‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 27 sur 450 · LE NONCE DU PAPE , A SAINT FRANÇOIS DE SALES · texte numérisé non relu

LE NONCE DU PAPE , A SAINT FRANÇOIS DE SALES

(Tirée de la vie du Saint, par Cb^Aof. de Salet.)

Il le délègue pour accorder aux Thononois \ei dispenses de mariage, et pour apporter les remèdes à leurs usures.

Epistolam illam quam ad me scripsisti de usuris et matrimoniis, ad sanctissimum pontificem misi. Ille concessit omnia , datque mihi omnimodam in eas res faculta-

fs) 5«ppto, lluaianuk

LCTTiaïUS

tem^ ut ex allegaiis cariiinalis Âldobrandini litterarum apograpÙs videbis. Eamdem autefil ego fisicultatem Ubi subdelegatam facîo , sperans te nihil quod rationi consonum sit praetermissurum. Vale. Monte-Regio , XVII calendas junii 1600.

J'ai envoyé à notre saint-père la lettre que vous m'avez écrite pour ce qui concerne lés usures et les mariages. Il me donne tout pouvoir et toute autorité en . cette affofre, ainsi que vous le verrez par ' les copies des lettres du carditial Âldobrandin ci-jointes. Je vous donne le même pouvoir et la même autorité subdéléguée , espérant que vous n'omettrez rien do ce qui sera raisonnable. Adieu. Du Mont-Devis , le 45 mai 4600.

LETTRE XXXn.

S.lnUklfÇOfSDBSALES, A MADAIU LA DUCHESSE DE MERGOEUB.

Il défère à la prière qu'elle lui «voit faite de taire imprimer !*Oraison funèbre du duc de Meroœar, qo'îl avoit prononoée le 27 arril précédent, et la prie de permettre que cette pièce paroisse sous les auspices de la princesse sa fiUe.

Haisaoï.

Bfadame,

Vos premiers désirs ayant tenu lieu de commandemens sur ma volonté , lorsque vous jetâtes les yeux sur ma i)etite6se pour le discours funèbre de feu M. le duc de MerccBor, je dois recevoir avec le même respect les témoignages de? seconds , souffrant, madame , que la pièce soit mise au jour et donnée au public , puisque vous l'agréez.

Vous ny veraee rien de moi, que les simples témoignages do ma bonne volonté et les seules marques de mon obéissance , en un sujet , au reste , où je n'ai pas eu moins de propension que de devoir. Ce qu'il y a de plus considérable, c'est le sommaire très-fidèle des rares et éminentes vertus dont Cieu avoit orné la belle amc et assorti le riche naturel du prince décédé. De moi , je confesse n'y avoir contribué que de ma foible énonciation et ma voix, pour servird'écho , dans l'étendue d'une petite heure , à la réputation de ce grand prince, qui parloit assez d'elle-même , et qui éclatera à jamais par les beaux exploits dont nonseulement la France et l'ÀUenagne , mais

toute l'Europe , voire toute la chrétienté , ont été ténM>ins.

Et si bien l'écrit que j'en donne semble avoir plus de substance et de durée que ma voix n'en a eu en les prononçant, ce sera plus par la considération des vertus de ce prince que par le tissu et l'ordre que j'ai tâché d'y apporter en l'écrivant. Au reste , si mon affection et bonne volonté n'étoit garante de ma sincérité et obéissance , la plus belle partie , qui en a été omise , auroit raison de se plaindre : mais avant entrepris seulement de faire un simple éloge et sommaire de ce qui étoit convenable au temps, au lieu et à l'assemblée, j'ai dû laisser à l'histoire , qui réserve des volumes entiers pour une si belle vie , de suppléer à mon défaut ; me contentant du nom et du devoir de panégyriste , dont j'ai tâdié de m'acquitter.

