II. Un jeune musulman demeurait à Rome sans être
(1) Malin. 5, </.".
connu, et servait comme laquais chez un gentilhomme. Il accompagnait son maître à 1 église, et assistait à la messe, mais comme à une scène de théâtre; il écoutait le sermon, mais comme un discours de charlatan. Cependant il passait pour chrétien, car, outre qu'il parlait fort bien l'italien, il se conduisait extérieurement comme un vrai fidèle. Au bout de quelques mois, étant tombé gravement malade, -il fut envoyé par son maître à l'hôpital de Saint-Jean de Latran, où il fut accueilli avec la plus grande charité, selon l'usage de ce pieux établissement. On l'avertit de se préparer à recevoir les sacrements. Le malade, à cette invitation, se trouva dans un grand embarras : faire ce qu'on lui proposait, c'était, à son avis, renier Mahomet et le Coran, ce qu'il ne voulait à aucun prix ; s'y refuser, c'était s'exposer à être chassé de l'hôpital et à mourir sur le pavé comme un chien. Dans cette perplexité, tourmenté qu'il était par son mal et craignant pis encore, il eut la pensée de feindre pour cette fois la confession et la communion, croyant ne préjudicier en rien de cette manière à la fidélité qu'il devait à Mahomet, puisqu'il le faisait par pure nécessité. Il se confessa donc de quelques fautes légères, s'en montrant contrit et repentant, et le saint viatique lui ayant été apporté, il le reçut avec la même apparence de dévotion ; dissimulation digne d'une mort semblable à celle que fit le traître Judas. Mais l'infinie miséricorde de Notre- Seigneur en agit bien autrement avec lui. Judas, en effet, après avoir communié, fui possédé par l'esprit malin : Post buccellam introivit in eum Satanas. ' Celui-ci n'eut pas plus tôt reçu la divine Eucharistie, qu'il fut investi par l'esprit du Seigneur et qu'un changement merveilleux s'opéra dans son cœur : Mutatio
(1) Joan. 13, 27.