‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 100 sur 365 · CHAPITRE XVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVm

Qaand Hamoor m practiqae en U pealleiiM«tc premiaremeiit qû'U y • dtferscs sortes dt panitenee.

La pénitence, à parler geoeraleiiiant, «t une repentance par laquelle on rejette al déteste le péché qu'on a commis, btm ra» solution de reparer, autant que l'on paat, l'offeose et injure faiote à celuy eoDtre 1^ quel on a péché. Et j'ay endos en la pe* ' nitence le propos de reparer roffenaa, parce que la repentance ne détesta pas asseï le mal i quand elle laissa Yolontiirement subsister son prlneîpal eflet , qoi est l'offense et l'injure : or elle le laine subsister, tandis que le pouvaiit eo quel» que sorte reparer elle ne le fait pas.

Je laisse à part maintenant la penitenea de plusieurs payons, lesquels, comaie Te^ tullien tesmoigne , en avoient antre sai quelque apparence, mais si vaine et iaotile, que mesme quelquefois ils faisoisnl pénitence d'avoir bien faict. Car ja as parle que de la penilenoe vertueuse , lih quelle selon les differens motifs desquels elle provient, est aussi de diverses espeœs. Il y en a certes une qui est purement mo* raie et humaine, comme fut celle d*A« lexandro-le-Grand , lequel ayant tué son cher Clitus, cuida se laisser mourir de faim; tant la force de la pénitence fut grande , dit Ciceron. Et celle d'Alcibiades, qui , convaincu par Socrate do n'eatre pas sage, se print à pleurer amèrement , triste et affligé de n'estre pas ce qu'il devoit estre , dit S. Augustin. Aussi Arislote r»* oognoissant cette sorte de pénitence , asseureque l'intempérant, lequel de propos délibéré s'adonne aux voluptcz, est tout à fait incorrigible ; parce qu'il ne se sçaurait repentir, et celuy qui est sans pénitence est incurable.

Certes , Seneque , PIntarque , et les Pythagoriciens, qui recommandent tant Texamen de conscience , et surtout le premier qui parle si vivement du trouble que le remords intérieur excite en l'urne , ont entendu sans doute qu'il y avoit une repentance ; et quant au sage Epictecto , il descrit si bien la reprehension que nous devons practiquer envers nous - mesme , qu'on ne sçauroit presque mieux dire.

11 y a encore une autre pénitence qui est

UYRE 11 , GUAPITRF. XYI|1.

voi rement morale , mais religieuse pourtant, et en certaine r;:çua divine , d*iiutant qu'elle procède de la rogiioissance naturelle que Ton a d'avoir oflonsé Dieu en péchant. Car en vcrilé, plusieurs philosophes ont sceu qu'on faisoil chose agréable à la Divinité de vivre vertueusement , et

que la proposition sur laquelle ils la oient estoit contraire à IVxi iTience , a

>on

fondoient

sçavoir que l'homme snj^e ne pcchoit [ oint. Nous pouvons donc bien dire , mon rlier Theolime, quo la pénitence est une vertu toute chrostienne; puisque d'un coslé elle a esté si peu cogneuè* entre lespayens, et

que par conséquent on roiïensoit en vivant ! de l'autre, elle est tellement recogneuë

vicieusement. Le bon homme Epictete fait | parmy les vrays* chrestiens , qu'en icello

un souhait de mourir en vray chre^licn ; consiste une grande partie de la philoso-

JDommeii est fort probable qu'aussi fil- il), > phieevangelique, selon laquelle quiconque

et entre autres choses il dit qu'il seroit dit qu'il ne pèche point est in-ensé , et

content 3*il pouvait en mourant eslever ses quiconque croit do remédier à son péché

matas & Dieu , et luy dire : Je ne vous ai ^ins pénitence , il est forcené ; car c'est

point, quantàma part, fait de deshonneur. ' Texhortalion de? exhortations de Noslre-

Bt de plus il veut que soiî piiilosophe fasse Seigneur : «Faites pénitence (1)- » Or

un serment admirable à Dieu, de ne jamais ^oicy une briefve description du progrcz

désobéir h sa divine Majesté , ny blasroer (le cette vertu.

