‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 27 sur 101 · MARIE SECOURT LES MALHEUREUX. G · texte numérisé non relu

MARIE SECOURT LES MALHEUREUX. G

c'est-à-dire : vous le voyez, ma mère, je meurs sur cette croix ; vous ne m'aurez plus pour fils en ce monde, mais je vous laisse à ma place Jean mon disciple bienaimé, et en sa personne tous ceux que j'ai rachetés. Traitez-les donc avec bonté, qu'ils vous soient chers, aidez-les, consolez-les, assistez-les. Ils seront vos enfants, et vous serez leur mère. — Qu'en dites-vous, mes frères? ne sentez-vous pas votre cœur se remplir de joie en apprenant que la mère de Dieu est aussi votre mère, et une mère tres-tendre qui ne peut vouloir de mal à aucune créature, une mère pleine de bonté qui ne peut s'empêcher de faire du bien à tous, et d'en faire sans cesse, à toute heure, tout instant, en toute rencontre, toujours, toujours. Quiconque aura recours à la très-sainte Vierge et se recommandera à elle avec une grande confiance, dit Richard de Saint- Victor, la trouvera toujours prête, comme une bonne mère, à le secourir : Sem per inoeniet parât um sibi auxiliari . Vous allez le voir dans l'exemple suivant.

II. Une pauvre veuve avait deux filles nubiles, sans aucun moyen de subvenir à leurs besoins. Mendier, elles ne pouvaient le faire sans honte et sans danger pour leur vertu, et d'un autre côté le travail de leurs mains ne pouvait suffire aies faire vivre. Pauvre mère! pauvres filles ! que feront-elles? La nécessité les tourmente, la modestie les retient Un matin donc, la mère qui avait une grande dévotion à Marie, appelle ses filles : Allons, mes enfants, leur dit-elle, allons à l'église nous recommander à la sainte Vierge. — Arrivées là, elles vont se prosterner devant une image de Notre- Dame, et l'invoquent avec la plus vive confiance. Leur prière terminée, la mère s'approche de l'image et en fait approcher ses filles ; puis, prenant leurs mains et les joignant à celles de la Madone, elle lui dit : Vierge sainte, ces filles sont vos enfants, elles ne sont plus les

miennes; je vous les abandonne, je les remets entre vos mains, prenez-en soin, puisque vous êtes leur mere. — Cela fait, elle s'en alla avec une ferme espérance d'être secourue par Marie. Son espérance ne fut pas vaine, car en arrivant chez elle, elle y trouva un jeune homme, qu'elle ne revit plus jamais depuis, lequel lui donna une grande somme d'argent et disparut. Représentez-vous la joie de cette pauvre mère en recevant ce don de la très-sainte Vierge. Grâce à ce secours, elle put vêtir convenablement ses filles, et sortir de la misère où elle languissait. Le monde, toujours méchant, se mit à murmurer, attribuant à des moyens peu honnêtes le changement de fortune qu'on remarquait dans cette maison. La pauvre mere n'osait plus paraître en public; au milieu de ses angoisses, elle se recommanda de nouveau à sa céleste protectrice. Or, un jour de fête, comme elle se trouvait avec ses filles à l'église, un ange ravissant de beauté apparut en présence de tout le peuple, sous la forme d'un jeune homme très-modeste, portant en mains deux couronnes précieuses, qu'il posa sur la tête de ces deux jeunes filles, en leur disant : Ces couronnes vous sont envoyées par votre bonne mère Marie, qui est aussi la mère de Dieu, et cela en témoignage de votre pureté virginale. — Aces mots, il disparut. Imaginez-vous quelle dut être l'allégresse de la mère, la joie des filles et l'étonnement du peuple. Tous chantèrent les louanges de Marie qui, comme une tendre mère, vient à notre secours dans nos besoins, nous protège contre la calomnie et nous comble de toute sorte de biens. Le seigneur du lieu y fit construire un monastère, où furent placées ces deux vertueuses filles, qui y vécurent et y moururent saintement.

III. Eh bien! mes frères, que faites-vous? ah ! recourez tous à cette bonne mère : vous trouverez en elle un soulagement dans vos peines, et une source de miseri-

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