‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 271 sur 365 · LES SŒURS RELIGIEUSES DE LA VISITATION W · texte numérisé non relu

LES SŒURS RELIGIEUSES DE LA VISITATION W

De la fla peur laquelle cette eoiigregation a esté iottitaée.

Plusieurs filles et femmes divinement inspirées, aspirent bien souvent à la vie reli^^iense, qui tontes, on par imbécillité de leur compipxion natmollc, ou pour estre dosja affoiblies par Tago , on enfin pour n'estre pas attirées à la practiquedes austerilezet rigueurs extérieures, ne peuvent pas entrer es religions esquolles on est obligé à de grandes penit(>nces cor|MTeIIcs: comme sont la pluspart des congrégations n*formées qu*on voit par deçà : et par ce moyen son t con trai n tes de s^arrester parmy les tracas ordinaires du monde, exposées BOX continuelles occasions de pécher, ou moins de perdre la ferveur de la dévotion. En quoy certes elles sont dignes de grande compassion : car qui ne plaindroit, je vous prie , une ame généreuse , laquelle désirant extrêmement de se retirer de la presse do ce siècle pour vivre toute en Dieu, ne peut neantmoins le faire faute d*avoir un corps assez fort, une complexion as^ez saine, ou un âge assez vigoureux ; la poursuite qu'elle voudroit faire pour acquérir une plus grande sainctelé , demeurant ou empescliée ou retardée par le manquemeut de iasanié?

Afin donc que telles âmes eussent désormais quelque asseurée retraite en ces contrées de deçà, cette congrégation a esté érigée, en sorte que nulle grande aspreté ne puisse divertir les foibles et infirmes de 8*y ranger, pour y vacquer à la perfection du divin amour. En suitte de quoy on pourra premièrement recevoir les vefves également comme les filles , pourveu que si elles ont desenfans, elles en soient bien légitimement déchargées, et qu'elles ayent suffisamment pourveu à leurs affaires, selon qu'il sera ju^é expédient par le père spirituel , et autres personnages de qua-

(1) L« toetear trooTvrt a la ••!!« dm ContttUiUeBf lai OBlMloM df la piaaùèra pafelkaUoa.

lité , sur Tadvis desquels on se puiSÉe reposer, afin d'ester aux gens du monde toute occasion de murmurer autant que faire se pourra ; et de détourner l'inquiétude que l'ennemy a accoutumé de donner par le soin inutile et indiscret qu'il suggère aux vefves , des choses qu'elles ont laissées au monde.

On i)ourra secondement recevoir celles qui pour leur âge, ou pourqiielque imbe^ cilliléror|)orelle, ne peuvent avoir accè4 aux monastères plus aust(*res, pourveu quVlles ayent Poprit sain et bien dis|)osé à vivre en une pit)fonde humilité, ot)eissance , simplicité, douceur ei résignation; neantmoins on excepte celles qui seraient atteintes de quelque mal conuigieux, com^ me de lèpre , ecrouelles , et autres semblables : ou qui auraient des infirmitez si pressantes, qu'elles fussent tout à fait in- Ciipables de suivre la règle et leseiercioet ordinaires de la congrégation.

Tiercement , celles qui seront de bonne et forte complexion, y seront receuSs comme ap|)elces de Dieu au secours et &oula^ement des infirmes; et tout ainsi que les foibles joiiirant du fruit de la santé des robustes, Il>s robustes joiiiront réciproquement du mérite de la patience des imbecilles, et afin que tant les uns que les autres puissent tousjours avoir accès à cette congrégation , la supérieure prendra soigneusement garde à ce qu'on n'y introduise , ny directement ny indirectement, aucunes austérités corporelles, outre celles qui y sont maintenant , qui puissent estre d'oblig-tition ou de coutume générale A quoy le glorieux père sainct Augustin a visé marquant si cordialement en la régla le support des infirmes, et tesmoignant assez par-là, qu'il veut que les infirmes soient receuës; et qu'à leur considération on n'amplifie point les aspretez. fit semble que salon la parabole , il fasse entrer ea Testât religieux oomme au festin nuptial

de l'Bspoux céleste, non -seulement les sains et gaillards; mais aussi les infirmes, boiteux et aveugles, en sorte que sa maison se remplisse d'invités.

