MARIE, CONSOLATRICE DES AFFLIGÉS
Voyez un petit enfant à qui on a fait peur : s'il le peut, il court aussitôt se cacher dans le sein de sa mère, et une fois entre ses bras, il ne craint rien, il ne s'épouvante de rien, il repose doucement. Ainsi, mes frères, devonsnous nous jeter nous-mêmes entre les bras de Marie, notre bonne mère. Oh ! quelle paix, quelle consolation l'on goûte à l'ombre de ce palmier céleste! Ah! non, certes, sous la protection de Marie, il ny a rien à craindre: elle veille sur ses serviteurs, les met à l'abri de tous les fléaux du ciel et de la terre, et les arrache même parfois des bras de la mort. Vous allez en voir un exemple.
II. Une noble dame, très-dévote envers la Mère de Dieu, eut soin de faire sucer avec le lait cette tendre dévotion à son fils, et lui apprit à réciter fréquemment Y Ave Maria, en ajoutant à la fin ces paroles : Virgo ocnedicta, esto mihi adjutrix in hora mortis nieœ, c'està-dire : « Vierge bénie, assistez-moi à l'heure de ma mort. » Cet enfant entra en qualité de page à la cour d'un prince ; mais comme, dans les cours, les occasions de se perdre ne manquent pas, il devint si méchant qu'il en fut honteusement chassé par le prince. Il ne put supporter la confusion d'un tel renvoi, et n'osant retourner chez ses parents, il se fit par désespoir brigand de grand chemin et se réfugia dans une forêt. Après avoir exercé pendant plusieurs années ce métier infâme, il tomba entre les mains de la justice, et fut condamné à la potence. La nuit qui précédait sa mort, il s'abandonnait dans sa prison à ses sombres pensées : Malheureux que je suis ! se disait-il ; quelle infamie accompagnera ma mémoire ! quel déshonneur pour ma maison ! Quel chagrin mortel doit éprouver ma pauvre Mère !... Au milieu de ces agitations et de ce désespoir, voilà que le démon lui apparaît, sous la forme d'un homme noir et terrible. « Pourquoi te lamentes-tu? lui dit-il ; pourquoi te désespères-tu? Si tu veux faire ce que je vais te pro-
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poser, non-seulement je le délivrerai des angoisses présentes, mais je te mettrai en liberté et te ferai nager plus que jamais au sein des plaisirs. » — Grand Dieu ! comme la crainte de la mort aveugle l'homme ! « Je ferai tout ce que tu voudras, dit le malheureux, pour que tu me délivres des maux qui m'accablent. Qu'ai-je donc à faire? » — « Tu dois renier le Christ. » — Il réfléchit un instant, puis prononça ces paroles impies: « Je renie le Christ. » — « Tu dois renier les sacrements. » — « Je renie les sacrements. » — « Tu dois renier la sainte Trinité. » — « Je renie la sainte Trinité. Est-ce tout? » — » Il ne te reste plus qu'une chose à faire, après quoi je serai content. Tu -dois renier la Mère de Dieu » — « Oh ! pour cela, non, dit le jeune homme; la Mère de Dieu a toujours été ma patronne de prédilection, je ne la renierai jamais. Bien mieux, je me recommande à elle en ce moment même. » Et se jetant à genoux, il récita VAve Maria, avec son invocation accoutumée : « Vierge bénie, assistez-moi à l'heure de ma mort. » Il n'en fallut pas davantage.. Soudain la sainte Vierge lui apparut, et, mettant le démon en fuite, elle consola le prisonnier, l'encouragea à confesser ses péchés, et l'assura de son côté qu'elle ne l'abandonnerait jamais , puis disparut. 0 douce Mère de miséricorde ! véritable consolatrice des affligés ! Mais le prodige ne se termina pas là. Ecoutez la suite, xlprès qu'il eut fait sa confession, comme on le conduisait au supplice, il ne cessait de répéter à haute voix : « 0 Vierge bénie, assistez-moi à l'heure de ma mort. » Or, ses yeux ayant rencontré le long du chemin une statue de la sainte Vierge, il la salua aussitôt avec la môme invocation. La sainte image alors se redressa sur ses pieds en présence de tout le monde et inclina la tète en signe de gratitude. Voyant cela, il pria les exécuteurs de la justice de lui permettre de baiser les pieds de cette statue. On le lui
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permit. Mais, ô prodige ! tandis que le jeune homme baise la tête pour embrasser les pieds de la sainte image, Marie étend la main, et saisissant le bras du condamné, le serre avec tant de force qu'il fut impossible aux bourreaux, malgré tous leurs efforts, de le lui arracher. Elio ne voulut le relâcher que lorsque la justice eut levé sa sentence; car le peuple voyant un si grand* miracle, se mit à crier : grâce ! grâce ! C'est ainsi que ce malheureux fut soustrait à toutes ses angoisses, à toutes ses afflictions et àia mort même.
III. Que dites-vous, mes bien-aimés, en entendant un exemple si remarquable ? Votre cœur n'en est-il pas touché ? ne le sentez-vous pas s'embraser d'amour pour une mère si compatissante ? Ne trouvez-vous pas quo Marie soit le refuge des malheureux, la véritable consolation des affligés? Allons donc, recourez à cette source de miséricorde, et dans toutes vos tribulations, dites avec l'Eglise : Consolatrix aflîictoriim, ora prò nobis. Ou plutôt jetez-vous entre ses bras, et reconnaissez votre folie d'avoir fait si peu de cas jusqu'ici de la protection de Marie ; prosternez-vous à ses pieds et demandez-lui pardon de vos oublis outrageants. Pardon, ô Marie, pardon ! Consolez-nous, ô Vierge sainte ! en nous pardonnant tant d'ingratitudes. Pardon, ô Marie, pardon! — Protestez aussi qu'à l'avenir vous voulez, dans tous vos besoins, recourir à Marie, vous confier en Marie, et que vous ne voulez d'autre consolation que Marie. Et afin d'obtenir son assistance dans les angoisses suprêmes de la mort, apprenez aussi cette belle prière : Virgo benedicta, esto mihi adjutrix in hora mortis meœ: « Vierge bénie, assistez-moi à l'heure de ma mort. » Répétez-la souvent ; particulièrement lorsque vous passez devant une image quelconque de la sainte Vierge, récitez un Ave Maria, en y ajoutant : « Vierge bénie, assistez-moi à l'heure de ma mort. » Oh ! si vous
êtes fidèles à cette pratique, vous pourrez espérer de vivre et de mourir entre les bras de Marie. — Salve Regina.
XVe ENTRETIEN.