Que si après cela on veut considérer ce qu'il y a du mien , rien sans doute que ia sincérité de mes affections et respects, qui ne mourront jamais , pour la mémoire de ce prince , qui no doit jamais mourir en celle de tousles bons, mais principalement en la vôtre , madame , qui trouvez avantageusement dans les vertus de ce grand prince et cher époux défunt, comme aussi dans les vôtres qui lui étoient communes , de quoi vous consoler dans cette sensible privation ; quoique la plus solide , la véritable et la plus chrétienne consolation est celle t[ue vous avez puisée dans la source , qui est la volonté de Dieu, qui seul en cette occasion a donné ce grand calme et cette absolue résignation qUi paroît en votre esprit.

Ce n'est pas qu'après cela, s'il est permis (comme il est sans doute) de chercher quelque adoucissement au dehors , vous n'en ayez un très-grand dans le précieux gage que ce gra^id prince vous a laissé de votre mariage; laquelle étant une image vivante du père , elle est aussi la légitime héritière de ses vertus , dont il a laissé le soin à vo- 1 tre conduite , madame , pour les cultiver par la noble et chrétienne éducation que vous lui réservez.

Si elle avoit besoin hors de soi de quoique mémorial de celles du grand prince que le ciel lui avoit donné pour père ; je la prierois , sous votre aveu et bon plaisir , knadame, d'agréer le sommaire que j'en ai dressé en cette pièce , vous conjurant, puis**

(fae aussi Dien vous désirez qu'elle voie le jour , que ce soit sous les auspices et à la foreur du nom de cette princesse , votre unique et très-cbère fille. C'est la très-humble supplication que vous fait, madame, etc.

LETTRE XXXm.

s. nAHÇOIS DE SALES , AU GARDUf AL DS MUTBOSB (4).

D engage le cardinal à «'employer auprès du roi Henri rV, pour empêcher que les Bernois ne se saisissent de novreau des bailliages de Tho^ non, d0 Temier, de Gaillard et de Gei , comme ils AYeieot faU soixanie'rcinq ans auparavant, et que ces hér^liqaes n'y détruisent encore la religion.

AfsailelT octobre ISOi.

Monseigneur,

Me sentant diargéde soin du plus important évéché de tout ce voisinage, ce> m*a été une incroyable consolation d'avoir su qoe vous étiez auprès de sa majesté : car je ne doute pas qu*en une saison si pleine de difficultés^ il ne m'arrivât beaucoup d'occasions ésquelles cette pauvre et tan.t affligée Église que Dieu m'a confiée auroit une extrême nécessité d'aide et d'appui ; et n*en pouvois d'ailleurs souhaiter un «eîlleur, ni une assurance plus ferme et solide , que d'une telle colonne du trèsttint-siége apostolique que vous êtes. Je bue donc Dieu , qui nous a établi et préparé par deçà une telle pierre de refuge; et pour employer cette faveur, je vous supplie, moftseigneur, d'avoir agréable que je bii préseate les nécessités d^ cette Église. Une de mes plus importantes, c'est que les Bernois tâchent par toutes voies d'avoir congé de sa majesté de se saisir des baillia^ de Thonon et Ternier (2) , qui sont de mon diocèse Je me sens obligé en ma eooscieoce de vous représenter la dommafeable cooséqueaoe qui s'ensuivroit d'une leUe saisie.

(I) Praocbls, eardlial de loyeaie, fllt da maréchal de m MMB , Melaa ta im , fat aaomMlfement trcheTéqua <• Hafboane. de ToalouM et de Rooen. Chargé dea afffl- Ri les plaa Inporlantes et lea plos épineuses . par les rota learf Ul. Beari IV. et Loola XJH, 11 a'aoqalt tous les flvTkecc«« 9*' ** atfeiae et aa capacité dana lea alEiirea. 11 ttovrat fc A? IrnoB , doyen dea oardinanx . on 1613 , à 8S las, aprèa a'étre Illiialf>épar |ri«aiears foadalloas : d'an i^niiialre a Rooen, d*aoe maison poarlesjésoltesà PontoUe. et d'âne aotre à Dieppe poor les pères de l'Oratoire.

