‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 19 sur 101 · RESPECT DU AUX ÉGLISES · texte numérisé non relu

RESPECT DU AUX ÉGLISES

le très-saint Sacrement n'avait été exposé qu'une seule fois dans cette église, et puis qu'il en eût été emporté pour ne plus jamais reparaître, cette seule exposition suffirait pour nous la rendre si vénérable, que tous à l'envi nous devrions baiser ces murs consacrés par la présence de notre bon Maître, et nous écrier avec le saint roi David, le front prosterné dans la poussière : Adoràbimus in loco ubi steterunt pedes ejus : « Nous adorerons le Seigneur dans le lieu où ses pieds se sont posés. » Quel respect, quelle vénération, quel amour ne mérite donc pas notre bon Jésus dans son Sacrement, pour la familiarité avec laquelle il nous traite, en daignant paraître si souvent exposé sur nos autels ! Or, de quelle manière, dites-moi, nous comportons-nous dans nos églises? Hélas! hélas! que de discours frivoles, que de regards, que de rire?, que de signes, que de paroles, indécentes ! et Dieu veuille qu'il ne se commette pas de plus grands désordres encore dans ces églises, qui sont véritablement la maison de Dieu sur la terre !

IL C'est à vous que je m'adresse, prêtres du Seigneur; comment souffrez-vous que l'on profane le temple de Dieu par tant d'impiétés? Pourquoi n'imitez-vous pas le zèle de saint Antonin, archevêque de Florence, lequel bien souvent, s'armant d'un fouc-i, parcourait toute l'église, et s'il voyait des femmes avec une mise immodeste, plus convenable pour le théâtre que pour le lieu saint , des jeunes gens pétulants , formant cercle et scandalisant les assistants par leurs conversations ou leurs légèretés criminelles, des bandes d'enfants jouant et faisant du bruit, il criait sur eux, les repre- «ait, et les chassait de l'église sans respect humain Voilà les moyens énergiques que vous devriez employer, prêtres du Seigneur; et si vous ne le faites pas, Dieu s'en chargea en envoyant au peuple d'horribles châtiments. Il est incontestable, en effet, i,ua toutes ces guer-

res, ces pestes, ces tremblements de terre,, ces maladies, ces calamités et ces malheurs de tout genre, sont autant de châtiments que Dieu nous inflige à cause du peu de respect que l'on porte à Jésus-Christ présent dans ses églises. C'est ce qu'éprouva l'empereur Arnould : en punition des irrévérences qu'il avait commises devant le Saint-Sacrement dans les églises, il vit son corps dévoré par les vers. C'est ce qu'éprouva plus terriblement encore au siècle dernier, dans un pays du Nord, un malheureux qui fut égorgé sur la pierre sacrée qu'il avait souillée, profanée. Tout cela fut déclaré par la sainte Vierge à un jeune homme, qui se plaignait devant son image du sort infortuné de son compagnon, emporté à la fleur de lage; la Mère de Dieu lui répondit qu'il était mort si jeune en punition du peu de respect qu'il avait porté au tres-saint Sacrement dans les églises.

III. Venez ici, sacrilèges profanateurs des églises, si toutefois il s'en trouve dans cet auditoire, dites-moi : comprenez-vous combien est grande l'injure que vous faites à Dieu, en l'offensant dans sa propre maison, sous ses yeux, et comme pour le braver? Ne sont-ce pas là des crimes de lese-majesté? Ah ! prosternez-vous la face contre terre, et en vous frappant la poitrine, demandezlui pardon de forfaits si énormes. Pardon, ò mon Jésus présent sur cet autel, pardon ! — Ah ! je crains bien que nous ne soyons tous plus ou moins coupables d'avoir manqué de respect à Notre-Seigneur dans ses églises ; demandons-lui donc tous pardon, frapponsnous tous la poitrine, en disant : Pardon, ô mon aimable Jésus, pardon! — Mais dites-moi, mes frères, l'église, n'est-ce pas la maison de Dieu sur la terre? Nous lui devons donc un souverain respect. L'église, n'est-ce pas cette porte bénie, par où montent au ciel nos supplications, et descendent sur nous les bénédiclious de Dieu? Noua devons donc nous y tenir dans une

profonde vénération. Je m'adresse à vous, femmes vaines : ou venez à l'église avec une mise décente et un air modeste, ou n'y paraissez pas. Et vous, jeunes gens scandaleux, òu mettez un frein à votre langue et une garde a vos yeux, ou gardez-vous de meure les pieds à l'église. Vous surtout, pères et mères, vous tous qui avez quelque autorité, surveillez, corrigez et faites en sorte que vos enfants et tous ceux qui vous sont soumis, se tiennent à l'église comme des anges; autrement Dieu vous châtiera, il vous ruinera et vous traitera dans votre maison comme vous le traitez dans la sienne...

Voici donc la pratique de ce soir. Toutes les fois que vous mettez le pied sur le seuil de l'église, dites en vous-mêmes : Me voici dans la maison de Dieu, je suis devant le trône de Dieu, et je dois me tenir à l'église comme un ange de Dieu. Formez la résolution d'y garder un maintien pieux et recueilli, de tenir en respect vos yeux, votre langue, vos sens et toutes vos puissances, pour honorer la majesté divine. Oh! que de bénédictions en recueilleront vos âmes !

XIVe EXHORTATION.

l'eucharistie, sacrement de paix.

