FUNÇOIS DE SALES , A VXB DW'i
Voilà donc, ma chère (ille , comme rnn;; à rang nou^ passons le fleuve du Jourdain, pour cnircr en la ttirro de prnmi sioa où Dieu noiii iippelle les uns après les nuires. 0 vive Jésus I il n'y a pas do quoi en ce monde puni fiiire souhaiter que les umi^ y demcurcntlicaucOLip.
Je conrioi-soirt celle bonne soeur rti'funli', non -seulement de vue cxlérii-ure , mais encore pur quelque communicullon de ^un ame qu'elle mo fit en ma visile ; el n'y a environ qu'une ann^e que je lui envoyui l'habit du tiers ordrn des cannes , (ju'i'lli: m'avoit muni|6 rrqui'rir pour Aa dévutiuii ; et à sa réception ellu lit nnu confei^ion f.énérali' à un homme furl capehli- , qui me rôcrlvit (ju me le dit, jo le suis bii-n.
Hé bien, mu clit-re lilh, n'éluit-ce pas une Jiîpuîiliun que tu l>onlii de Dieu fuii^oil en elle , pour la tirer unu annt-u après àïoi?Giuiresoitdiincau PèrG,elau Fil^, et iiu Saint-Esprit (1). (lui, tK'S-chèro lille, pifurci un jieu ^ur Ci-lte tivpuiiéc ; car notre Sei);ueur pleura bien un peu sur son cher Lazare (i). ïlaid que ce ne soienl pas des larnicii do lejji'i:! , mais d'une simple compassion chrélienne , et d'un cœur qui , coniinu celui de S. Joseph (3), pk'ure de tendreté, et non pas de fierté comme celui d'Ë^aii (i). C'est en ces occasions èsiiuellea
avec un SHint atnour il faut
i|uif scer au bon plaisir du doux Jésus.
Hais dites-moi , ma fdic, et nous, qanid irons- nous en cette patrie qui nous attend t Iirias I nous voici à la surveille de DOtr» dépnrt , et nous pleurons ceux qui y sont allés 1 Bon prcsa^ pour cette ame . qu'elle ait soulfert beaucoup d'afllictioni; cv ayant été couronnée d'épines , il faut crein qu'elle aura la couronnede roses. Qu'rllg aille donc cette bonne sœur, qu'elle liU) pnsst'dcr son éternel repos au Kinm de h miséricorde de Dieu,
Que si mes prières lui peuvent accélfni ce bien , je les lui promets de bon cœur; et si je pouvois tenir son rang en voin amitié, je vous lo drmanderoirde bol cœur aussi : au moins me permettez- Tins que je tienne celui que j'y ai , et qu'A msure que ces {Kirens temporels vous ^'oot manquant, l'alTeclion plus que paterntUc que je vous porto et que jo vous ai dMi^ fort fidèlement s'agrandisse en tendntjd anieiir suinte.
Prenez, ma Glle , les bandelettes de non Sci}:neur, ou son saint suaire duquel il Id envflopi» BU sépulcre , et essuyez vos to^ mes avw cela. Vraiment jo pleure auxi bivn moi en telles occasions , et mon opur (le pierre ê* choses célestes jette des nia {Kiur ces sujets ; mais Dieu eoit loué tnujijiirs doucement, et |)Oiir vous parltr comme à ma chère fille . toujours averaii izrand sentiment d'amoureuse dilrction Htvi-rsla providence de Dieu ; cardepuisqw noire !Sei};neur n aimé la mort, et qu'il a donné sa mort [«ur objet à notre iimniir, je ne |iuis vouloir mal à lu mort ni il<> nm scGurs, ni de personne, pourvu qu'ell*H fiisse en t'amuur df relie mort sacr^ dt mon Siuiveur. Qu'à jamais il vive et rfpn en noscoiurs! Amen. Je suis eu loi Ir» véritabloment tout vôtre.
LETTfiE DCXCVin.
B. Fa.U<ÇOIS DB SALES , A CMB DIXZ.
Héms lajM qua It prteédenle.
Or SUS , ma chère Glle , il faut donc biei re|>rendre couia^e après cette secousse.
Hélai ce sont des accidcns naturels q>u
l'apoplexie et chute de catarrhe; et noire Seigneur voyant arriver notre fin , nous prépare doucement par ses inspirations afin qfi<a nous ne soyons pas surpris, ainsi qu'il a fait à cette bonne sœur. Je ne m'étonne point que vous ayez été étonnée , et que vous n'ayez pas sitôt su trouver votre cœur pour le reporter à son Sauveur.
0 Dieu ! ma chère fille , il le faut bien préparer à mieux faire pour la première occasion qui se présentera, car à mesure que nous voyons ce monde , et les biens que nous y avons , se rompre devant nos yeux, il faut recourir plus ardemment à notre Seigneur, et avouer que nous avons tort de loger nos espérances , et espérer nos contentemens ailleurs qu'en lui et en l'éternité qu'il nous a destinée. U faut que je dise ce petit mot de confiance. Il n'y a bomm « au monde qui ait le cœur plus tendre et affectionné aux amitiés que moi , et qui ait le ressentiment plus vif aux t^éparalions. Néanmoins je tiens pour si peu de chose cette vanité de vie que nous menons, que jamais je ne me retourne à Dieu avec plus de sentiment d'amour que quand il m'a frappé , ou quand il a permis que je 8015 frappé. Ma fille , portons bien nos pensées au ciel , et nous serons fort exempts des accidens de la terre. Cette bonne sœur avoit bien prié Dieu : sur cela elle a été ravie devant lui. Il faut espérer que c'a été pour son mieux que notre Seigneur en ait ainsi disposé. Demeurons en paix en attendant qu'il dispose de nous. Ma fille , tenez peu de compte de ce monde , sinon en tant qu'il nous sert de planche pour passer à l'autre meilleur ; et je suis tout vôtre en celui qui se rendit tout nôtre, mourantsar Farbredelacroix.
LETTRE DCXaX.
A. FBÀffÇOISDB SALES, A VKE DAME.