‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 82 sur 365 · LITRE TT . CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

LITRE TT . CHAPITRE IH

2fS

esl , 00 générale , oo spéciale , ou parlicaliere.

El parce que cy-après je vous exhorleray , Theotime, à joindre voslre volonté à la providence divine , tandis que je suis sur le discours d'icelie , je vous veux dire un mot de la providence naturelle. Dieu dODcqoes voulant pourvoir Thomme des moyens naturels qui luy sont requis pour rendre gloire à sa divine bonté , il a produit en faveur d*iceluy tous les autres animaux et les plantes ; et pour pouvoir ans autres animaux et aux plantes , il a produit variété de terroirs , de saisons, de fontaines, de vents, de pluyes; et tant pour l'homme que pour les autres choses qni Iny appartiennent, il a créé les elemens , te ciel et les astres , establissant par on ordre admirable, que presque toutes les créatures servent les unes aux autres redproqoement : les chevaux nous portent, et nous les pansons ; les brebis nous nourrissent et vestent , et nous les paissons; la terre envoyedes vapeurs à Tair, et l'air des ptuyesà la terre ; la main sert au pied et le piedportelamaini 0 qui verroitce commerce et trafic gênerai que les créatures font ensemble avec une si grande correspondance, decorobien de passions amoureuses seroit-il esmeu envers cette souveraine sagese, pour s*escrier : a(4)yostreprovic denoe , 6 grand Père éternel , gouverne f tootes choses 1 » S. Basile et S. Ambroise en leors Examerons, le bonLouys de Grenade en son Introduction ou Symbole ; et Louys Ricbeome en plusieurs de ses beaux opuscules , donneront beaucoup de motifs aux âmes bien nées pour profiter en ce subject.

Ainsi , cher Theotime , cette providence touche tout , règne sur tout, et réduit tout à sa c^ire. Il y a toutesfois certes des cas fortuits et des accidens inopinez : mais ils ne sont ny fortuits, ny inopinez qu'à nous : et sont, sans doute, très-certains à la providence céleste, qui les prévoit et les destine au bien public de l'univers. Or ces cas fortuits se font par la concurrence de plusieurs causes, lesquelles n'ayant point de naturelle alliance les unes aux autres, produisent une chacune son efifect particulier, eo lelle sorte neantmoins que de leur rencontre relissit un autre effect d'autre na-

Wi

XIT,t>

ture, auquel, sans qu'on l'ait pu prévoir, toutes ces causes difierentesont contribué. Il estoit, par exemple, raisonnable de chastier la curiosité du poè'te .£schilus, lequel ayant appris d'un devin, qu'il mourroit accablé de la cheute de quelque maison , se tint tout ce jour-là en une rase campagne, pour éviter le destin ; et demeurant ferme , teste nue , un faucon qui tenoit entre ses serres une tortue en l'air, voyant ce chef chauve et cuidant que ce fust la poincte d'un rocher, lascha la tortue' droit sur iceluy ; et voilà que iEschilus meurt sur-le-champ, accablé de la maison et escaille d'une tortue. Ce fut sans doute un accident fortuit ; car cet homme n'alla pas au champ pour mourir, ains pour éviter la mort ; ny le faucon ne cuida pas escraser la teste d'un poè'te, ains la teste et l'escaille de la tortue , pour par après en dévorer la chair : et neantmoins il arriva au contraire ; car la tortue demeura sauve et le pauvre iBschilus mort. Selon nous, ce cas fut inopiné, mais au regard de la providence qui regardoit de plus haut , et voyoitla concurrence des choses, ce fut un exploit de justice par lequel la superstition de cet homme futpunie. Lesadventures de Tancien Joseph furent admirables en variété et en passage d'un extrémité à Tautre. Ses frères qui l'a voient vendu pour le perdre, furent touscstonnezde le voir devenu' vice-roy, et(i) apprekendoient infiniment qu'il ne se ressentist du tort qu'ils luy avoient faict ; mais non , leur dit-il (2) ; ce n'est pas tant par vos menées , que je suis envoyé icy, comme par la providence divine : a (3) Vous avez eu des mauvais » desseins sur moy, mais Dieu les a réduits » à bien. » Voyez- vous, Theotime? le monde eust appelle fortune, ou événement fortuit, ce que Joseph dit eslre un project de la souveraine qui range et réduit toutes choses à son service : et il est ainsi de tout ce qui se passe au monde , et mesme des monstres , la naissance desquels rend les œuvres accomplies et parfaictes plus estimables, produit de l'admiration , et provoque à philosopher et faire plusieurs bonnes pensées : et en somme ils tiennent lieu en l'univers , comme les ombres es tableaux, qui donnent grâce, et semblent relever la peinture.

(1) GtBM. I, if. — (t) IbM. XLT, I. (t) GMM«. I, ».

iti

TRÀiTj: m; |.*AI1ÛUB I>£ oisit.

Page 1