C. Que le bon Dieu vous bénisse, etc
entre le confesseur et le pénitent. 325
Le Directeur.
Avec des personnes capables, bien élevées, et que l'on peut supposer déjà instruites de ces mystères, ces dernières interrogations ne sont pas nécessaires ; elles les offenseraient même. Néanmoins, pour mettre en sûreté un point si important, si elles ont vécu dans la négligence de leur salut, et que par l'ensemble de leur confession on puisse conjecturer que par le passé elles auraient bien manqué de faire les actes précédents, il serait très à propos de leur insinuer doucement que, pour rendre l'absolution plus profitable, il est bon de faire d'abord les actes de foi, etc. Et s'il leur est agréable de les faire avec le confesseur, afin de s'exciter davantage à la dévotion, on pourra les leur suggérer dans la forme que nous venons d'indiquer. Ces actes finis, le confesseur pourra leur faire une courte exhortation* pour les engager plus efficacement à détester leur vie passée, et à commencer une vie toute nouvelle; puis il terminera de la manière suivante :
C. Vous vous accusez donc de tous les péchés commis pendant tout le temps de votre vie, tant de ceux que vous venez de confesser que de ceux que vous ne connaissez pas, ou que vous ne vous rappelez pas, ou que vous ne savez pas bien expliquer ; comme aussi de tous les péchés véniels, mensonges, impatiences, curiosités, vaaités, gourmandises, et autres semblables. Vous me promettez de quitter toutes les occasions dont nous avons parlé, et de faire toutes les restitutions de la manière dont nous sommes convenus, avec la résolution inébranlable de changer tout à fait de vie, et vous le promettez de tout votre cœur, n'est-il pas vrai?
P. Oui, mon père, je le promets de tout mon cœur, du fond du cœur; je veux changer de vie et vivre désormais en bon chrétien.
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C. Si vous avez quelque autre chose, dites-le; ne craignez rien, je vous accorde toute latitude.
P. Grâces à Dieu, il me semble avoir tout dit, et n'avoir plus rien à ajouter.
C. La pénitence que je vous impose doit être proportionnée, jusqu'à un certain point, à tant d'habitudes criminelles que vous avez entretenues durant de si longues années, à tant de pénitences omises par le passé, et, ce qui est bien plus grave, à tant d'iniquités et de sacrilèges dont vous vous êtes rendu coupable. En conséquence, pendant un an vous vous confesserez au moins une fois par mois ; et si vous vouliez vous approcher plus souvent encore du sacrement de pénitence, ce serait d'autant mieux pour vous. Pendant deux mois, vous réciterez tous les jours le chapelet, et si, en le récitant, vous réfléchissiez un peu aux mystères du Rosaire, oh ! que de fruits vous en retireriez pour votre âme! En outre, pendant ces deux, mois, vous réciterez, matin et soir, trois Ave Maria, en l'honneur de l'Immaculée Conception de la très-sainte Vierge ; vous formerez du fond du cœur un acte de contrition, et, le matin, la ferme résolution de ne pas pécher durant le jour ; le soir, celle de ne pas pécher durant la nuit. Quelle salutaire pratique ! quel puissant préservatif contre les rechutes ! Si le Cliemin de la Croix est établi dans la localité, faites cinq fois ce saint exercice, afin de gagner les indulgences qui y sont attachées. S'il n'y est pas érigé, visitez cinq fois l'église la plus fréquentée du lieu, récitant chaque fois cinq Pater et Ave en l'honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur. — Voilà votre pénitence. J'y mets toutefois cette réserve, que s'il vous arrivait quelquefois de l'oublier, ou d'être empêché de la faire par quelque occupation grave, vous puissiez la remettre à un autre temps plus opportun. Vous mériteriez qu'on vous imposât des jeûnes, des disciplines et d'autres aus-
térités : je les ferai pour vous ; je me contente de votre part de cette pénitence si douce et si légère. Je la fais durer pendant quelque temps, parce que je désirerais que, ces deux mois écoulés, vous la fissiez à continuer par dévotion le reste de votre vie.
Renouvelez maintenant l'acte de contrition, et dites du fond du cœur : « Jésus-Christ, mon Sauveur, je me repens.etc. » Heureux si ces paroles partent du fond de votre cœur ! — Dominus Noster, Jesus Christus, etc.
Que Dieu vous bénisse, allez en paix : songez que vous avez reçu un nouveau baptême et que vous venez de renaître à une vie nouvelle ; ne commettez plus de péché mortel, ayez une entière confiance en la miséricorde de Dieu que vous vous sauverez. Il serait superflu de faire encore désormais une confession générale; croyez-moi, vous avez très-bien fait celle-ci, ne pensez plus au passé. Ce que je vous conseille, c'est de faire' chaque année une confession annuelle, afin qu'étant toujours parfaitement en règle avec Dieu, vous parveniez enfin à la vie éternelle, que je vous souhaito.
Conclusion.
Voilà, mon cher lecteur, un modèle de confession générale. Lisez-le et relisez-le attentivement d'un bout à l'autre, et s'il n'avait pas l'avantage de vous plaire, parce qu'il ne vous paraîtrait pas adapté à vos besoins, sachez qu'il est libre au confesseur de le raccourcir, de l'étendre et de l'accommoder en tout et pour tout à votre taille. Que si, malgré tout, la délicatesse de votre goût n'en était pas satisfaite, du moins ne trouvez pas mauvais que d'autres en profitent; et quand même parmi tous ceux qui le liront il n'y en aurait qu'un seul qui en tirât profit pour son âme, en faisant avec intégrité et ponctualité sa confession générale, je croirais avoir bien employé mon temps et ma peine. Après tout,
je n'ai eu d'autre but que d'éclairer un peu les jeunes confesseurs, afin qu'ils soient en état de bien diriger les âmes et de leur apprendre à faire comme il faut la confession générale; et en même temps d'être utile aux pénitents, en les portant à s'en remettre entièrement à la direction des confesseurs, surtout des missionnaires, qui passent leur vie dans ce saint ministère, si glorieux pour Dieu et si avantageux pour le prochain.
Si je me suis trompé en quelque chose, qu'on corrige mon erreur en toute liberté. Je déclare que je recevrai la correction comme une grâce, dont je serai humblement reconnaissant. Priez pour moi, afin que tout en voulant être utile aux autres, je ne vienne pas à perdre mon âme; car je crains, avec l'Apôtre, ne cum aliis prœdicaverim, ipse reprobus efficiar.