Finalement, il y une tristesse que
la variété des accidens humains nous apporte, a Quelle joye puis-je avoir, disoit » Tobie, ne pouvant voir (a lumière du B ciel (4)?» Ainsi fut triste Jacob sur la nouvelle de la mort de son Joseph (2) , et David pour celle de son Absalon (3). Or , cette tristesse est commune aux bons et aux mauvais : mais aux bons elle est modérée par l'acquiescement et résignation en la volonté de Dieu; comme on vit en Tobie, qui de toutes les adversitezdont ils fut touché , rendit grâce à la divine Majesté , et en Job qui en henit le nom du Seigneur , et en Daniel qui convertit ses douleurs en cantiques. Au contraire, quant aux mondains, cette tristesse leur est ordinaire, et se change en regrets, desespoirs et estourdissemens d'esprits. Car ils sont semblables aux guenons et marmots, lesquels sont toujours mornes, tristes et fascheux au défaut de la lune ; comme au contraire au renouvellement d'icelle , ils sautent, dansent et font leurs singeries Le mondain est harnieux, maussade , amer et melancholique au défaut des prospérités terrestres, et en l'afQuence, il est presque tousjours bravache , esbaudy et insolent.
Certes, la tristesse de la vraye pénitence ne doit pas tant estre nommée tristesse que desplaisir, ou sentiment et detestation du mal; tristesse qui n'est jamais ny ennuyeuse ny chagrine ; tristesse qui n'engourdit point l'esprit, ains qui le rend actif, prompt et diligent; tristesse qui n'abat point le cœur, ains le relevé par la prière et l'espérance, et luy fait faire les eslans de la ferveur de dévotion ; tristesse laquelle, au fort de ses amertumeSf
(1) Tob- V, It. — (1) ^Mt. XUTU, M.
TBAITÉ DE L*AMOUR DE DIEU
produit ton^joiirs 1b douceur d'une incomparable consolation, suivant le précepte du grand S. Augustin : Que le pénitent s'attriste tousjours, mais que tousjours il se resjouysse de sa tristesse. La tristesse, dit Cassian , qui opère la solide pénitence et Tagreabie repentance, de laquelle on ne 86 repent jamais, elle est obéissante, aifable, humble, débonnaire, souefve, patiente , comme estant issue et descendue de la charité. Si que, s'estendant à toute douleur de corps et contrition d'esprit, elle est, en certaine façon , joyeuse , animée, et de Tesperancerevigort^ede son profit, elle relient toute la suavité de rafTabililé et longanimité, ayant elle-mesme les fruicts du Saiitet-Esprit que le sainct apo^tre raconte. «Or, les fruicts du Sainct-tisprit » sont charité , joye , paix , longanimité , » bonté, bénignité, foy, mansuétude, » continence (f). » Telle est la vraye pénitence, et telle la bonne tristesse qui, certes , n'est pas proprement triste ny melancholique , aîns seulement attentive et aff)?elionnée à détester, rejetleretempescher le mal du péché pour le passé et pour Tadvenir. Nous voyons aussi maintesfois des pénitences fort empressées, troublées, impatientes, pleureuses, ameres, souspirantcs, inquiètes, grandement aspres plmdancholiqucs, lesquelles enfin se trouvent infructueuses et sans suite d'aucun véritable amendement, parce qu'elles ne procèdent pas des vniys motifs de la vertu de pénitence, mais de Tamour propre et naturel.
La tristesse du monde op^re la mort 2), dit Tapostre. Tlieolime, il la faut donc bien éviter et rejetter -elon nostre pouvoir. Si elle est naturelle, nous \a devons repousser, contrevenant à ses
^Oêl. V, «1, Il - (ij «. M Cor. f u, M
mouvomens , la divertis.^nl par exercices propres à cela, et usant des remèdes et façons de vivre que les médecins mesme^ jugeront ft propos. Si elle provient de ten-i talion , il faut bien descouvrir son cœur au Père spirituel, lequel nous prescrira les moyens de U vaincre , selon ce qus nous en avons dit en la quatriesme parti» de rintroduciion à la vie (ievote. Si elloest accidentelle , nous recourions i ce qui est marqué au huictiot»me livre * afin de voir combien les iribululions sont aimables^ aux enfans de Pieu, et que la grandeur de nos espérances en la vie éternelle doit rendre presque inconsiderabies toiui les evenemens pass^igers de la temporelle.
Au reste , parmy toutes les melancholie» qui nous peuvent arriver, nousdevonseio»
ployer l'autorité de la volonté supérieure pour faire tout ce qui se peut en faveur du divin amour. Certes, il y a des actions qui dépendent tellement de la disposition et complexion corporelle , qu'il n'est pas en nostre pouvoir de les faire à nostre gré* Car un melancholique ne sçauroit tenir ny ses yeux, ny sa parole , ny son visage en la mesme grâce et suavité qu'il auroit s'il estoit deschari;é de cette mauvaise humeur : mais il peut bien, quoyque sans grâce , dire des paroles gracieuses, honteuses et courloises , et malgré son inclination, faire par raison les choses convenables en paroles et en œuvres de charité, douceur et condescendance. On est excusable de n'estre pas tousjours gay, car on n'est pas mui>tre de la guyeté pour l'avoir quand on vout; mais on n'est pas excusable de n'estre pas t^)u^ , Jours bonteux, maniable et condescendant, car cela est toujours au pouvoir de nostre volonté, et ne faut sinon se résoudre de sur» mouler l'humour et inclination contraire
WYHÇ XII, CWM^ITM n-