‹ Œuvres complètesChapitre 93 sur 155 · XXXIX · texte numérisé non relu

XXXIX

A LA MEME

La tribulation, cachet des âmes justes. — Paix du coeur dans la soumission aux desseins de la Providence.

Poggio San Lorenzo, le 21 novembre 1741 .

Madame,

Que la grâce de l'Esprit saint soit dans votre cœur.

Votre précieuse lettre m'a beaucoup consolé; j'espère qu'on aura empêché un désaccord qui aurait apporté un grave préjudice aux intérêts de Dieu. D'un autre côté, ensuite, j'ai été peiné de la nouvelle de la maladie dangereuse de M. le duc. Je vous inviterai cependant à vous consoler, parce que M. le duc est une sainte âme ; je suis certain que l'air de la Cour ne lui est pas préjudiciable. Au reste, je ne manquerai pas d'engager mon saint Vincent à lui obtenir la santé, parce que je crois que dans cette Cour-là son exemple est d'un grand secours pour les autres.

Le cachet des âmes justes c'est la tribulation, et cette tribulation est d'autant plus précieuse qu'elle touche plus au vif. Dieu travaille cette sainte âme pour la faire briller en paradis. Avec tout cela, Dieu veut qu'on le prie, et je ne manquerai pas de le faire par moi-même et de faire prier aussi mes auditeurs, qui sont fort pénétrés.

Je vous remercie de la démarche que vous avez faite

(1) 75« de Tédit. ital.

VIB S. L. 41

avec l'éminentissime cardinal, votre frère, que je recommande à Dieu du fond du cœur; car sa charge est bien plus délicate que celle de M. le duc. Je prie Dieu de l'éclairer vivement pour lui en découvrir les dangers ; car Dieu voudra l'avoir aussi pour compagnon en paradis.

Pour ce qui est de votre âme, je vous recommande une seule chose : c'est la paix du cœur; voilà votre paradis ici-bas. Habituons-nous à adorer les dispositions de la divine Providence, en embrassant toutes les petites croix qu'il nous envoie chaque jour, soit en inquiétudes intérieures, soit en tribulations extérieures : ce sont autant de trésors ; on offre tout cela à Dieu par un Fiat voluntas tua. Unissez-vous au Cœur de Jésus, qui est la source de tout bien, et vous y trouverez la véritable paix, une paix qui vous fera jouir d'un paradis anticipé. — Je vous la souhaite non seulement bonne, mais sainte, et j'espère que Jésus m'exaucera.

De Votre Excellence,

Le très humble et très dévoué serviteur,

Fr. Léonard.

Page 1