‹ Œuvres complètesChapitre 43 sur 54 · A VIENNE · texte numérisé non relu

A VIENNE

Tiyoli , 16 mai 1810.

Madame de Humboldt Teut bien se charger} Monsieur, d'une petite brochure qui, en sortant de la presse, vous était destinée, mais que je n'ai pu, faute d'occasion, vous faire paryenir plus tôt. Xai eu le bonheur de trouver un manuscrit complet de Longus, dont le roman, fort célèbre , et tant de fois imprimé dans toutes les langues , était défiguré par une grande lacune au milieu du premier liyre ; et en traduisant ce qui manquait dans les éditions, j'ai corrigé par occasion la vieille version d'Amjot. C'est là ce que je vous prie d'agréer, en attendant le texte que j'aurai l'honneur de vous offrir bientôt.

J'ai appris par la voix publique, avec une joie extrême, le bel emploi dont le roi vous a nouvellement honoré. Cette justice que vous rend Sa Majesté n'étonne point de la part d'un prince accoutumé à distinguer et récompenser le mérite. Tout le mal que j'y trouve , c'est que cela m*ôte l'espoir de vous revoir de sitôt en France ni en Italie ; mais aussi , dans le vieux projet que je nourris depuis long-temps d'aller à Berlin, je me promets à présent un plaisir de plus, celui de vous y voir placé comme vous le méritez.

/J'ai quitté le serrice, et, usant de ma liberté, je cours à peu prés comme uq cheyal qui a rompu son lien , fort content de mon sort , je vous assure , et n'ayant guère i me plaindre que de Madame de Humboldt , qui part de Rome quand j'y arrive , et quitte Naples justement quand je me dispose à y aller. J'en suis de fort mauvaise humeur, et ne me console que par cette idée, dont je me flatte toujours, de vous revoir l'un et l'autre dans votre patrie.

Je n'ai pu faire usage é Paris de la lettre que j'avais de vous pour M. votre frère. Imaginez , Monsieur , que depuis que je vous laissai à Rome, il y a deux ans, j'ai entrevu Paris deux fois sans pour ainsi dire y poser le pied. Je n'y suis pas resté en tout plus de cinq ou sis jours , et quelque empressé que je fusse de faire une si belle connaissance, je n'en pus trouver le moment : aussi n'était-ce pas un homme à voir en courant. Xai donc mieux aimé garder votre lettre comme un titre qui m'aotorise à espérer de lui quelque jour la même bonté dont vous m'honorez. C'est pour moi un droit bien précieux, et que je ne céderais en vérité à qui que ce f Àt.

A n. RENOUARD ,

A ROME

Tivoli y le a4 ™*î 1810.

PouH TOUS mettre l'eaprit en repos sur la grande affaire de la tacbe d'encre , je ferai imprimer â Naples, o& je me rends dans. peu de jours, le morceau inédit. , en forme de lettre à un de mes amis. le marquerai d'un caractère particulier les mois effacés par ma faute dans le^bouquin original , et j'y joindrai une note à peu près en ces termes. Z«# majuscule» indiypÂent des mots yu'an ne peut plus Ure aujpurd* hui dans h manuscrit, parcê' quun papier qui servait de marque en cet endroit, Citant trouvé barbouilli d'encre ^y fit en se collant au, feuillet une tache indélébile^ etc. Cela yaudra* mieux qa'une apologie dans les journaux. J'en reviens toujours à TOUS dire qu'il ne faut jamais se prendre de bec ayec la canaille ; mais si tous voulez à toute force faire ^ ces gredins l'bonneur de leur répondre^ attendes du mqix^s ma demi-feuille de Naples , qui vous donnera beau jeu. Et sur ce je prie Dieu qu'il vous ai b en sa sainte g^iide* .

LETTRE

DE M. BOISSONNADE.

Paris , le 9 aTril 1810.

Monsieur, f ai reçu \otre piécreax cadeau (1), et je lie puis assez toas en remercier. J'ai tout de suite cherché la lacune , et j'ai été rayi en lisant cet agréable supplément dont la littérature tous doit la découyerte , et que TOUS ayez traduit d'un style si élégant. Jugez de Timpatienoe aTec laquelle j'attends le texte ; le ferez-TOus aussi imprimer en Italie ? F aites cet honneur à Paris , et donnez TOtrë Longus à M. Stone, qui a TOtre Xénophon; je TOUS applaudis bien de TOtre bonheur , et en Térité je ne rcTiens pas de ma surprise que M. del Furia , qui a eu si tohg-temps le manuscrit entre les mains pour son Ésope,, niait pas songé â jeter les yeux sur Longus. ATez-yous aussi coUationné Ghariton? j'ai quelque idée que ces bn euneâ fréquentes du commencement pourraient être en grande partie remplies : des yeux exercés sauraient bien , j'^en suis sâr , lire la plupart des passages qui sont aujourd'hui indiqués dans les éditions par des points. Je vous recommande le Longus de M. Schœffer, et l'édition

(1) La tradaciion de Daphnis et Chloe imprimée à Florence.

d'Amyot donnée en 1731 par Falconnet ; tous savez sans doute qu'il y a une édition du texte par Coraî , et que M. Clavier a soigné une fort jolie réimpression d'Amyot faite il y a quelques années par M. Renouard....

A H. BOISSOIf If ADE ,

A PAKIS.

TÎToli, le 25 mai i8io.

Ne tous trompez-iroas point, Monsieur? est-ce bien M. Coni qai a donné un Longns? oo plntAt ne me nommei-Toas point Coraï pour Yisoonti, qai en effet a soigné l'édition gieoqae de Didot ? MarqaesHnoi , je tous prie j oe qae j'en dois croire , et ce que c'est que ce Lcmgos de Coraï , s'il existe.

