‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 172 sur 365 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

Admirable exhorution de sainct P«ul à la vie extaUque et surbumaine.

Mais enGn S. Paul fait le plus fort, le plus pressant et le plus admirable argument qui fut jamais fait, ce me semble, pour nous porter tous à l'exlase et ravissement de la vie et opération. Oyez, Théotime , je vous prie , soyez aUenlif et pesez ia force et efficace des ardentes et célestes p;Tolcs de cet apostre tout ravi et transporté de l'amour de son maislre. Parlant donc de soy-mesme (et il en faut autant dire d'un cbacun de nous), a La charité, » dit-il , de Je.^us-Christ nous presse ij, » Oui , Theotime , rien ne presse tant le cœur de l'homme que l'amour. Si un homme sçait d'estre aimé de (jui que ce soit , il e^t pressé d'aimer recipruquement; mais si c*est un homme vulgaire qui est aimé d'un grand seigneur, certes, il est bien pressé; mais si c'est d'un grand monarque, combien est-ce qu'il est pressé davantage? Et maintenant, je vous prie, sçachant que Jesus-Christ, vrai Dieu éternel , tout puissant, nous a aimés jusqu'à vouloir souOrir pour nous la mo.'-t, et la mort de la croix; ô mon cher Theotime 1 n'est-ce pas cela avoir nos cœurs sous le pressoir, et les

(i) Gai. ▼. 14.— (S) IV. Bof . V, ik.

;3) Ep. ad Rom. vi, H. —(4) IL ad Cor. t, 14.

sentir presser de force et en exprimer de Tamour par une violence et contrainte qui est d'autant plus violente qu'elle est toute aimable et amiable? Mais comme est-ce que ce divin amant nous presse? c La cha- » rite de Jesus-Christ nous presse , dit son » sainct apostre , estimaM cecy. » Qu'estce à dire, estimans cecy? C'est-à-dire, que la charité du Sauveur nous presse, lors principalement que nous estimons, considérons , pesons , méditons et sommes attentifs à cette resolution de la foy. Mais quelle résolution? Voyez, je vous prie, Theotime , comme il va gravement Gcliant et poussant sa conception dans nos cœurs : estimans cecy, dit-il. Et quoy? « Que si » un est mort pour tous , doncques tous » sont morts; et Jesus-Christ est mort » pour tous (4). » Il est vray, certes , si uq Jesus-Christ est mort pour tous, doncques tous sont morts en la personne de cet unique Sauveur qui est mort pour eux : et sa mort leur doit estre impuliée , puisqu'elle a esté endurée pour eux et en leur considération.

Mais que s'ensuit-il de cela ? il m'est advis que j'oye cette bouche apostolique comme un tonnerre qui exclame aux oreiU les de nos cœurs : il s'ensuit doncques, 6 chrestiens! ce que Jesus-Christ, a désiré de nous en mouraht pour nous. Mais qu'estce qu'il a désiré de nous, sinon que nous nous conformassions à lui , c aûn , dit i'a- » postre , que ceux qui vivent ne vivent » plus désormais à eux-mesmes , ains à 9 celuy qui est mort et ressuscité pour » eux (2). » Vray Dieu , Theotime , que cette coiisequence est forte en matière d'amour ! Jesus-Christ est mort pour nous , il nous a donné la vit* par sa mort , nous ne vivons que parce qu'il est mort; il est mort pour nous , à nous et en nous. Nostre vie n'est donc plus nostre, mais à celuy qui nous Ta acquise par sa mort : nous ne devons donc plus vivre à nous , mais à luy ; non en nous , maisj^n luy; non pour nous, mais pour luy. Une jeune fille de i'isie de Sostos avoit nourry une petite aigle avec le soin que les enfans ont accoutumé d'em« ployer en telles occupations; l'aigle devenue grande commença petit à petit à voler et chasser aux oyseaux selon son instinct naturel : puis s'estant rendue plus forte,

(1>IL ad Cor. t, 14. — (^ a ad. Cor. t, 11.

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qa'rila anttnwMdlcdle. Or advibt que ettts janU dMMriwUe moarat nn joiir , Undli qo» li (mm) aigle wdt an ptmrdm.MMi eorpl i aehm la oouBiame Se MtMnpaetdBMptra'là, ttttmlssnruit bêcher m publie pouf ntre bKUlé ; tndia ainti ^oe là lanuae do fon eoniideaçoît A la wirir, l'aigle enrrint à grands tralU d'atolee t M loywi oet Im^né et triSts ■pMUde, outrée de douleur, elle lascha eM eetne , «t dMndtinnBnt M praye , se vinl Jettw sur sa paufn chefe mAlstrease , et h Aonfalit de aes aisles g comme pour la dèfetldn du fea, ou peut l'embrasser de pllié , elle dedeura terne et IHUnobile, Mrarant et bn^nt eDungetneineot avec elle ; laideur ilb «m aRWtiM M potiTHUt coEler la pHce ans IIhiuMb «t ndears da fn , peut te nadn Tidtime ol hotoceMie de MB brave et pndlgi«u> amour, comme ta naietreau l'eatolt d« la mon et des flammes.

Ah 1 TheoUffle , qUel enor nous Mit prendre oette elgtel Le Sauvent noas a DourriB dta nostre tendre Jeunesse ; ainsi ilDoussfonneaetreceus, comme une aimable Dourric», antre ies bras de sa divine proridence dès l'instant de eostre conception. U nous a rendus siens par le Daplesmo , et notu a nourris Undrement , selon le cour et selon le corps , par un amour incompréhensible ; et pour nous acquérir la vie « il a supporte la mort , et nous a rapeui de sa propre chair et do son propre aang. Ué 1 que reste-l-il doncqucs , quelle oanelusion avonMious plus à prendra, moncberTbeotime , sinon «que ceux ■ qui vivent ne vivent plus A eux-mesmes , • ains A cetuy qui est mort pour eux [t ]? ■ Caet-A^ire , que nous consacrions au divin amour de la mort de nosire Sauveur toualesmomensde nostre vie , rapportans A sa gloire tontes nos proyes , toutes nos conquestes , toutes nos œuvrer , toutes noa actions I toutes noa pensées et toutes nos affections. Voyons-le , Theotiine , ce divin Rédempteur eslandu sur la croix , comme sur son bâcher d'honneur, où U meurt ■tSHMiur pour nous , mais d'un amour plus

doiiloarein qm la mort nMnw , oa d^iM mon plus amodreose que l^moor meame.

Êé I que ne noue JettoM-dons en esprit sur luy polir mourir sur Id crdx avec Iny, qni pour l'amout- de nous a bieb voulu mouriri Je le Uendrey, devrions-noua dire , si uns avions la générosité de l'aigle , et ne le qullteray Jamais ; je mourraf avec luy et brusieray dedans les Qammes de son attlour : ub Inesme feU consumera ce divin Créateur et sa (ihetive creattire T Uon inus cil (Ottl mUn , tt J9 luU ttmtê ttetttie (1] , je vivrdy et mourroy sur sa poclHbo; tty la mort ny la tiis w m< aaporara jamais de luy (2J. Ainsi doncques se fait la sairictc extase du Vray amour, quand nous He vivoria plus selon les raisons et incii ha liôtis hiiblatnçs, mais audessus d'icelW, selon les inspiraiions et icsUncls du divin Sauveur do nos ainee.

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