CHAPITRE VI
Que Dooi ne êtarloni parrenlr à la parfalcte ■eion iPaamar «veo Dieu en eeit« vto mertelle.
Les fleuves coulent inoesi^amment , et , comme dit le sage, t (4) ils retournent au 1 Ueu duquel ils sonlis^us. » La mer, qui est le lieu de leur naissanoe , est aussi le lieu de leur dernier repos : tout leur mouvement se tend qu*à les unir aveo leur origine, O Dieu , dit 8. Augustin , vous avez créé mon cœur pour vous , et jamais il n'aura repos qu'il ne soit en vous.
1) nnip. n. 8. — (i) Jotn. XV. • !t) IMB. XV, a. ^ W leetet. i. 7.
€ (4)Mai8qu*ay-Je an clef ^Inohvons, ô » mon Dieu î et quello autre rho^o veiix-je » sur la terre? Ouy, S»M;;nour, car vous » estes le Dieu de mon rœur, mon lot et » mon partage éternellement. »Neanmoin3 cette union A laquelle nostre cœur as|)ire , ne peut arriver à sa perr»cMon en cette vie mortelle. Nous pouvons comm'^ncer â aymer Dieu dans ce monde ; mais nous ne Taimerons parfaictement que dans Tantre.
La céleste amante l'exprime délicatement : « (î) Je Tay enfin trouvé, dil-elle, » oeluy que mon ame chérit; je le tiens, > et ne le quitteray point jusqu'à ce que » je l'introduise dans la maison do ma » men», et dans la chambre de celle qu » m*a donné la vie. » Elle le trouve donc, ce bion-aimé ; car il luy fiîit sentir sa présence par mille consolations : elle le tient, car ce sentiment produit des fortes an\)ctions, par lesquelles elle le serre et l'embriïsse : elle* proteste de ne le (initier jamais. Oh non ; car ces affections passent en résolutions éternelles, et toutefois elle ne pense pas le baiser du baiser nuptial jusques à ce qu'elle soit avec luy en la maison de sa mère , qui est la Hierusalem céleste, comme dit S. Paul (3). Mais voye*, Theotime , (ju'elle ne pense rien moins , cette espouso , que de tenir son bien-nymé à sa mercy comme un esclave d'atnour, dont elle s'imagine que c'est A elle de le moner à son gré et rinlroduire au bienheureux séjour de sa mère , où neantmolns elle sera elle n^esmo intmduicle par luy, (4) comme fèt Rebecca en la chambre de Sara pnr son cher Isaac. L esprit pressé de passion amoureuse se donne tousjours un peu davantage sur ce qu'il aime, et res|H)ux mesme confesse que sa bien-aimée luy a ravy le cœur, (6) l'ayant lié par un seul cheveu de sa teste, s'advouant son prisonnier d'amour.
Cette parfairle conjonction de l'ame à Dieu ne se fera donc (>oincL qu'au ciel , où , comme dit l'Apoc^nlypse, se fera c (6) le u festin des ijopces do l'agneau. » Icy en ct»tte vie caduqtie Tame est voirement espouse et fiancée de l'agneau immaculé, mais non pas encore mariée avec luy. La
(I) W. uni. M, 16. — rt) 0«Dl. CâDt. III, 4w
(»; Gain. IV, M. — (») Gaaes. xxi7. 87. (ft) Gant. Cant il. — («) Apoo. xtt, t.
TRAITE DE L*AMOnR DB 1»BIT.
foy et les promesses se donnent , mais rezecution du mariage est différée. C'est poiirquoy il y a lousjours lieu de nous en desdire, quoyque jamais nous n*en ayons aucune raison ; puisque nostre espoux ne nous abandonne jamais , que nous ne Foblîgions à cela par nostre desloyauté et perfidie. Mais estant au ciel , les nopcesde cette divine union estant célébrées , le lien de nos cœurs à leur souverain principe sera éternellement indissoluble.
Il est vray , Theotime , qu*en attendant ce grand baiser d'indissoluble union que nous recevrons de l'espoux là haut en la gloire , il nous en donne quelques-uns par mille ressentiments de son agréable présence : car si l'ame n'estoit pas caressée , elle ne seroit pas c (4 ) tirée , ny ne courroit » pas à Todeur des parfums du bien-aimé. » Pour cela , selon la naïveté du texte hebrieu et selon la traduction des septante interprètes , elle souhaite plusieursbaisers : c Qu'il me baise , dit-elle , des baisers de » sa bouche. » Mais d'autant que ces menus baisers de la vie présente se rapportent tous au baiser éternel de la vie future, comme essais , préparatifs et gages d'yceluy : la sacrée vulgaire édition a sainctement réduit les baisers de la grâce à celuy de la gloire, exprimant le souhait de l'amante céleste en cette sorte : « (2) qu'il » me baise d'un baiser de sa bouche ; » comme si elle disoit : entre tous les baisers, entre toutes les faveurs que l'amy de mon cœur ou le cœur de mon ame m'a préparée , hé 1 je ne souspire ny n'aspire qu'à ce grand et solemnel baiser nuptial qui doit durer éternellement, et en comparaison duquel les autres caresses ne méritent pas le nom de caresses, puisqu'elles sont plustost signes de l'union future entre mon bienaimé et moy, qu'elles ne sont l'union mesme. .