‹ Œuvres complètesChapitre 26 sur 54 · COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT A FLORENCE · texte numérisé non relu

COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT A FLORENCE

LÎTOume , le 3o «epiendbre i8od.

Monsieur, les ordres que j'ai reçus m'ont obligé de partir si précipitamment que j'eus â peine le temps de porter chez vous tous ma carte, â une heure où je ne pouvais espérer de tous trouver, manière de prendre congé de vous bien contraire à mes projets ; car, après les marques de bonté dont vous m'avez honoré , j'étais dans le dessein de vous faire ma cour et de profiter des dispositions favorables où je vous voyais, pour rassembler et sauver ce qui peut encore se trouver de précieux dans vos bibliothèques de moines. Mais , puisque ^on service m'empêche de partager cette bonne œuvre , je veux au moins y contribuer par mes prières. Je vous conjure donc de vouloir bien ordonner que tous les manuscrits delà Badia soient transportés â la bibliothèque publique de Saint-Laurent, et que l'on cherche ceux qui manquent, d'après le catalogue existant. Je reconnus, il y a peu de temps, que déjà quelques-uns des plus impor* tants avaient disparu; mais il sera facile d'en trouver des traces et d'empêcher que ces monuments ne passent à rétranger, qui en est avide , ou même ne périssent dans

les mains de ceux qui les recèlent , comme il est arrÎTé souvent.

C'est le zèle de Tantiquitè qui m'engage j Monsieur, â TOUS présenter cette humble requête. Je souhaite fort , jei'ayouey attirer votre attention sur ces objets, que|la multitude des affaires tous peut faire perdre de vue. Son* gez qu'avec deux lignes tous allez conserver les titres de noblesse des Grecs et des Romains, et vous attirer les bénédictions de tout ce qu'il j aura jamais d'antiquaires et d'érudits dans tous les siècles des sièdes.

A M. D'AGINGOURT,

A ROME

LÎYOume , le i5 octobre 1808.

MoNamuR, je suiaencore.à Iiivpurne ) et lea apparences sont que j'y passerai rhiyer. Je demandais^ comme je crois TOUS l'iLYoir marqué , un congé pour aller en France; mais on m'éeonduU totêi à plmt. J'en demande un pom;' Rome , ce sera , si je l'obtiens , un assez bon dédommagement de celui qu'on ipae refuse; car, en France j'ai des parents, à Rome j'ai des amis, et je mets l'amitié bien loin deyant la parenté , ou, pour mieux dire, c'est la seule parenté que je connaisse. Sur ce pied-la, tous m'êtes bien proche; aussi , sans mes afiGaLires,je tous jure que je ne penserais guère à Paris , et Rome serait encore pour moi la première ville du monde.

S'il faut TOUS expliquer maintenant comment le refus £ut à ma première demande n'exclut pas la seconde , le voici : la permission d'aller en France dépendait du ministre, que je n'ai pu ûéchii preeando ; l'autre dépend ici de quelqu'un que je gagnerai donando. Je viendrais aussi bien à bout du satrape ou de ses suppôts; mais il faudrait être M.

Pour vous dire ce que je fais ici , je mange, je bois ,

je dors, je me baigne tous les jours dans la mer, je me promène quand il fait beau; car nous n'ayons pas TOtre ciel de Rome. Je lis et reKs mes anciens , et ne prends souci de rien que d'avoir de vos nouvelles. Madame Diooigi m'a mandé quelquefois que vous vous portiez bien. C'est tout ce que je vous souhaite , car c'est la moitié du bonheur; et l'autre moitié , mens sana, vous est acquise de tout temps. Dieu vous doitU seulement , comme disaient nos pères , la santé du corps, et vous serez heureux autant qu'on saurait l'être. Cela ne vous peut manquer, avec votre tempérament et la vie que vous menez, et dans le lieu que vous habitez. Votre habitation , Monsieur, est choisie selon toutes les règles que donne làdessus Hippocrate , et auxquelles je m'imagine que vous n'avez guère pensé. Ce n'est pas non plus ce qui fait que cette demeure me plaît tant , mais c'est qu'on vous y trouve.

