‹ Œuvres complètesChapitre 121 sur 155 · LXIX · texte numérisé non relu

LXIX

A MADAME LA DUCHESSE STROZZI, A ROME

Lettre de condoléance au sujet de la mort de son frère, le cardinal Acquaviva. — Réflexions sur la vanité de tout ce qui passe.

De la Chartreuse de Ferrare, le 29 mars 1747.

Madame,

Que la grâce de l'Esprit saint soit avec vous.

Je viens vous exprimer la part que je prends à la perte douloureuse que vous avez faite dans la personne de votre Frère2, et vous consoler en même temps, par la pensée que sa longue maladie supportée avec résignation est un gage assez manifeste de son salut éternel. Je ne manquerai pas de secourir cette chère âme par beaucoup de prières et de bonnes œuvres : c'est un devoir pour nous, à cause qu'il a été si longtemps protecteur de notre Ordre ; mais d'ailleurs l'attachement particulier que j'ai eu pour sa personne, et l'affection spéciale qu'il m'a toujours témoignée, m'obligent de faire beaucoup plus, et je le ferai.

Je désire d'un autre côté, que nous tirions profit pour nous-mêmes de cet événement, en réfléchissant que les dignités, les honneurs, les richesses ne sont qu'un peu de fumée. Quod œternum non est, nihil est : « Ce qui n'est pas éternel est pure vanité. » Vous avez toujours été bonne, Madame; mais avec de pareils exemples sous

(1) 78e de l'édit. ital.

(2) Le cardinal Acquaviva, Trojano, qui fut honoré pendant sa dernière maladie de la visite du Pape Benoit XIV. Voyez la note, page 458.

les jeux, je voudrais que vous devinssiez sainte. Vos frères ont pris les devants; tôt ou tard, il nous faudra les suivre.

J'espérais me trouver bientôt à Rome pour vous consoler en personne ; mais pour le moment, Dieu ne le permet pas. — Je ne vous oublierai pas dans mes prières, car je m'intéresse à votre âme autant qu'à la mienne.

Que le Seigneur vous bénisse!

De Votre Excellence,

Le très humble et très dévoué serviteur,

Fr. Léonard de Port-Maurice, missionnaire.

Page 1