œNSTITUTION I.

VH troii rangs des sonrs (i).

Les sœurs de la congrégation seront de trois rangs; les unes seront choristes, c'est-à-dire employées à Toffice sacré du chœur pour y chanter les heures. Les autres seront les sœurs associées , c'est-àdire lesquelles n'ayant pas les forces et les talens de dire et chanter les offices, sont neantmoins admises en la congregaiion pour y practiquer les autres exercices spirittieU, et tout le reste de la vie religieuse. Les autres sont les sœurs domestique^.

Quant aux sœurs associées, elles ne laisseront pasd'eslre capables de toutes les charges du monastère (excepté celle de l'assis- | tance), et auront voix active et passive, tout de mesme que le sœurs choristes. Que siquelqu'uned'entrecllesestoilesleuëpour

supérieure, elle fera tout ce qui appartient à celte charge-là , sinon en ce qui regarde roiTice du chœur qu'elle laissera faire à rassislanto, laquelle comme ayant charge du chœur et des offices sacrez, ne pourra jamais estre que des sœurs choristes.

Mais les sœurs domestiques, ou du ménage, n'auront nulle voix, ny active, ny passive. Et ne leur sera jamais permis de demander d'eslre admises au premier ou second rang des sœurs. Que si elles le sont, qu'on ne puisse plus en façon quelconque proposer leur admission , sinon trois ans après qu'elles auront fait la demande. Nulle sœur des autres rangs ne pourra non plus jamais proposer ladite admi-sion ; ains sera celte proposition réservée à la supérieure, après avoir oiiy l'advis des sœurs roadjutrices ou conseillères : et laquelle prendra garde à ne point proposer telle admission, que poiirdcs sœurs <]ui volontiers et de bon cœur auront esté douces, paisibles et humbles; et qui auront des talens convenables pour pouvoir servir es autres rangs : auxquels nonobstant toulcela, rlîes ne devront entier que par les deux liers des voix de la congrégation : quant à

f i) VoyM Iw tddUtont à la i>a((« 'Jes Constitutioni.

CONSTlTUTlOTfS.

celles qui par leur long travail, oo pour avoir quelque infirmité d'âge ou de maladie , devront estre soulagées , et neantmoins ne seront pas propres pour les autres rangs, on leur pourvoira de repos et de consolation en leur condition.

Les sœurs associées comme les sœurs domestiques ne seront point obligées aux heures, les unes ne pouvant les dire , et les autres estant destinées à d'autres services : mais au Hqu de prime, tierce, sexte et nono , elles diront douze fois le Pater Noster^ et Ave Maria au matin, et une fois le Credo à la fin ; en lieu de vêpres et compiles, sept Paler et Ave , et pour matines et laudes, dix : et ne manqueront point d'assister à la messe tous les jours, tant que faire se pourra ; et de mesme les festes à tous les offices, en quelque lieu où elles n'interrompent point les sœ.urs choristes , ny ne leur causent point de distractions s'il leur falloit entrer et sortir.

Les sœurs domesli(iue3 ne prendront point de voile noir à la profesîrion. ains seulement la croix d'argent, par laquelle elles seront diff'erentes des sœurs novices. Mais elles ne seront nullement traitées différemment des autres, ny es habiU, ny es hts; ny au manger et boire, ny au soin de leur santé, ny es exercices propres à leur avancement spirituel, ny en autre chose quelconque , ains seront traitées cheiement et cordialement par la supérieure, et par toutes les autres soeurs, puisqu'on cette congrégation on doit vivre sans murmuration ny mespris, aius avec égale dilection , Marthe etMagdeleine en vraies sœurs et bien-aimées de Noslre-

Seigneur.

Au reste les sœurs ne pourront estre que trente-trois en lout, dont il yen aura pour le moins vingt choristes , et pour le plus neuf ^œurs associées, et quatre sœurs domeslicpies, sinon que pour quelque et légitime et digne de respect, il semblast au pero spirituel, à la supérieure et au chapitre, d'en prendre quelques-unes do plus avec dispense do l'evcrque.

Page 1