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Oeuvres complètes

0 Seigneur, exaucez et dictez ma prière, Vous la pleine Sagesse et la toute Bonté, Vous sans cesse anxieux de mon heure dernière, Et qui m'avez aimé de toute éternité.

Car — ce bonheur terrible est tel, tel ce mystère Miséricordieux, que, cent fois médité, Toujours il confondit ma raison qu'il atterre, — Oui, vous m'avez aimé de toute éternité,

Oui, votre grand souci, c'est mon heure dernière. Vous la voulez heureuse et, pour la faire ainsi, Dès avant l'univers, dès avant la lumière, Vous préparâtes tout, ayant ce grand souci.

Exaucez ma prière après l'avoir formée De gratitude immense et des plus humbles vœux, Comme un poète scande une ode bien-aimée, Comme une mère baise un fils sur les cheveux.

— Donnez-moi de vous plaire, et puisque pour vous plaire I II me faut être heureux, d'abord dans la douleur ' Parmi les hommes durs sous une loi sévère, Puis dans le ciel tout près de vous sans plus de pleur,

Tout près de vous, le Père éternel, dans la joie Éternelle, ravi dans les splendeurs des saints, 0 donnez-moi la foi très forte, que je croie. Devoir souffrir cent morts s'ils plaît à vos desseins ;

Et donnez-moi la foi très douce que j'estime N'avoir de haine juste et sainte que pour moi. Que j'aime le pécheur en détestant son crime, Que surtout j'aime ceux de nous encor sans foi ;

Et donnez-moi la foi très humble, que je pleure Sur l'impropriété de tant de maux soufferts, Sur l'inutilité des grâces et sur l'heure Lâchement gaspillée aux efforts que je perds;

Et que votre Esprit-Saint qui sait toute nuance Rende prudent mon zèle et sage mon ardeur; Donnez, juste Seigneur, avec la confiance, Donnez la méfiante à votre serviteur.

Que je ne sois jamais un objet de censure Dans l'action pieuse et le juste discours; Enseignez-moi l'accent, montrez-moi la mesure ; D'un scandale, d'un seul, préservez mes entours;

Faites que mon exemple amène à vous connaître Tous ceux que vous voudrez de tant de pauvres fous, Vos enfants sans leur Pftro, un élut sans lo Maître, Et que, si jfl suis bon, toute gloire aille à vous;

Et puis, et puis, quand tout des choses nécessaires, L'homme, la palionce et ce devoir dicté, Aura fructiflé de mon mieux dans nos serres. Laissez-moi vous aimer en toute charité,

Laissez-moi, faites-moi de toutes mes faiblesses Aimer Jusqu'à la mort votre perfection.

Jusqu'à la mort des sens et de leurs milles ivresses. Jusqu'à la mort du cœur, orgueil et passion,

Jusqu'à la mort du pauvre esprit lâche et rebelle Que votre volonté dès longtemps appelait "Vers l'humilité sainte éternellement belle, Mais lui gardait son rêve infernalement laid,

Son gros rêve éveillé de lourdes rhétoriques, Spéculation creuse et calculs impuissants, Ronflant et s'étirant en phrases pléthoriques. Ah ! tuez mon esprit, et mon cœur et mes sens!

Place à l'àme qui croie, et qui sente et qui voie Que tout est vanité fors elle-même en Dieu; Place à rame, Seigneur, marchant dans votre voie £t ne tendant qu'au ciel, seul espoir et seul lieu l-~

Et que cette âme soit la servante très douce Avant d'être l'épouse au trône non pareil. Donnez-lui l'Oraison comme le lit de mousse Où ce petit oiseau se baigne de soleil,

La paisible oraison comme la fraîche étable Où cet agneau s'ébatte et broute dans les coins D'ombre et d'or quand sévit le midi redoutable. Et que juin faitci'ier l'insecte dans les foins,

L'oraison bien en vous, fût-ce parmi la foule. Fût-ce dans le tumulte et l'erreur des cités. Donnez-lui l'oraison qui soude et d'où découle Un ruisseau toujours clair d'austères vérités :

La mort, le noir péché, la pénitence blanche, L'occasion à fuir et la grâce à guetter ; Donnez-lui l'oraison d'en haut et d'où s'épanche Le fleuve amer et fort qu'il lui faut remonter :

Mortification spirituelle, épreuve Du feu par le désir et de l'eau par le pleur Sans fin d'être imparfaite et de se sentir veuve D'un amour que doit seul aviver la douleur,

Sécheresses ainsi que des trombes de sable En travers du torrent où luttent ses bras lourds. Un ciel de plomb fondu, la soif inapaisable Au milieu de cette eau qui l'assoiffé toujours,

Mais cette eau-l& jaillit & la vie éternelle.

Et la vague bientôt porterait doucement

L'ûme persévérante et son amour fidèle

Aux pieds de votre Amour fidèle, 6 Dieu clément!

La bonne mort pour quoi Vous-Mômevous mourûtes Me ressusciterait cl votre éternité.

Pitié pour ma faiblesse, assistez à mes luttes ~ Elt bénissez refTortdema débilité!

Pitié, Dieu pitoyable! et m'aidez ù parfaire L'œuvre de votre Créateur adorable, en sauvant L'ûme que rachetaient les affres du Calvaire ; Père, considérez le prix de votre enfant.

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