Je songe tout de bon i quitter mon vilain métier ; mais, ne sachant comment vont mes affaires en France , je ne veux pas rompre , je veux me dégager tout doucement et laisser là mon harnais, comme un papillon dépouille peu à peu sa chryjsalide et s'envole.

Permettez , Monsieur , que je vous embrasse en vous suppliant de me conserver votre amitié , qui m'est plus chère que chose au monde. En vérité, tout mon mérite, si j'en ai , c'est de vous avoir plû, et de connaître ce que vous valez.

A M. GORAI ,

Livoume , le 18 octobre 1808.

Monsieur , nul présent ne pouvait me flatter plus que celui dont je me yois honoré, je ne sais si je dois dire par vous, on par messieurs Zosima, qui m'ont remis tos trois admirables volumes ( 1 ). De quelque part que me tiennent ces livres , il faut assurément qu'on les ait fiuts poar moi. Tout de bon , ^oionsieur , si TOtre projet eût été de me plaire et de faire une chose entièrement selon mes idées, vous n'auriez pu mieux rencontrer. Voilà justement ce que j'attendais de vous et de vous seul. Je souffrais trop à voir Isocrate , la plus nette perle du langage attique, entouré de latin d'Allemagne ou de Hollande. En lisant vos notes , du moins je ne sors pas de la Grèce, et j'entre beaucoup mieux dans le sens de l'auteur qu'avec une glose latine ou vulgaire. Chaque langue veut être expliquée par elle-même , parce que les mots ni les phrases

ne se correspondent jamais d'une langue à une autre ,

et c'est la raison qui me fait dire que nous n'avons

(0 Un exemplaire d*Isocrate, publié par Corat aux frais de MM. Zo- ^ouii Grecs de natioii.

point de dictionnaire grec. Ce serait un beau traTail; mais qui osera l'entreprendre? Il faudrait pour cela, ce qni ne se trouvera jamais ^ plusieurs hommes comme tous et comme M. Zosima. En vérité, ceci leur fait grand honneur, car ce n'est pas seulement leur nation qu'ils gratifient d'un don si précieux , mais , chez toute nation , tous ceux qui s'intéressent à la belle littérature. Ce qu'ils font pour encourager ces études dans leur pays , n'est pas de ce siècle-ci. Soyons de bonne foi , les rois nuisent aux lettres en les protégeant ; leurs caresses étouffent les Muses. U y a bien eu quelquefois de grands talents , malgré les pensions et les académies 3 mais on a toujours tu de simjples particuliers favoriser les arts aTec plus de sagesse et de discernement que n'eût pu faire aucun prince; et c'est de quoi ces messieurs donnent un nouvel exemple. Courage donc , Monsieur! saiTez TOtre belle entreprise, et soyez persuadé que , même parmi nous , il se ttouvers des gens qui tous applaudiront comme vous le mérites. Le nombre en sera petit, mais choisi. Vous aurez peu de lecteurs, mais vous en aurez toujours; et comme ces modèles que vous nous dévoilez seront étudiés tant qu'il y aura des arts et du go&t, votre nom, attaché à des monuments si célèbres , passera sûrement à la postérité.

Courier a dû écrire la lettre ci-dessus très-peu de temps après la réception du livre de M. Goraï, et ses félicitations

paraissent être le tribut payé à une première lecture. La lettre qui suit , et qui est adressée & M. AkerUad , exprime sur le livre de M. Coraï une opinion plus réfléchie et un peu différente. M. Akerblad ne fut point de l'avis de Courier : sa réponse , qu'on donne après la lettre de celui-ci , explique et défend la manière adoptée par M. Coraï dans se$ notes.

A Wl. ARERBLAD,

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