‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 19 sur 450 · K. PIANÇOIS DE SALES , AU DUC DB SAVOIE CHARLES-EMMANUEL · texte numérisé non relu

K. PIANÇOIS DE SALES , AU DUC DB SAVOIE CHARLES-EMMANUEL

(Tirée de la ? te do Saint, par Cb.-Aoff. de Seks.)

D M plilnt de la résislance des bebitans de Tbonon MX ordres coDlenu» dans la lettre précédente.

Vert le 15 décembre SS9S.

Monseigneur ,

En attendant la volonté de votre altesse pour la restitution de la religion catholique en ce duché de Chablais, j'avois résolu d'ériger un autel en Téglise de Saint-Hippohrte , dans laquelle il y a plus de deux ans que je prêche continuellement, afin d*y pouvoir célébrer le très-saint sacrifice de la messe , ces fêtes prochaines de la Nativité de notre Seigneur. Mais les syndics de la ville s*y sont opposés , je ne sais pas avec quel fondement, puisqu*en ce faisant on ne viole point le traité de Nyon ; et encore qu'on le violeroit , je ne vois pas qu'ils y aient rien à connoitre. On ne leur fait point de tort quand on tâche de les remettre doucement et volontairement en leur premier état, duquel ils avoient été démis par force. Pourquoi ne retourneront-ils au giron de leur mère , toutes fois et quantes qu'ils voudront? De moi , monseigneur, je porte la croix blanche imprimée sur mon cœur, et suis porté d'un zèle très-ardent pour le service de votre altesse. C'est pourquoi je dis librement et hardiment ce que je pense. Il importe beaucoup qu'en observant les arUcles du traité de Nyon , et laissant la liberté de conscience à ces peuples , vous favorisiez principalement et absolument les catholiques. De là est , monseigneur , qu'il Bât>it nécessaire que votre altesse commandât à ses sujets qu'ils eussent à ouïr les prédicateurs catholiques , et défendit que personne n'eût à troubler ceux qui, sekrn la raison et votre exemple , embrassent et tâchent d'entendre la vraie foi. Par es moyen, monseigneur, vous serez en estime d*un bon et prudent prince, aussi bien chez vos ennemis que chez vos amis ; et je ne vois rien qui puisse retarder la sollicitation de ce bien, ni rien qui ne la rende admirable et aimable , voire même aux plus obstinés. Cependant j'attends avec impatience votre réponse , et ne cesse point de prier Dieu qu'il conserve longuement votre altesae , de laquelle je suis , etc.

LETTRE XXn.

LE DUC DB SAVOIE , A S. FBANÇOIS nE SALES.

( Ttrie de la Tle da Salat, par Ch.-Asff. de M—.)

Réponse k la lettre précédente.

TarlD. leTjanflerlSIT.

Révérend, cher, bien-aimé et féal , en réponse de celle que vous nou^ avez écrite, nous vous disons que nous trouvons bon que vous ayez fait dresser un autel en l'église de Saint-Hippoly te , comme aussi les autres bonnes œuvres que vous y faites à la louange de Dieu et extirpation des hérciios ; et nous déplaît des oppositions que Ton vous a faites, mais que néanmoins vous avez surmontées, ainsi que vous nous écrivez : à quoi vous continuerez avec la dex* tcrité et prudence que vous savez être bien convenable. Nous écrivons au sieur de Lambert (4) , afin qu'il secoure le ministre (2) qui veut se catholiser , ainsi qu'il a déjà fait ; et à tant nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

De Turin , le sept janvier mil cinq cent nonante-sept.

Signé , le duc de Savoie , Charles-Emmanubi. ,

LETTRE XXm.

8. FRANÇOIS DE SALES, AU PAPE CLAMENT VIU, AU mu DES HABITAN8 DE THONON.

(Tirée de la île da Saint, par Ch.-Aag. de Salée.)

Ils déclarent le recosnoltre pour le fouTertln pasteur de l'Église.

Afaat le 4 férrler lin.

