‹ Œuvres complètesChapitre 19 sur 91 · A ERNEST DELAHAYE · texte numérisé non relu

A ERNEST DELAHAYE

Dieu, nous voulant amis parfaits, nous fit tous deux

Gais de cette gaîté qui rit pour elle-même,

De ce rire absolu, colossal et suprême,

Qui s'esclaffe de tous et ne blesse aucun d'eux.

Tous deux nous ignorons l'égoïsme hideux Qui nargue ce prochain même qu'il faut qu'on aime Comme soi-même : tels que les termes du problème, Telle la loi totale au texte non douteux.

Et notre rire étant celui de l'innocence, Il éclate et rugit dans la toute-puissance D'un bon orage plein de lumière et d'air frais.

Pour le soin du Salut, qui me pique et m'inspire,

J'estime que, parmi nos façons d'êti^e prêts,

Il nous faut mettre au rang des meilleures ce rire.

A EMILE BLEMONT

f,a vindicte bourgeoise assassinait mon nom Chinoisemcnt, à coups d'épingle, quelle affaire ! Et la tempête allait plus âpre dans mon verre. D'ailleurs du seul grief, Dieu bravé, pas un non,

Pas un oui, pas un mot! L'Opinion sévère Mais juste s'en moquait, autant qu'une guenon De noix vides. Ce bœuf bavant sur son fanon, Le Public mâchonnait ma gloire... encore à faire.

L'heure était tentatrice, et plusieurs d'entre ceux Qui m'aimaient, en dépit de Prudhomme complice, Tournèrent carrément, furent de mon supplice,

Ou se turent, la Peur les trouvant paresseux.

Mais vous, du premier jour vous fûtes simple, brave.

Fidèle : et dans un cœur bien fait cela se grave.

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