(f) En ICOO, fers le mois.d.'ôctobre, Henri IV s'empara éi la Savoie, et les Génevola et Bernois lui offrirent im iroapM poar praadra la Cbablab et le Ternier.

Il y a environ soUante-cinq ans (4) que les Bernois se saisirent de ces mêmes bailliages et de celui de Gex , et«iie les eurent pas plus tôt qu'à vive force ils y plantèrent l'hérésie , de laquelle ces pauvres gens demeurèrent empestés jusqu'à ce qu'après , par la grâce de Dieu , y avoir prêché la foi catholique trois années , les peuples pour la plupart (qui reviennent à quatorze ou quinze mille âmes) ont été ramenés au gi« ron de l'Église, sous l'expresse et formelle autorité du saint -siège apostolique; de laquelle réduction monseigneur le cardinal de Médicis, pour lors légat à laterCy a été non-seulement témoin, mais fut encore lui-même instrument , ayant conféré l'absolution à un très-grand nombre de convertis ; de quoi ayant fait récit «^ Fa sainteté, elle m'envoya un bref apostolique (2) , afin que je reprisse les revenus ecclésiastiques de ces bailliages , et , partout où il me sembleroit , je rétablisse les églises , y constituant absolument des curés , pasteurs et prédicateurs, ce que j'étois sur le point de faire ; et cependant avois déjà , dès le passage de mondit seigneur légat , établi par^ tout des pasteurs par provision. Depuis, sa sainteté y avoit envoyé et entretenu, à ses propres dépens , une mission do religieux jésuites , pour avancer toujours tant plus (■e saint œuvre , qu'elle jugeoit si digne d'être favorisé, qu'elle avoit même dressé une congrégation à Rome pour cet effet , de laquelle monseigneur le cardinal Aldo* brandino, son neveu, étoit le chef, et avoit fisit protecteur particulier de l'œuvre monseigneur le cardinal Baronio , avec dessein de dresser une université ; si , qu'il sem* bloit que Dieu vouioit particulièrement éclairer de son œil de miséricorde cette province, après tant de ténèbres, lesquelles l'avoicnt obscurcie si longtemps. Or, monseigneur , puisque la providence do Dieu (sans laquelle rien ne se fait ici-bas) ouvre aux armes du roi (3) le passage et le che*

(1) Cela arrira l'an 18S6, à roccaslon d'ane nptare astre Cbarlea UI, dit te Bon, et FraocoU !•', rot de Fnaaea. leqocl appuya les GèbOTols dans leur ré? oite, et secourut les Suisses et les Vallalkins, qui se jetèrent dana lea étatf dodoc

(t) Ce bref étojt daté da ti mars 1S99.

(S) En 1600 . le roi Henri IV devolt arrirer à Annecy la 5 octobre. L'éréque de GenèTe envoya aon ooadjotaw François an doc de Nemours et de Géno? ois, poor arob des lettrée de recommanda llou pour Sa Majesté, afli qu'elle ne permit point qne les ministres béréUqnes prédiaasent en Cbablab, ni y réoasisseot François a'acqnltu «a la eoaailaalon avw focoéi. Le roi reçut laa arUalé^

LETTRES

0iin de ces bailliages , il me semble que je vous dois supplier très-justement et par les entrailles do Jésus-Christ , comme je fais , de prendre en singulière protection , auprès de sa majesté , la conservation de ces nouvelles plantes, lesquelles sont d'autant plus chères à l'Église leur mère, à ceux qui les ont plantées , et à sa sainteté qui les a arrosées de tant de bienfaits, qu'elles sont encore tendres et exposées à beaucoup de vents. Entre les plus âpres et dangereux pour elles et pour tous les bons qui leur peuvent arriver , seroit celui dont il court déjà certain bruit , venant à Taventure de ceux qui sont ennemis de leur conscience , ennemis de toute TËglise très-sainte , pour le service de laquelle je supplie le grand père de fanûlle de vous conserver longue^ ment, et fait vivre saintement en toute prospérité , selon la volonté de celui qui m'en donne une d'être éternellement votre, etc.

Page 1