T. 0 Sacrement auguste! Sacrement d'amour, Sacrement de paix et d'union, unique soutien, seule consolation de nos pauvres cœurs ! Mais quelles ne devraient pas être les dispositions de nos âmes pour recevoir un si grand bien ! Ah ! pour offrir au Dieu de paix une demeure digne de lui, il faut un cœur doux et pacifique,

un cœur vidé de toute affection terrestre, un cœur, en un mot, où il n'y ait aucune ombre de haine ou de rancune. Le Centurion dont parle l'évangéliste saint Mathieu s'excusa lorsque le Sauveur voulut descendre dans sa maison : - Seigneur, lui dit-il avec une humilité profonde, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit : Domine, non sum clignus ut intres sub tectwn meum1. Savez-vous pourquoi? dit le cardinal Hugues ; c'est qu'il était homme de guerre et qu'il avait sa maison remplie d'armes et de tout l'attirail militaire. Et vous, vous auriez la hardiesse d'aller recevoir le roi de paix, le roi de gloire, qui vient à vous entouré de toute sa cour, d'aller le recevoir, dis-je, avec un cœur envenimé par la haine, agité par de furieuses aversions contre le prochain? Je ne vous comprends pas, reprend ici saint Augustin, changez de vie si vous voulez recevoir la vie : Mutet vitam qui vult recipere vitam. Sinon ce sacrement de vie vous donnera la mort, et la mort éternelle, comme l'éprouva une femme vindicative. Ecoutez ce trait.

II. C'était une femme colère, pétrie, pour ainsi dire, de soufre, et qui prenait feu au moindre choc. Comme elle allait en pèlerinage au mont des Oliviers avec une de ses compagnes, celle-ci, je ne sais comment, la heurta au 'pied. L'autre s'emporta; sa compagne eut beau lui faire ses excuses, et protester que c'était un accident uniquement dû à l'inadvertance , il lui fut impossible de la calmer. Lorsqu'elles furent arrivées à 1 église, celle qui était innocente se jeta, avant de se confesser, aux pieds de l'autre pour lui demander humblement pardon ; mais celle-ci, plus courroucée que jamais, la chargea d'injures. Elles allèrent se confesser toutes les deux. L'une, toute contrite, découvrit ingc-

(1) Matth. S, S.

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miment au confesseur la faute qu'elle avait commise par mégarde. L'autre, avec sa rage infernale dans le cœur, exposa les motifs de sa colere sans parler de sa brutalité, elle dit seulement au confesseur qu'elle s'était mise en colore contre sa compagne, parce que celle-ci lui avait marché sur le pied. Le confesseur dans sa simplicité n'en chercha pas davantage, et croyant qu'il ne s'agissait que d'une querelle de femmes, il lui donna l'absolution. Elles allèrent communier, et la première rencontrant celle qu'elle avait offensée, se jeta de nouveau à ses pieds pour lui demander pardon. Mais l'autre, encore plus furieuse, se leva et s'en alla à l'autre bout du banc de communion. Elles communiereni ; mais la haine que le confesseur n'avait point aperçue au fond de ce cœur vindicatif, Notre-Seigneur la vit, et ne voulut point y descendre : lorsque la sainte Hostie fut arrivée à la gorge de ce démon incarné, la gorge se déchira , et l'Hostie sortant par cette ouverture retourna dans le ciboire, abandonnant en victime au démon, cette misérable , qui fut frappée de mort, et entraînée au fond de l'abîme.

III. Vous qui, depuis tant d'années déjà, communiez avec la haine dans le cœur contre votre belle-mère, votre bru, ou votre voisine; vous qui depuis si longtemps ne saluez plus celui qui vous a offensé, ou refusez de lui rendre le salut : ah ! tremblez, de grâce, tremblez. — Et pourquoi? Parce que vous avez à redouter ce juge que vous recevez dans la communion, et la sentence de mort qu'il prononcera contre vous, si vous ne vous réconciliez avec votre ennemi. Ah! si parmi ces nombreux auditeurs il était quelqu'un qui eût le cœur plein de fiel, et ulcéré par une haine perverse contre son prochain, qu'il déteste son crime avant de s'approcher de la sainte table, et qu'il le déteste dès ce soir, ou plutôt, prosternés tous devant cet adorable

Sacrement, pleurons les duretés de notre cœur, et demandons pardon des haines, des antipathies et des rancunes, que nous avons nourries pendant des années et des années dans nos cœurs. Pardon, mon Jésus présent sur cet autel, pai don! — Mais ce n'est pas assez; nous devons aimer notre prochain, et nous devons l'aimer, non par inclination, par intérêt, ou pour d'autres motifs plus vils encore, tous inspirés par l'égoïsme; non, nous devons l'aimer purement pour l'amour de Dieu. Moi» doux Jésus, vous qui, dans l'institution du très-saint Sacrement, nous avi.-z donné un symbole et un exemple permanent de la plus parfaite charité, accordez-nous aussi la grâce de vous imiter fidèlement. Voici la protestation que je vous fais au nom de tous, et ce sera en même temps la pratique que nous embrasserons ce soir en votre honneur. (Exprimez tous intérieurement ce que je vais dire de cœur et de bouche) :

Je proteste maintenant pour toujours que je veux aimer mon prochain sans exception , sincèrement et cordialement pour l'amour de vous, et particulièrement tous ceux qui m'ont offensé de quelque manière que ce soit ; je vous prie de leur faire tout le bien que je puis désirer pour moi-même, et j'unis ma prière à celle que vous fites sur la croix pour tous vos bourreaux. Faites, ó mon doux Jésus, que je vive toujours uni par la charité à mon prochain, que ni à la vie, ni à la mort, la charité fraternelle ne soit jamais violée à cause de moi, et que j'aime toujours mon prochain comme vous m'avez aimé. Ainsi sou-il.

XVe EXHORTATION.

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