Je sais bien qoe la préiace da petit stéréotype donné par Renonard est de M. Qa^ier , mais je ne pois croire qa'il ait en ancnne part i l'édition , qui , en Tenté , ne Tant rien. Ce n'est pmnt là le texte d'Amyot ; dn moins n'est-ce pas celai que cite soorent Yflloison , qai sans doate aTait soos les yeax l'édition originale.

Comment tooIcz-toos qae je connaisse celle de M. Fatconnet? Hélas je ne songeai de ma rie a jeter on regard sor Longas , josqa'à ce qae ce manoscrit de Florence , me tombant soos la main , me donnit Tenrie et le moyen de compléter la Tersion d'Amyot. Je n'aTais donc nulle provision ; et, sans M. Renouard, qai me procora Schœffer etVilIoison , j'aarais tout £ût sor la seale édition de Datems qae je portais avec moi.

Voua aYes bien raison de louer M. Schœffer; c'est un fort habile homme. Aussi Tai-je suivi en beaucoup d'endroits où j'ai rapetassé Âmjot. Au reste tous voyez, Monsieur, ce que ce pouvait être qu'un pareil travail fait absolument sans livres , et combien il doit y avoir à limer et rebattre avant de le livrer tout-à-fait au public. Tj songerai quelque jour, si Dieu me prête vie, et c'est alors qu'il faudra tout de bon m'aider de vos lumières. ^

Je crois que vous-même ne pourriez lire ]es endroits de Chariton effacés dans le manuscrit. U y a bien aussi quelques mots par-ci par-là qui ont disparu dans le sup* plément de Longus. Mab partout le sens s'aperçoit, et les savants n'auront nulle peine à deviner ce qui manque. Pour moi, je le donne tel qu'îl est sans le moindre changement; car je tiens que les éditions doivent en tout représenter fidèlement les manuscrits. Cela s'imprimera à Paris , s'il plait à Dieu et à Didot.

Cette lettre critique de M. Bast à vous est toute pleine d'excellentes choses. Je l'ai trouvée ici par hasard et lue avec grand plaisir. Quelqu'un le pourra blâmer d'avoir écrit en français sur de telles matières. Moi je goûte fort cette méthode, qui me facilite la lecture, et je voudrais qu'il continuât à vous faire ainsi part de ses observations.

n me semble après tout que vous êtes content de ma peiiie dréUriê, ou au moins du supplément, car voua ne dites rien du reste.

ie ne reconnais point , poar moi , qnand on ae moque (i) ,

ef je prends au pied de la lettre tout ce que vous me dites d'obligeant; tous êtes juge en ces matières. Je m'en tiens â votre opinion sans vouloir examiner s'il n'y entre point un peu de complaisance ou de prévention pour quelqu'un dont vous connaissez depuis long-temps l'estime et l'attachement*

Sur le temps où je pourrai être de retour â Paris, je ne sais en vérité que vous dire. Ce qui me retient ici , c'est un printemps dont on n'a où vous êtes nulle idée • vous croyez bonnement avoir de la verdure et quelque air de belle campagne aux environs de Paris j vos bois de Boulogne, vos jardins, vos eaux de Saint-Cloud me font rire quand j'y pense j c'est ici qu'il y a des bosquets et des eauxl Mon dessein est d'y rester,

'^Cr* if Zhtf rt fif , M< litifim #mm|s rflaAy ,

c'est-ii-dire jusqu'aux grandes chaleurs , car alors tout sera sec , verdure et ruisseaux , et alors je partirai , et m'en irai droit à Paris si je ne m'arrête en Suisse , comme je fis l'an passé pour fuir la rage de la canicule ; ainsi faites état de me voir arriver au départ des hirondelles. Je resterai le moins que je pourrai dans vos boues de Pfr» ris , et si vous étiez raisonnable , vous me suivriez i mon

(i) Molière^ École des Femmes.

retour en Italie; nous passerions fort bien ici le printemps prochain sans nous ennuyer , je tous en réponds. Les meilleures maisons du pays sont celles de Mécénas et d'Horace où tous ne serez point étranger.

LETTRE

DE M. CLAVIER

Par», le 7 mai 1810.

.... J'ai reçu votre Longus pour moi et pour M. Coraï; nous attendons tous les deux avec impatience le texte grec, et nous espérons que Totre séjour à Rome nous procurera quelque autre découyerte. A propos de Longus , écriyez-moi donc précisément ce qui s'est passé au sujet du manuscrit qu'on prétend avoir été taché d'encre. Les Italiens qui abondent ici , et qui sont en général assez jaloux, ont fait beaucoup de bruit de cela, et ont prétendu que c'était une malice de votre part; j*ai pris TOtre défense très-chaudement , et j'ai dit que je vous connaissais bien capable d'une étourderie , mais non d'une méchanceté. Renouard , à qui j'en ai parlé , m'a dit que cette tache était peu de chose ; mais comme ces criailleries propagées par la jalousie ont fait un certain bruit, il n'est pas mauvais qu'on 7 réponde. Je crois donc que vous ferez bien d'envoyer un exemplaire de votre Longus à Chardon de la Rochette , et un a MiUin si vous ne l'avez déjà fait. Chardon fera pour le Magasin encyclopédique un article où il rétablira la vérité des faits telle que vous meraurezfaitconnaitre. Dites-moi donc aussi ce que vous voulez faire pour votre Xénophon suspendu par vos ordres.

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