‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 154 sur 365 · LIVRE VI, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE X

Mais dictes-moy, Theotime, l*ame recueillie en son Dieu, pourquoy, je vous prie, s'inquieteroit-elle? N'a-t-elle pas subject de s'associer et demeurer en repos? car que chercheroit-elle?Elle a trouvé ceîuy qu'elle cherchoit. Que luy reste-l-il plus! sinon do dire : « (4) J'ay trouvé mon » cher bicn-aimé ; je le tiens , et ne le » quitterai point. » Elle n'a plus besoin de s'amuser à discourir par l'entendement; car elle voit d'une si douce veuë son espouz présent que les discours luy seroient inutiles et superflus. Que si mesme elle no le voit pas par l'entendement, elle ne s'en soucie point , se contentant de le sentir près d'elle par Taise et satisfaction que la volonté en reçoit. He ! la mère de Dieu , Nostre-Dame et maistresse, estant enceinte, ne voyoit pas son divin enfant : mais le sentant dedans ses entrailles sacrées , vray Dieu, quel contentement en ressentoit- Blle ! Et saincte Elizabeth ne jouyt-clle pas admirablement des fruicts de la divine présence du Sauveur, sans le voir , au jour de la tres-saincte Visitation? L'ame non plus ti*a aucun besoin, en ce repos, de la mémoire ; o^r elle a présent son bien aimé. Bile n'a pas aussi besoin de l'imagination : car qu'estai I besoin de se représenter en image, soit extérieure, soit intérieure, celuy de la présence duquel on jouyt? De sorte qu'enfln c'est la seule volonté qui attire doucement, et comme en tettant tendrement le laict de cette douce présence ; tout le reste de l'ame demeurant en quiétude avec elle par la suavité du plaisir qu'elle prend.

On ne se sert pas seulement du vin emmiellé pour retirer et rappeler les aveltes dans les ruches, mais on s'en sert encore pour les appaiser : car quand elles font des séditions et mutineries entre elles , s'entretoant et desfaisant les unes les autres, leur gouverneur n'a point de meilleur remède que de jetter du vin emmiellé au milieu de te petit peuple effarouché; d'autant que les particuliers desquels il est composé, sentans cette suave et agréable odeur, s'appaisent, et s'occupans à la jouyssance de lette douceur , demeurent accoisez et tranquilles. 0 Dieu éternel! quand par 90stre douce présence vous jettez les odo- ;.ns parfums dedans nos cœurs , parfums

(1) GtBi Cêtt. n, k.

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