‹ Œuvres complètesChapitre 25 sur 30 · SOIXANTIÈME ANNIVEESAIRB DE LEUR MARIAGE · texte numérisé non relu

SOIXANTIÈME ANNIVEESAIRB DE LEUR MARIAGE

Montréal, 14 octobre 1816— Citry, 14 octobre 1876.

Ils sont bien loin de nous ces premiers jours du monde Où, prodiguant ses dons, la nature féconde Laissait vivre mille ans ses enfants nouveau-nés; Où l'univers entier rayonnait de jeunesse, Où la mort, ne trouvant nulle part la vieillesse, S'éloignait, en tremblant, de nos frères aînés.

A vingt ans aujourd'hui, quand l'âme épanouie, S'enivrant de soleil, d'amour, de poésie, Demande à l'avenir le secret des destins, Soixante ans sont pour elle une éternelle vie, La coupe inépuisable où coule l'ambroisie, Et Yvltima Thule de ses espoirs lointains.

Comme pour ces époux dont les livres bibliques

Nous racontent l'histoire et les vertus antiques,

Ces soixante ans, pour vous, n'ont commencé qu'au jour

Où, sur les bords heureux de la Nouvelle-France,

De vos cœurs de vingt ans couronnant la constance,

Vous avez vu l'hjl nen consacrer votre amour.

De ce beau Canada, qui de votre tendresse Vit les premiers aveux et lf\ première ivresse, Vous avez conservé le souvenir charmant, Et vous voyez souvent sa douce image en rêve... En lui disant adieu, de sa puissante sève Vous avez emporté quelque chose en partant.

Quand de vos premiers jours plus d'un ami fidèle,

Que l'ange de la mort a touché de son aile,

S'en est allé dormir le sommeil éternel,

Vous demeurez debout, pareils à ces grands chênes,

Ces magnifiques rois de nos forêts lointaines,

Qui semblent à nos yeux les colonnes du ciel.

Comme ils sont bien remplis ces nobles douze lustres I

Le travail incessant, les amitiés illustres

Qui, dès vos premiers pas, vous ont tendu les mains ;

Les voyages nombreux aux bords du nouveau monde,

Où vous alliez porter la semence féconde

De cet esprit français, le charmeur des humains ;

Tant de bienfaits discrets semés sur votre trace ; Ces enfants bien-aimés, l'honneur de votre race, De porter votre nom à juste titre fiers ; Et vos écrits où brille une attique élégance : Pour chanter dignement une telle existence, Il faudrait un poème, et non p ts qui lques vers.

Ainsi, poursuivant votre course, Sans redouter les noirs autans, Vous irez boire à cette source Où buvaient nos premiers parents.

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Et, du temps reculant les bornes, Vous laisserez couler les ans, En repoussant les hivers mornes Pour ne cueillir que les printemps.

Sur la montagne séculaire

Que fouleront vos pieds vaillants,

De la couronne centenaire

Vous ornerez vos cheveux blancs.

Sur ce sommet brillant'que dore Le soleil d'un monde nouveau, Vous salûrez à son aurore Le vingtième siècle au berceau.

Puisse Dieu me garder la vie, Pour consacrer le dernier chant De ma pauvre muse vieillie A vos noces de diamant 1

Citry, 14 octobre 1876.

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