‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 38 sur 101 · BEAUTÉ DE MARIE · texte numérisé non relu

BEAUTÉ DE MARIE

sa sagesse, le Saint-Esprit tout son amour ; et ce n'est pas sans raison: puisque le Père éternel formait en elle sa fille, le Fils ornait sa mère, et l'Esprit-Saint enrichissait son épouse. Jugez quelle dut être la beauté de Marie. Qu'il vous suffise de savoir que saint Denis l'Aréopagite, la première fois qu'il la vit, l'aurait adorée comme une divinité, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même, si la foi ne lui eût enseigné qu'elle n'était pas Dieu, mais une pure créature. Et si Marie était déjà si belle sur la terre, que sera-ce dans le ciel? Ah ! elle forme à elle seule un paradis de délices, car elle est toute belle: Tota pulchra es, Maria ; toute belle de corps, toute belle en son âme, toute belle dans ses pensées, toute belle dans ses œuvres, toute belle dans ses puissances, toute belle en son intérieur, toute belle à l'extérieur : Tata pulchra es, Maria! Comment donc une créature si aimable et si digne ne serait-elle pas aussi le plus cher objet de nos cœurs? Comment ses nobles attraits ne raviraient-ils pas toutes nos affections ? Ecoutez le trait suivant, et puis résistez, si vous le pouvez, à son amour.

II. Un ecclésiastique, dévot envers la sainte Vierge, ayant entendu maintes fois raconter des choses merveilleuses de sa beauté sublime, en devint tellement épris, qu'il conçut le désir le plus ardent de la voir, et ne cessait de la supplier de lui accorder cette faveur. Si bien qu'un jour, un ange du ciel lui apporta la nouvelle que Marie avait exaucé ses désirs, et qu'elle voulait bien se laisser voir à lui, pourvu qu'il consentit à rester aveugle après l'avoir vue, la sainte Vierge ne permettant pas qu'on jetât encore les yeux" sur d'autres objets créés après l'avoir contemplée. Le pieux ecclésiastique répondit aussitôt qu'il achetait bien volontiers à ce prix la faveur qu'il sollicitait, et qu'il aurait même donné sa vie pour une grâce aussi précieuse. Ainsi parla-t-il dans un moment de ferveur, mais réfléchissant ensuite au

sort qui l'attendait, il se dit en lui-même: quand je me irouverai aveugle, à quoi serai-je bon? comment pourrai-je pourvoir à ma subsistance? comment vivre? Voici donc ce que je ferai: je prendrai un milieu ; je regarderai Marie d'un œil seulement, de sorte que si je perds celui-là, il m'en restera encore un dont je pourrai me servir, et je ne serai pas aveugle. — Il le fit en effet : dès que la sainte Vierge parut, il ferma un œil et la contempla avec l'autre; mais la vue d'une si rare beauté le ravit tellement, que pour mieux en jouir il ouvrit les deux yeux. Au même instant la sainte Vierge disparut, et il ne perdit que l'œil avec lequel il l'avait regardée. Il resta inconsolable de ne l'avoir pas vue des deux yeux: Malheureux* que je suis! disait-il, combien j'ai perdu pour garder cet œil ! A quoi me sert de voir les autres objets créés, puisque je n'ai pu contempler a loisir le plus bel objet du paradis? Oh ! qu'il aurait bien mieux valu pour moi devenir tout à fait aveugle, pourvu que je me fusse rassasié de cette prodigieuse beauté. Daignez, ô Marie, daignez condescendre aux désirs de mon pauvre cœur ; laissez-moi vous voir encore une fois, je consens, à ce prix, à perdre les deux yeux. — La sainte Vierge lui apparut de nouveau, et loin de le priver de l'œil qui lui était resté, elle lui rendit, au contraire, celui qu'il avait perdu, et disparut après l'avoir béni avec un aimable sourire.

III. Ah! jeunesse, jeunesse! vous qui poursuivez les beautés terrestres, les beautés de boue et de haillons d'ici-bas, ouvrez les yeux ce matin, et reconnaissez votre illusion. Vous me dites que la chose qui exerce le plus d'empire sur vos cœurs, c'est la beauté ; pourquoi donc n'aimez-vous pas Marie, cette beauté sans pareille? cette beauté si pure, si sainte et si chaste que quand elle habitait parmi nous, elle touchait, pénétrait et ravissait en même temps tous ceux qui la voyaient; de sorte

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