ou accuser chose quelconque qui arrive de ! Nous entrons en une profonde apprehen-

sa part, ny de s'en plaindre en façon que sion , do quoy , en tant qu'en nous est ,

ce soit : et ailleurs il enseigne quo Dieu et nostre bon ange sont piéscns à nos actions. Tous voyez donc bien , Tbeotime , quo ce philosophe, lors oncoro payen, cognoissoit que le péché oilensoit Dieu,commo la vertu rbonoroil; et que par conséquent il vouloit qu'on «'eu repenlist; puisque mesme il ordonnoit que Ton ûst l'examen de conscience au soir, on faveur duquel , avec Pytbagore, il fait cet adverti^semeDt :

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Or cette sorte do repentanco attachée à la science et dileclion de Dieu , que la nature peut fournir, estoit une dépendance de la religion morale. Mais comme Ut raison

nous oflensons Dieu par nos péchez , le méprisant et deshonorant , luy désobéissant et nous rebellant à luy , lequel aussi de son coslé s'en tient pour offensé, irrité et mesprii^é , de.^apreant , resprouvant et abominant l'iniquité. De celte véritable appréhension naissent plusieurs motifs , qui , ou tous , ou plusieurs ensemble , ou chascun en particulier , nous peuvent porter à la repentance.

Car nous considérons par fois que Dieu qui est offensé , a estably une punition rigoureuse en enfer pour les pécheurs , et qu'il les privera du paradis préparé aux gens de bien. Or comme le désir du paradis est extrcsmement honorable , aussi la crainte de le perdre est grandement prisa-

naturelle a donné plus de cognoissance ; ble et non-soulcmcnl cela ; mais le désir que d'amour aux philosophes, qui ne l'ont ■ du paradis estant fort estimable, la crainte pas gloriûé à proportion de la nutico qu'ils : de son contraire qui est l'enfer , est bonne

enavoicnt ; aussi la nature a fourny plus de lumière pour faire entendre combien Dieu estoit offensé par le péché , que de chaleur pour exciter le repentir requis à la réparation de l'offense.

Neantmoins bien que la pénitence religieuse ayt , en quelque façon , e-sté recogneuë pur quelques-uns des philosophes ; si est^e que ça esté si rarement et foible- '• ment, que ceux qui ont eu ia réputation d*e«tre lea plus vertueux d'entre eux, c'est^ i Mire les stoïciens, ont asseuréquo l'homme sage ne s*attristoit jamais : de quoy ils ont fait une maxime autant contraire à la rai- i

et louable, lié I qui ne craindroit une si grande perte et une si grande peine ? Et cette double crainte, dont l'une est servile, et l'autre mercenaire , nous |K)rte grandement à nous repentir des pochez par lesquels nous le.s avons encourues, ^t à cet effet en la sacréo parole , cette crainte nous est cent fois et cent fuis Iptiméo. D autres fois nous considérons la laideur et la malice du poché > selon que la foy nous l'enseigne , comme par exemple , que par iceluy la ressemblance et image de Dieu que nous avons est barbouillée et défigurée , la

(1) VâUk. iT, ».

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TRAITE DE L'AMOUR DE DIEU

jignité de nostre esprit déshonorée ; que nous sommes rendus semblables aux bestes insensées; que nous avons violé nostre devoir envers le Créateur du monde et perdu le bien de la société des anges, pour nous associer et assujettir au diable , nous rendant esclaves de nos passions , et renversant Tordre de la raison, offensant nos bons anges à qui nous sommes tant obligez.

Quelquefois encore nous sommes provoquez à pénitence par la beauté de la vertu qui nous donne autant de biens, que le péché nous cause de maux, et de plus nous y sommes maintefois excitez par l'exemple des saincts : car qui eust jamais peu voir les exercices de l'incomparable pénitence de Magdeleine et de Marie Egyptiaque , ou des penitens du monastère surnommé Prison , dont saint Jean Clymachus a fait la description , sans estre esmeu à se repentir de ses péchez , puisque la seule lecture de rhistoire y provoque ceux qui ne sont pas du tout hebestez ?

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