de Jérusalem sera toujours TËglise militante, Tépoux sera toujours Dieu ineréé ou incarné ; réi)Ou»o , Tame ; le chœur des dames, les conversation:^ mondaines.
EnGn Toraison mentale est le sujet mystique du Cantique. Mais quelles choses en veut dire Salomon , ou plutôt le Suini- Esprit? Il nous veut montrer par combien de degrés une ame étant en oraiston mentale peut monter à la plus haute considération de Dieu , et avec quels remèdes elle se peut aider contro beaucoup d*cmpéchemens, dont on peut faire cette division:
Il y a cinq princi(>aux cmpèohemens en Toraison, cinq principaux remèdes, oioinq degrés d'icelie : mais la sixième scène re-
présente une ame , laquelle ayant surmonté tous ces empéchemens , n^a plus besoin do remèdes; et à chacune des ciog autres scènes, donnant ou mettant un empêchement, un remède et un degré.
En la première , la souvenance des plaisirs passés sens! tifs est Tempèchement , le remède est le désir des choses spirituelles , et de les demander à Dieu, te premier degré est de considérer Dieu es choses corporelles.
En la seconde, Pempêchement est là distraction de l'imagination par les fsuilômcs et visions sensibles ; le remède est Tattention aux inspirations; le degré, û considération de Dieu es choses spirituelles.
En la troisième, TempAchement est les louanges humaines; le remède est de goûter les divines; le degré est la oonaidérttion que IVime fhit de Dieu en elfe-méme.
En la quatrième, lempèchement esl la fiitigue du Qorps» et partie sensitive; le renUtde sont les colloques et devis spirituels ; le degré o^t méditer Dieu , aon a» lui«méme , mais en son humanité.
En la ciaquièqu) , l empècheaieQt est im respects Immains ; le reovède est la soUr tttde; le degré, la cooaidératioo de Diem en lui-même , mais comme Dieiu
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