Quôd nos, ovos non ita pridem errantes, pater sanctissime, nunc autem ad caulas Christi reversas, tanta sollicitudine et charitate tuà sanctitas complectatur , sicuti ex litteris amantissimorum nostri virorum qui in Urbe versantur, ac praesertim ex archiepiscopi Viennensis ad nos adventu, cognovimus. Illud ipsum est procuf dubio, quod ab lis qui nos pcr Evangelium Christo genuerunt statim initie audivimus, unum esse nimirùm in terris pastorem maximum, cui sic absolutè, sic indistincte

(1) Le aleorde Lambert étoit goeTemeor da Cbablalt (t) «Inlctfe qoe 8. Preaçotode Sales avoit fait reco» MM dapapa^ teer aaaebeiaUMe iMuM»

LEPRES

suas oves Christus commiserit, ut pla- Ittim sit non aFiquas désignasse, sed assignasse omnes, cuique proindè prwter tnslaiilia çuotidiava , soUicitudo sit omnium Ecclesiarum,

Principatum namque apostolici sacerdotii et zelum taii congruentem fastigio in beatitudine tua agnoscimus, quam proptercà Petri,cujus tenetsedem, vices etiam in co vcl maxime sustinere lœtamur, quôd ovibus non praBcsse tantùm, sed prœsertim prodesfie vclle videamus, omnibus sanè, nobis aulem seorsùm quàm impensistsimô ; qui ob id, ad pedes beaiitudines tuae provohili, gratias agimus quantas possumus maximas, precamurquc ut ea bencûcia , quibus jam nostram hanc provinciam nosque auctiores facereanimo destinavit apostolico, porgat proinovcre, ncve suam clemenliam uilo unquàm tcmpore nobis déesse patiatur. Sicenim fiel ut, quemadino(!ùm munere, sic immortalibus meritis sit boatissima. Ità Dcus immorlalis sanctitatem tuam quàm diutissimè Ecclesiae suœ servet incolumem.

Nûui» avons appris, très-saint père, par tes lettres de nos amis qui demeurent à Rome, et principalement par M. l'archevêque de Vienne, qui vient d'arriver ici , que nous, qui étions il n'y a pas longtemps de^ brebis égarées, et qui sommes heureusement rentrés dans le bercail de Jésus- Christ, avons le bonheur d'être les objets dé votre sollicitude et de votre charité. 8am doute il n'en faut pas chercher d'autres causes que celles que nous font entendre, dès le commencement, ceux qui nous ont engendrés à Jésus-Christ par l'É- Vangile ; c'est qu'il n'y a qu'un souverain pasteur sur la terre, auquel notre Seigneur a confié le soin de ses brebis, si absolument et indistinctement, qu'il est évident qu'il n'en a pas désigné quelques-unes en particulier, mais qu'il les lui a recommandées toutes, et qui, outre les affaires qui Vaccahknt tous les jours, étend sa sollicitude à toutes les Églises du inonde (4).

En effet, nous reconnoissons dans votre béatitude la principauté du sacerdoce apostolique et le zèle qui convient à l'éminence de cette digniléf «iMOftAoi» réjank-

fl) IL Cor. XXVIII, 11.

sons de ce qu'elle imite si parfaitement le glorieux saint Pierre, dont elle occupe le siège, en ce qu'elle ne veut pas seulement présider à son troupeau, mais surtout lui être utile. Il est vrai que vos bienfaits se répandent sur tous vos enfans, mais il n'y a personne qui ressente plus que nous les effets de votre bonté paternelle. C'est pourquoi tous tant que nous sommes, nous nous prosternons aux pieds de votre sainteté pour la remercier de tout notre pouvoir, et pour la supplier très-humblement de continuer, et ù nous et à toute cette province, ses insignes bienfaits qui partent d'un esprit vraiment apostolique, et de ne point souffrir que sa charité paternelle, dont nous n'avons amais eu plus do besoin qu'à présent, vienne à nous manquer. Par ce moyen, très-saint père, vous serez aussi heureux par les mérites immortels que vous acquerrez, que vous Têtes par la prérogative de votre dignité. C'est aussi ce qui nous fait souhaiter que Dieu conserve très-longtemps à son Église votre sainteté dans une santé parfaite.

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